Aller au contenu
Redevenir Humain

Economie · Bâle, Suisse

Banque WIR de Bâle : la monnaie complémentaire qui révolutionne l’économie locale suisse

Illustration : dans une rue de Bâle, devant un imposant bâtiment de pierre portant l’inscription « Banque WIR », deux boulangers échangent une carte avec une cliente près d’un terminal de paiement marqué « WIR », tandis que d’autres personnes souriantes se passent une carte. Bandeau incrusté : « L’économie à Bâle : la Banque WIR et la monnaie complémentaire ».
Illustration générée par IA (Nano Banana Pro)

À Bâle, le film « Demain » donne la parole à Hervé Dubois, de la Banque WIR, dont les PME clientes se règlent entre elles en francs WIR, une monnaie complémentaire créée en 1934 par seize entrepreneurs privés de crédit. Près d’un siècle plus tard, la coopérative relie encore des dizaines de milliers d’entreprises, mais son franc WIR recule.

Sommaire

Contexte du cas

Le 16 octobre 1934, à Zurich, un petit groupe d’hommes d’affaires fonde une coopérative au nom un peu austère : le Wirtschaftsring, le « cercle économique ». La Suisse subit alors de plein fouet la crise mondiale ouverte en 1929. Les commandes se raréfient, l’argent circule mal, les banques prêtent peu, et beaucoup de petites entreprises manquent de liquidités alors que leurs ateliers et leurs savoir-faire sont intacts.

Les fondateurs sont seize, selon l’historique publié par la banque : Werner Zimmermann, Paul Enz et quatorze autres membres. Le magazine numismatique CoinsWeekly évoque un capital de départ de 42 000 francs. Le nom de la coopérative est abrégé en WIR, qui signifie aussi « nous » en allemand : la formule dit bien l’esprit de l’entreprise, une communauté d’entrepreneurs qui se font crédit les uns aux autres.

L’influence de Silvio Gesell

Les fondateurs s’inspirent de l’économiste germano-argentin Silvio Gesell et de sa théorie de la « monnaie libre ». Pour Gesell, l’argent ne doit pas dormir : une monnaie qui ne rapporte rien quand on la garde incite à la dépenser et à la faire circuler. Le WIR démarre donc avec une monnaie sans intérêt, conçue pour lutter contre la thésaurisation. Il y renoncera plus tard : en 1952, la coopérative abandonne ce principe et introduit des intérêts.

D’autres expériences inspirées de Gesell existaient alors en Europe, comme des cercles de troc. La plupart ont disparu avec la crise. Le WIR, lui, a tenu, notamment parce qu’il est passé sous le régime de la loi fédérale sur les banques dès 1936, ce qui lui a donné un cadre solide pour gérer sa propre masse monétaire.

De Zurich à Bâle

Née à Zurich, la coopérative a aujourd’hui son siège à Bâle, la ville associée à son nom dans le film. Elle s’est appelée WIR Wirtschaftsring-Genossenschaft jusqu’en 1998, date à laquelle elle a officiellement pris le nom de WIR Bank, le mot « cercle économique » prêtant souvent à confusion. Elle se présente aujourd’hui comme la Bank WIR, Banque WIR en français.

Présentation de l’initiative

Dans Demain, le troisième chapitre, consacré à l’économie, s’arrête à la Banque WIR. Le séquencier du dossier pédagogique du film résume la séquence en une ligne : une monnaie complémentaire pour les PME. Hervé Dubois, présenté comme porte-parole de la banque, y explique le système, et l’économiste belge Bernard Lietaer, spécialiste des monnaies complémentaires, intervient aussi dans ce chapitre. Le film ne détaille pas les chiffres du réseau : ceux qui suivent viennent des rapports de la banque et de la presse suisse.

Une banque coopérative et une monnaie complémentaire

La Banque WIR a deux visages. C’est d’abord une banque coopérative ordinaire, qui accorde des prêts hypothécaires et gère l’épargne de ses clients en francs suisses. C’est aussi l’émettrice d’une monnaie complémentaire, le franc WIR, aujourd’hui désigné par le code CHW. Ce second métier est celui qui a fait sa réputation.

Le franc WIR est couplé au franc suisse à parité, un pour un, précise la banque. Il ne circule qu’entre participants du réseau, des PME pour l’essentiel, et ne peut pas être échangé officiellement contre des francs suisses. Il sert à payer des biens et des services, en tout ou en partie, et à rembourser des crédits accordés dans la même monnaie.

Trois règles pour les participants

Le fonctionnement repose sur trois règles, que la banque résume ainsi. Chaque entreprise fixe elle-même son taux d’acceptation, c’est-à-dire la part d’un paiement qu’elle accepte en CHW. Elle rend l’ensemble de son offre accessible aux autres participants. Et elle pratique les mêmes prix, qu’on la paie en CHW ou en francs suisses : la parité des prix est obligatoire.

Un réseau d’entraide économique

Autour de la monnaie, la banque anime une place de marché. En 2017, elle a modernisé son système avec WIRmarket, une plateforme où les participants publient leurs offres, et WIRpay, une solution de paiement. Le rapport annuel 2017 indique que les deux tiers des clients WIR existants, représentant 88 % du chiffre d’affaires en WIR, avaient adopté le nouveau système. Des salariés d’entreprises participantes peuvent aussi utiliser des WIR à titre privé.

Objectifs et vision

Le but de départ est clair : permettre à des PME de continuer à commercer quand l’argent officiel manque. Selon la banque, la monnaie complémentaire a été créée pour maintenir la circulation de l’argent entre PME, de PME à PME, en pleine crise économique.

Se faire crédit entre entreprises

L’idée centrale est celle du crédit mutuel. Au lieu d’attendre qu’une banque leur prête des francs suisses, les entreprises du cercle s’accordent du crédit entre elles, dans une unité de compte commune. Un menuisier qui accepte des WIR d’un client peut les dépenser chez un autre participant, qui les dépensera à son tour. Tant que chacun trouve à dépenser ce qu’il reçoit, la monnaie tourne et l’activité se maintient.

Garder le pouvoir d’achat dans le réseau

La monnaie complémentaire a aussi une fonction commerciale. Pour une PME, accepter des CHW, c’est accéder à une clientèle d’entreprises qui cherchent à dépenser les leurs. La banque met en avant des crédits et des hypothèques en CHW à des taux plus bas, et un crédit immédiat sans intérêt pour les participants dont la solvabilité est jugée bonne. L’intérêt économique de chacun rejoint ainsi l’intérêt du réseau : faire circuler la monnaie.

Une vision coopérative

La forme coopérative, choisie dès 1934, reste celle de la banque. Elle fait de l’institution une entreprise au service de ses membres plutôt que d’actionnaires extérieurs, même si les parts de la coopérative s’échangent aujourd’hui hors bourse, sur la plateforme OTC-X. Pour l’exercice 2025, la banque a proposé un dividende inchangé de 11 francs par part.

Actions concrètes mises en place

Pendant des décennies, la coopérative a construit son réseau pas à pas. Un essai de 1971, publié par le Schumacher Center for a New Economics, permet d’en suivre les étapes.

Une croissance lente, puis rapide

Le démarrage est rapide : selon CoinsWeekly, environ 1 700 membres utilisent déjà le système au début de 1935, et 3 000 à la fin de l’année. La guerre freine l’élan. En 1945, l’essai d’Erick S. Hansch compte 900 participants et 717 000 francs de transactions. En 1958, ils sont 11 000 à 12 000, pour 53 millions de francs. En 1970, plus de 18 000 participants échangent plus de 180 millions de francs de crédits WIR.

L’historique de la banque donne la suite de la courbe. Le chiffre d’affaires en WIR dépasse 10 millions de francs en 1952, 100 millions en 1964, puis passe de 250 millions en 1980 à plus de 2 milliards en 1991. Selon la radio-télévision publique SRF, il a atteint environ 2,5 milliards de WIR lors des meilleures années.

Le mécanisme de crédit mutuel

Concrètement, une entreprise participante ouvre un compte en CHW auprès de la banque. Elle peut recevoir des paiements dans cette monnaie, en payer à son tour, et obtenir des crédits ou des hypothèques en CHW. Les règlements sont souvent mixtes : une facture peut être payée pour partie en francs suisses, pour partie en CHW, selon le taux d’acceptation affiché par le vendeur. Cette souplesse permet à chaque entreprise d’ajuster sa participation à ses propres besoins.

La coopérative se rémunère notamment par des frais sur les opérations. En 1971, Erick S. Hansch relevait ainsi une commission de 1 % prélevée sur les écritures portées au crédit des comptes, la plus basse de l’histoire du cercle à cette date. Les conditions ont évolué depuis, mais le principe reste celui d’un service payé par les participants pour faire vivre leur réseau.

Les outils de mise en relation

Pour que la monnaie circule, encore faut-il savoir où la dépenser. La banque a longtemps édité des répertoires de participants, puis a basculé vers des outils numériques. Jusqu’en 1995, les échanges passaient par des chèques papier ; depuis la fin des années 1990, ils se font par carte et en ligne, selon The Economy Journal. WIRmarket, lancé dans sa forme actuelle en 2017, sert de vitrine aux offres des participants.

La dimension technologique

La modernisation ne se limite pas à la monnaie complémentaire. La banque a lancé en 2017 VIAC, une solution entièrement numérique d’épargne-retraite, qui comptait environ 147 000 clients et 6,3 milliards de francs sous gestion début 2026, selon finews.ch. Cette diversification pèse aujourd’hui davantage dans ses résultats que le réseau WIR.

« Quiconque accepte des WIR sans parvenir à les écouler vient nous les apporter. »

Erich Meier, négociant en WIR, interrogé par SRF en 2017 (traduction)

Résultats observés

Le bilan du WIR tient en deux constats : une longévité exceptionnelle, et un rôle d’amortisseur en période de crise que la recherche a documenté. Il faut y ajouter un troisième, moins flatteur : un recul marqué depuis le milieu des années 2000.

Une longévité sans équivalent

Peu de monnaies complémentaires ont passé le cap des dix ans. Le WIR, lui, fonctionne comme monnaie complémentaire depuis plus de 90 ans. En 2017, selon le rapport annuel de la banque, le réseau réunissait environ 30 000 PME dans toute la Suisse, auxquelles s’ajoutaient quelque 10 000 salariés utilisant des WIR à titre privé, pour un chiffre d’affaires de 1,12 milliard de CHW. Rapporté aux plus de 600 000 entreprises que compte la Suisse, dont 99,7 % de PME selon La Vie économique, cela représente environ une PME sur vingt. La banque parle aujourd’hui, sans chiffre précis, de « dizaines de milliers d’entreprises ».

Le chiffre de 60 000 entreprises, souvent repris, ne correspond donc pas aux effectifs publiés par la banque depuis 2017.

Un amortisseur lors des crises

Le résultat le plus solide vient de l’économiste américain James Stodder. Dans un article paru en 2009 dans le Journal of Economic Behavior & Organization, il montre que le crédit WIR est fortement contracyclique : quand l’économie ralentit et que les entreprises manquent de liquidités, elles utilisent davantage les WIR. Ses estimations confirment que les transactions en WIR évoluent à l’inverse du produit intérieur brut à court terme.

« De tels réseaux de crédit jouent un rôle stabilisateur dont la politique monétaire devrait tenir compte. »

James Stodder, économiste, Journal of Economic Behavior & Organization, 2009 (traduction)

En 2016, Stodder et Bernard Lietaer prolongent l’analyse dans Comparative Economic Studies. À partir de données par secteur, ils montrent que les grandes entreprises accumulent davantage de WIR en période de récession, tandis que les petites les font circuler plus vite. Selon eux, l’effet stabilisateur de la monnaie complémentaire sur l’économie suisse est plus important que son seul chiffre d’affaires ne le laisse penser.

Une banque en bonne santé

La coopérative, elle, ne s’est jamais aussi bien portée. En février 2025, elle annonce un bénéfice record de 17,5 millions de francs pour 2024 et un total de bilan de 6,6 milliards. En 2025, le bénéfice atteint 17,7 millions de francs, et le premier semestre 2026 se solde par 11,5 millions, selon les communiqués de la banque. Elle est dirigée par Matthias Pfeifer, tandis que Germann Wiggli, ancien directeur général, préside le conseil d’administration depuis juin 2025. Ces résultats reposent toutefois de plus en plus sur les prêts hypothécaires en francs suisses et sur VIAC, et de moins en moins sur la monnaie complémentaire qui a fait la singularité de la maison.

Une monnaie complémentaire en net recul

Ces travaux s’appuient sur l’histoire longue du réseau. Depuis le milieu des années 2000, la tendance s’est inversée. En 2017, SRF relève que le chiffre d’affaires en WIR est tombé à environ 1,3 milliard l’année précédente, soit près de moitié moins qu’au sommet, et que le réseau a perdu un quart de ses participants depuis 2005. En 2017, il recule encore de 13 %, à 1,12 milliard de CHW.

Les comptes récents confirment ce déclin. En 2023, les créances en CHW de la banque baissent de 8,7 %, et le magazine Schweizer Aktien note que les crédits en CHW ne représentent plus qu’environ 8 % des prêts. En 2025, la part en CHW des prêts hypothécaires ne dépasse pas 358 millions de francs, sur un total de 5,08 milliards, selon finews.ch. Une étude d’OTC-X d’octobre 2025 parle d’un « recul croissant » de la part de la monnaie propre à la banque.

Difficultés ou limites rencontrées

Le recul du franc WIR n’est pas un accident. Il tient à des limites inscrites dans le fonctionnement même d’une monnaie complémentaire réservée à un cercle fermé.

La question de la liquidité

Le principal problème est celui de l’écoulement. Une entreprise qui accepte beaucoup de WIR doit trouver où les dépenser. Si elle n’y parvient pas, son argent reste bloqué, puisque la banque ne les rachète pas contre des francs suisses. En octobre 2019, le quotidien Blick décrit ainsi un marché gris où 1 WIR s’échange autour de 0,65 franc suisse, soit une décote d’environ un tiers malgré la parité officielle. SRF citait déjà en 2017 le même ordre de grandeur. Des négociants rachètent ces WIR avec une décote aux entreprises qui veulent s’en défaire.

Un cercle vicieux

Dans une monnaie complémentaire réservée à un cercle fermé, moins il y a de participants, plus il est difficile de dépenser ses WIR, et plus les participants sont tentés de partir. SRF raconte le départ de grandes entreprises qui faisaient beaucoup d’affaires dans le réseau, comme l’importateur automobile Amag ou le distributeur d’articles sanitaires Sanitas Troesch. Dans le bâtiment, Implenia explique que l’acceptation des WIR joue encore un rôle dans l’attribution de certains marchés, et Frutiger dit craindre un désavantage concurrentiel s’il quittait complètement le réseau. Blick cite un ramoneur de Schaffhouse qui ne veut plus entendre parler du WIR après y avoir perdu de l’argent.

Un contexte devenu défavorable

Le WIR est né d’une pénurie d’argent. Or, au cours des années 2010, les banques centrales ont mené des politiques monétaires très accommodantes et le crédit ordinaire est devenu bon marché. Pour Hans Geiger, professeur émérite de banque cité par Blick en 2019, l’environnement économique qui faisait le succès du WIR n’existe plus, et la monnaie risque de n’être bientôt plus qu’un souvenir. C’est l’avis d’un observateur critique : la banque, de son côté, poursuit le réseau et a annoncé en 2024 des développements autour de sa monnaie complémentaire.

Des effets de réseau difficiles à reproduire

Enfin, le succès historique du WIR tient à des conditions particulières : un pays riche en PME, une tradition coopérative, un cadre bancaire obtenu dès 1936 et des décennies pour atteindre une masse critique. Toutes ces conditions sont difficiles à réunir ailleurs, et les monnaies complémentaires créées depuis ont rarement atteint cette échelle.

Enseignements et réplicabilité

La Banque WIR montre qu’une monnaie complémentaire peut durer près d’un siècle, à condition d’être adossée à une institution solide et à un réseau dense. Son recul montre aussi qu’elle doit rester utile à chaque participant, sans quoi le cercle se défait.

La monnaie comme bien commun

Le WIR rappelle que des entreprises peuvent se doter de leur propre instrument d’échange, à condition de respecter un cadre légal. En Suisse, ce cadre a été celui de la loi sur les banques. Ailleurs, un projet comparable devrait composer avec la réglementation bancaire et financière du pays.

Conditions de réplicabilité

Plusieurs pistes se dégagent pour un groupe d’entreprises qui voudrait s’en inspirer :

  • Commencer par un cercle d’entreprises qui ont besoin les unes des autres : bâtiment, artisanat, commerce, services, avec des achats croisés réels.
  • Fixer des règles simples : parité avec la monnaie nationale, taux d’acceptation choisi par chacun, mêmes prix quel que soit le moyen de paiement.
  • Surveiller l’équilibre des comptes : repérer tôt les participants qui accumulent trop de monnaie complémentaire et les aider à la dépenser.
  • Donner une place de marché au réseau : annuaire, plateforme d’offres, rencontres, pour que chacun sache où dépenser.
  • S’appuyer sur une structure régulée : une coopérative ou une banque capable de gérer le crédit de façon prudente.
  • Accepter le temps long : le WIR a mis des décennies à dépasser les 10 000 participants.

La complémentarité plutôt que l’opposition

Le WIR n’a jamais cherché à remplacer le franc suisse. Les paiements mixtes et le taux d’acceptation librement choisi permettent à chaque entreprise de doser sa participation. C’est sans doute l’une des clés de sa longévité, et une leçon pour tout projet de monnaie complémentaire : rester un complément utile, pas une contrainte.

Lien avec les enjeux globaux de la transition

Dans Demain, la séquence sur la Banque WIR précède celle sur la livre de Bristol et celle sur le réseau américain BALLE, deux expériences également racontées sur ce site. Ensemble, elles posent la question de la place de la monnaie dans la transition : comment garder la richesse sur un territoire et soutenir les entreprises qui y produisent.

Deux familles de monnaies

Le WIR est souvent rapproché des monnaies locales anglaises, mais il n’en est pas l’ancêtre direct. La livre de Totnes, lancée en 2007 dans le cadre de la ville en transition, et le Bristol Pound, lancé en 2012, étaient des monnaies de consommation adossées à la livre sterling, destinées aux habitants autant qu’aux commerces. La livre de Totnes s’inspirait d’un billet local de 1810, selon Transition Town Totnes. Toutes deux ont cessé de circuler, en 2019 pour Totnes et en 2021 pour Bristol. Le WIR, lui, est un système de crédit mutuel entre entreprises, créé plus de soixante-dix ans plus tôt.

Résilience face aux chocs

L’enseignement des travaux de Stodder dépasse la Suisse : un réseau de crédit entre entreprises peut amortir une récession en prenant le relais du crédit bancaire. À l’heure où les chocs économiques liés au climat ou aux crises sanitaires se multiplient, cette fonction d’amortisseur intéresse les économistes qui réfléchissent à la stabilité des économies locales. Les monnaies locales citoyennes françaises s’inscrivent dans cette réflexion, à une échelle bien plus modeste et avec un public différent.

Démocratisation économique

Enfin, le WIR rappelle que la création de monnaie n’est pas un sujet réservé aux banques centrales. En donnant à des PME un outil commun, géré en coopérative, il a montré qu’un collectif d’entreprises pouvait peser sur ses propres conditions de financement.

Conclusion

La Banque WIR raconte une histoire rare : celle d’une monnaie complémentaire née dans l’urgence de la crise des années 1930, à Zurich, et toujours en usage plus de 90 ans après. Seize entrepreneurs ont fondé un cercle de crédit mutuel qui a compté jusqu’à des dizaines de milliers de PME et plus de 2 milliards de francs d’échanges annuels. Les travaux de James Stodder ont montré que ce réseau jouait un rôle d’amortisseur quand l’économie suisse ralentissait.

La suite est plus nuancée. Depuis le milieu des années 2000, le réseau perd des participants, le chiffre d’affaires en WIR a été divisé par deux, et la monnaie se négocie avec une décote sur un marché gris. La banque, elle, se porte bien, grâce à ses activités en francs suisses et à sa solution de prévoyance VIAC. Le franc WIR n’a pas révolutionné l’économie suisse, mais il a prouvé qu’une monnaie complémentaire pouvait tenir des décennies, et il en montre aussi les conditions : un réseau dense, des règles claires et des participants qui trouvent toujours où dépenser.

Sources détaillées

L’œuvre source

  • Demain — documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015, produit par Move Movie avec France 2 Cinéma, Mars Films et Mely Productions, sorti en France le 2 décembre 2015, César du meilleur film documentaire 2016. Fiche Unifrance (nouvel onglet)
  • Demain (film, 2015) — fiche Wikipédia, liste des intervenants, dont Hervé Dubois pour la Banque WIR et Bernard Lietaer. fr.wikipedia.org (nouvel onglet)
  • Dossier pédagogique du film — Zérodeconduite.net, séquencier : « Banque Wir, Bâle, Suisse : une monnaie complémentaire pour les PME ». jeunepublic.veocinemas.fr (nouvel onglet)

Sites web officiels

  • WIR Bank — Unsere Gründungsgeschichte — historique de la banque : fondateurs, loi sur les banques de 1936, évolution du chiffre d’affaires, changement de nom de 1998. wir.ch (nouvel onglet)
  • Système CHW — Banque WIR : parité avec le franc suisse, règles du réseau, crédits en CHW. wir.ch (nouvel onglet)
  • Rapport annuel 2017, rétrospective — Bank WIR : 30 000 PME, chiffre d’affaires de 1,12 milliard de CHW, WIRmarket et WIRpay. gb.wir.ch (nouvel onglet)
  • Communiqués de presse — Bank WIR : résultats 2024, 2025 et du premier semestre 2026, gouvernance. wir.ch (nouvel onglet)
  • Chiffres clés 2023 — Bank WIR, rapport annuel : créances et dépôts en CHW. gb.wir.ch (nouvel onglet)

Études et rapports

  • Complementary credit networks and macroeconomic stability: Switzerland’s Wirtschaftsring — James Stodder, Journal of Economic Behavior & Organization, vol. 72, n° 1, 2009, p. 79-95. ideas.repec.org (nouvel onglet)
  • The Macro-Stability of Swiss WIR-Bank Credits: Balance, Velocity, and Leverage — James Stodder et Bernard Lietaer, Comparative Economic Studies, vol. 58, n° 4, 2016, p. 570-605. ideas.repec.org (nouvel onglet)
  • Initial Results of WIR Research in Switzerland — Erick S. Hansch, septembre 1971, Schumacher Center for a New Economics : fondation à Zurich le 16 octobre 1934, participants et transactions de 1945 à 1970. centerforneweconomics.org (nouvel onglet)
  • OTC-X Research, WIR Bank Genossenschaft — étude du 27 octobre 2025 : évolution de la part de la monnaie WIR. otc-x.ch (nouvel onglet)
  • Les 99 % de l’économie suisse — La Vie économique, avril 2023 : nombre d’entreprises et part des PME en Suisse. dievolkswirtschaft.ch (nouvel onglet)

Articles et reportages

  • WIR – eine Währung im Rückwärtsgang — SRF, 28 novembre 2017 : recul du chiffre d’affaires et des participants, marché gris, témoignages. srf.ch (nouvel onglet)
  • Krisenwährung WIR in der Krise — Blick, octobre 2019 : 30 000 entreprises, décote, analyse de Hans Geiger. blick.ch (nouvel onglet)
  • Bank WIR steigert Brutto-Zinserfolg und Gewinn — finews.ch, 13 février 2026 : résultats 2025, prêts en CHW, VIAC. finews.ch (nouvel onglet)
  • WIR Bank : Kreditgeschäft in Schweizerfranken wächst im 2023 kräftig — Schweizer Aktien, 13 février 2024 : part des crédits en CHW. schweizeraktien.net (nouvel onglet)
  • The People of Zurich and their Money 16: Free money for free citizens — CoinsWeekly : fondation du WIR à Zurich en octobre 1934, capital de départ, premiers membres. coinsweekly.com (nouvel onglet)
  • The WIR, the supplementary Swiss currency since 1934 — The Economy Journal, 2017 : passage des chèques aux cartes. theeconomyjournal.eu (nouvel onglet)
  • WIR Bank — Wikipédia en anglais : abandon de la monnaie sans intérêt en 1952. en.wikipedia.org (nouvel onglet)

Monnaies locales anglaises

Et chez nous ?

Et si nous réunissions, dans notre commune, une dizaine d’artisans et de petites entreprises prêts à accepter, pour une part de leurs factures, de se faire crédit entre eux comme les seize fondateurs du WIR ?

Proposer une action

Partager cet article

A lire aussi