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Economie · Bristol, Royaume-Uni

Bristol Pound : la monnaie locale qui a réinventé l’économie de proximité en Angleterre

Illustration : dans une rue commerçante pavée de Bristol, sous une banderole « Bristol Pound », une cliente tend un billet coloré à un boulanger souriant penché à sa vitrine, où une affichette indique « Bristol Pound Accepted Here ». Titre incrusté : « L’économie à Bristol : le Bristol Pound, une monnaie locale pionnière ».
Illustration générée par IA (Nano Banana Pro)

À Bristol, entre 2012 et 2021, des billets colorés à l’effigie de figures locales passent de main en main, et l’on règle son café par SMS. Le Bristol Pound, porté par une entreprise sociale et une coopérative, veut garder l’argent chez les commerçants indépendants. Le maire se fait même payer son salaire dans cette monnaie locale, aujourd’hui disparue.

Sommaire

Contexte du cas

Bristol est une grande ville portuaire du sud-ouest de l’Angleterre, au bord de l’Avon. Elle s’est construite sur le commerce maritime et cultive depuis longtemps une image de ville indépendante, créative et engagée sur les questions écologiques. En 2018, elle a déclaré l’urgence climatique et s’est fixé l’objectif de devenir une ville neutre en carbone et résiliente face au climat d’ici 2030.

Au tournant des années 2010, plusieurs habitants et entrepreneurs s’interrogent sur ce que deviennent les sommes dépensées en ville. Ciaran Mundy, l’un des fondateurs du projet, le résumait en 2015 dans The Guardian : selon lui, sur une somme dépensée dans une grande chaîne de supermarchés, environ 80 % quittent très vite l’économie locale. Les commerces indépendants, eux, font davantage travailler des fournisseurs et des salariés de la région.

L’héritage de Totnes et des villes en transition

L’idée d’une monnaie locale n’est pas neuve au Royaume-Uni. Dans le Devon, la petite ville de Totnes, berceau du mouvement des villes en transition lancé en 2006 autour de Rob Hopkins, a mis en circulation sa propre monnaie en mars 2007. Lewes en 2008, Brixton en 2009 et Stroud en 2010 ont suivi. Transition Town Totnes cite d’ailleurs Bristol parmi les projets inspirés par son expérience.

Ces premières monnaies restent modestes. En septembre 2012, la BBC notait que la livre de Stroud peinait : 4 000 livres seulement avaient été émises l’année précédente, près de moitié moins qu’au lancement, et un boulanger jugeait le dispositif trop contraignant. Le défi, pour Bristol, est donc de changer d’échelle.

Une ville à l’échelle d’un million d’habitants

Le périmètre retenu pour le Bristol Pound est celui où l’on peut adhérer à la Bristol Credit Union, la coopérative de crédit de la ville. Selon Ciaran Mundy, cette zone rassemble environ un million de personnes. C’est un marché sans commune mesure avec les quelque 8 000 habitants de Totnes, et c’est l’un des paris du projet : prouver qu’une monnaie locale peut fonctionner dans une grande agglomération.

Présentation de l’initiative

Le Bristol Pound est lancé le 19 septembre 2012. Il est porté par une entreprise sociale à but non lucratif, la Bristol Pound Community Interest Company, en partenariat avec la Bristol Credit Union, et soutenu par la municipalité. Ciaran Mundy y travaillait depuis trois ans. Le jour du lancement, plus de 350 entreprises ont adhéré, ce qui en fait, selon la BBC, la plus importante alternative à la livre sterling au Royaume-Uni.

Un Bristol Pound vaut une livre

Le principe est la parité : un Bristol Pound, noté £B, vaut une livre sterling. Chaque billet émis est garanti par une livre déposée à la Bristol Credit Union. Les habitants échangent des livres contre des billets locaux, ou ouvrent un compte en monnaie locale, puis paient les commerçants du réseau. Ceux-ci peuvent réutiliser la monnaie auprès d’autres membres, notamment leurs fournisseurs. Au lancement, la BBC indiquait qu’un commerçant souhaitant revenir à la livre sterling devait acquitter une commission de 3 %.

Les billets papier sont, juridiquement, des bons d’achat : ils ne sont pas une monnaie légale, leur acceptation est volontaire et ils portent une date d’expiration. Les coupures vont de 1 à 20 livres. Les billets de la première série étaient valables jusqu’au 30 septembre 2015. Pour les reconvertir en livres sterling, il fallait d’abord les déposer sur un compte en monnaie locale. Le billet de 10 livres de la première série représente Hannah More, écrivaine et militante contre l’esclavage liée à Bristol.

Le Bristol Pound, une monnaie numérique dès le départ

La grande nouveauté tient au paiement électronique. Là où les monnaies locales précédentes reposaient sur le papier, celle de Bristol peut être utilisée en ligne et par téléphone mobile. Un petit commerçant peut ainsi se faire payer par SMS sans installer de terminal de carte bancaire. Selon le site qui entretient aujourd’hui sa mémoire, ce fut la première monnaie locale à proposer dès l’origine billets et monnaie numérique, et la première à permettre de régler des impôts locaux en monnaie locale.

Qui peut rejoindre le réseau

Les règles d’adhésion sont simples : l’entreprise doit être située dans la zone, et ne pas être cotée en Bourse. Ciaran Mundy précisait en 2015 que le critère central était d’être majoritairement détenue par des personnes vivant sur place. Une grande chaîne de supermarchés, d’autres enseignes nationales et une compagnie aérienne à bas coût avaient demandé à entrer dans le dispositif : elles ont été refusées.

Objectifs et vision

La monnaie poursuit un objectif affiché : inciter les habitants à dépenser leur argent chez les entreprises indépendantes de Bristol, et ces entreprises à relocaliser à leur tour leurs chaînes d’approvisionnement.

Garder l’argent au travail dans la ville

Pour Ciaran Mundy, l’enjeu est de « verrouiller » l’argent dans le territoire plutôt que de le laisser partir vers le système financier international, afin qu’il continue de travailler en ville. Chaque paiement en monnaie locale devient un choix explicite en faveur de l’économie de proximité. Un café qui accepte des £B sait qu’il devra les dépenser chez un fournisseur local, ou payer pour revenir à la livre sterling.

Rendre visible l’impact de ses achats

Le deuxième objectif est pédagogique. Ciaran Mundy disait chercher une innovation à la fois technologique et culturelle, qui aide chacun à prendre conscience de l’effet de ses dépenses. Savoir chez qui l’on dépense, et chez qui cette personne dépensera à son tour, rend l’économie plus transparente, expliquait-il. Le site qui prolonge aujourd’hui le projet insiste sur la même idée : sensibiliser à l’importance de relocaliser les échanges, pour réduire les distances parcourues par les aliments et construire une richesse partagée.

Une pièce d’un projet de ville

À plus long terme, les fondateurs espèrent modifier légèrement le système financier au profit des entreprises locales, pour aboutir à une économie plus juste, plus écologique et plus relocalisée. Ils visent aussi les gros flux : en 2015, Ciaran Mundy estimait que des achats publics réglés en monnaie locale produiraient de véritables changements structurels.

Actions concrètes mises en place

Pendant près de dix ans, l’équipe a multiplié les leviers pour faire vivre la monnaie.

L’appui du maire et de la municipalité

Le 19 novembre 2012, pour son premier jour de mandat, le nouveau maire indépendant de Bristol, l’architecte George Ferguson, annonce qu’il percevra son salaire en Bristol Pounds. Il ne s’agit pas d’une partie : c’est la totalité de sa rémunération, alors fixée à 51 000 livres, que The Guardian confirme encore en 2015. Le geste fait le tour des médias.

La municipalité accepte par ailleurs que la council tax, l’impôt local des ménages, et les business rates, l’impôt local des entreprises, soient réglés en monnaie locale. Bristol est ainsi la première ville britannique où des impôts locaux peuvent être réglés de cette façon. En 2015, un cabinet d’architectes local a même facturé la ville 900 000 Bristol Pounds.

Des billets dessinés pour la ville

Les billets, ornés de clins d’œil aux monuments de Bristol et à sa culture du vélo selon le site d’information BristolWorld, ont été conçus par des Bristoliens et dotés de nombreux dispositifs de sécurité. Une nouvelle série est émise en juin 2015. On peut alors se procurer des billets dans dix-sept points d’échange en ville, ou les commander en ligne.

Des paiements par SMS et en ligne

Les titulaires d’un compte peuvent payer par SMS ou en ligne. Les commerçants se voient ensuite facturer 1 % des paiements par SMS, un taux proche de celui des cartes bancaires ou inférieur, et 1 % des paiements en ligne, plafonné à 95 pence par transaction.

Un réseau de monnaies locales

La Bristol Pound CIC fonde au Royaume-Uni une Guilde des monnaies indépendantes, devenue ensuite l’Independent Money Alliance, pour partager les expériences. Elle aide notamment Exeter à lancer sa propre monnaie en 2015. En juin de cette année-là, Ciaran Mundy recense 25 communautés travaillant à des projets semblables, dont Liverpool.

« Nous avons beaucoup de raisons d’être fiers de ce qu’a accompli notre monnaie locale. »

Diana Finch, directrice générale de Bristol Pound CIC, juillet 2021

Résultats observés

Le Bristol Pound a été, pendant quelques années, la plus grande monnaie locale du Royaume-Uni. Ses résultats sont mieux documentés que ceux de la plupart des monnaies locales, grâce à plusieurs études universitaires.

Les chiffres de la montée en puissance

En juin 2015, selon Ciaran Mundy, environ un million de livres avait été émis en monnaie locale, dont quelque 700 000 étaient encore en circulation, et environ 800 entreprises de la région utilisaient la monnaie. Le site Bristol24/7 écrit qu’à son apogée, plus d’un million de livres en monnaie locale circulaient chaque année, par l’intermédiaire d’environ 650 entreprises adhérentes. La chambre de commerce de Bristol évoque, elle, un réseau de plus de 2 000 particuliers et entreprises indépendantes à son point culminant.

L’étude la plus complète, publiée en 2025 par M. Petz et Diana Finch dans l’International Journal of Community Currency Research, situe l’apogée dans les trois premières années. Elle compte au plus haut environ 630 entreprises disposant d’un compte numérique, environ 200 n’utilisant que le papier, et quelque 1 300 membres particuliers, soit 0,2 % de la population.

Une étude critique sur la relocalisation

En 2018, les chercheurs Adam Marshall et Daniel O’Neill publient dans Ecological Economics une étude fondée sur 27 entretiens avec des commerçants et des acteurs du dispositif. Ils y dénombrent environ 900 entreprises acceptant la monnaie, 1 277 comptes de particuliers et 568 comptes professionnels, et estiment que les 700 000 £B en circulation représentent une part infime de l’économie locale. La plupart des commerçants interrogés déclarent que la monnaie représente moins de 2 % de leur chiffre d’affaires. Leur conclusion est nette : la monnaie ne suffit pas à relocaliser l’économie, un seul des commerçants interrogés ayant augmenté ses achats locaux.

Les résultats font d’ailleurs débat. Fin 2017, le quotidien Bristol Post rapportait que cinq millions de £B avaient été dépensés depuis le lancement, mais que des universitaires jugeaient l’initiative trop petite pour relocaliser la production. Un porte-parole de la monnaie répondait que ces conclusions contredisaient des travaux antérieurs de l’université de Bristol.

Des effets sur le lien et la réputation

Les effets les plus visibles sont ailleurs. Rob Hopkins, cofondateur de Transition Town Totnes, évoque une étude menée à Bristol selon laquelle payer en billets locaux suscite beaucoup plus de conversations que payer par carte. L’expérience a aussi donné à la ville une réputation de laboratoire économique : en 2015, une coalition de gauche à Barcelone s’en inspirait pour proposer sa propre monnaie. James Durie, directeur général de la chambre de commerce de Bristol au sein de Business West, estime qu’il a nourri un climat d’innovation d’où sont nés d’autres outils de finance locale, comme Bristol and Bath Regional Capital, Bristol City Funds ou la banque mutualiste Avon Mutual.

Difficultés ou limites rencontrées

Le Bristol Pound n’existe plus. Son histoire, retracée par ses propres responsables, est l’une des plus instructives pour qui veut lancer une monnaie locale.

Un usage qui décline dès 2016

Selon l’étude de 2025, l’usage baisse régulièrement à partir de 2016. Seule une minorité des membres utilise la monnaie chaque mois. Les consommateurs attendaient souvent des remises plutôt qu’un bénéfice collectif, et posaient deux questions : qu’est-ce que j’y gagne, et qu’est-ce que cela change ? Pour les commerçants, accepter la monnaie ajoutait de la complexité sans apporter les nouveaux clients espérés. Vers 2017, le réseau d’échanges entre entreprises commence à se fragmenter, certains acteurs clés cessant d’y participer.

Un modèle économique introuvable

Le dispositif n’a jamais trouvé de source de revenus suffisante. D’après l’étude de 2025, il aurait fallu multiplier son activité par cinquante à cent pour que les commissions couvrent les coûts. Le dispositif a reçu plus de 1,2 million de livres de financements en huit ans. En janvier 2020, l’entreprise annonce qu’elle a besoin d’un financement important pour survivre.

La concurrence du paiement sans contact

L’avance technologique de la monnaie bristolienne s’est vite émoussée. Le lancement d’Apple Pay, en octobre 2014, a ouvert l’ère du paiement mobile grand public, plus pratique. La généralisation des paiements sans espèces, puis la pandémie de Covid-19, ont achevé de réduire l’usage des billets. Diana Finch, arrivée dans l’équipe en 2018, le reconnaît : les billets papier, de fait des bons d’achat, touchaient surtout un public particulier, souvent des visiteurs qui les gardaient en souvenir. Ils n’ont, selon elle, rien changé de structurel, mais ont servi à faire réfléchir aux achats locaux.

Un soutien politique fluctuant

L’élection d’une nouvelle majorité travailliste, en mai 2016, marque selon l’étude de 2025 un soutien moins marqué que sous le maire indépendant précédent. La municipalité réduit nettement son appui financier à partir de 2018. La réglementation a aussi pesé : la coopérative de crédit n’était pas autorisée à partager les données de transaction avec l’entreprise sociale, ce qui empêchait de piloter finement le dispositif.

Billets et numérique, deux publics

Le double format visait à toucher tout le monde. Ian Martin, l’un des organisateurs de la monnaie d’Exeter, lancée en 2015 sur le modèle bristolien, le résumait dans The Guardian : les plus jeunes paient plutôt en numérique, les plus âgés préfèrent les billets, et il faut les deux pour que la monnaie paraisse réelle. Mais entretenir deux systèmes a un coût, et le papier a décliné plus vite que prévu.

Une dépendance à la livre sterling

Enfin, la parité avec la livre sterling rassure les utilisateurs, mais elle limite l’autonomie de la monnaie : un £B suit exactement la valeur de la monnaie nationale. Adam Marshall et Daniel O’Neill jugent que les monnaies locales de ce type remettent peu en cause la domination de la monnaie ordinaire, et que les obstacles à la relocalisation sont d’abord politiques et institutionnels.

Enseignements et réplicabilité

Les responsables du Bristol Pound ont tiré eux-mêmes les leçons de l’expérience, en préparant le projet qui devait lui succéder. Plusieurs d’entre elles valent pour toute monnaie locale.

  • Trouver un modèle économique dès le départ : les commissions sur les échanges ne suffisent pas à financer une équipe, une plateforme numérique et des billets.
  • Offrir un avantage clair à l’utilisateur : la conviction ne suffit pas à changer les habitudes de paiement, il faut une raison concrète de choisir la monnaie locale.
  • Associer durablement la collectivité : le salaire du maire et le paiement des impôts locaux ont donné au dispositif une légitimité forte, mais ce soutien a faibli avec le changement de majorité.
  • Viser les gros flux : achats publics, factures d’énergie, salaires, échanges entre entreprises pèsent bien plus que les achats de consommation courante.
  • Accéder aux données : sans information sur les transactions, impossible de savoir où l’argent circule et d’ajuster le dispositif.
  • Prévoir l’évolution des usages : le numérique, avance majeure en 2012, était devenu banal quelques années plus tard.

Ce que le Bristol Pound laisse derrière lui

En avril 2020, l’entreprise annonce la fin prochaine des billets et de la monnaie numérique, et un partenariat avec la société Payji pour construire Bristol Pay, une plateforme de paiement à but non lucratif. Le partenariat prend fin d’un commun accord. La monnaie numérique s’arrête en août 2020. En juillet 2021, les responsables demandent de rapporter les billets avant le 30 septembre 2021, avec la possibilité d’en reverser la valeur à l’association d’aide alimentaire Feeding Bristol.

Bristol Pay devait détourner une partie des frais de paiement électronique qui quittent la ville, estimés à 60 millions de livres par an en 2019, pour financer le secteur associatif. Faute de fonds suffisants, l’entreprise, rebaptisée Bristol Pay CIC, décide à la mi-2023 de fermer. Un site d’archives entretient depuis la mémoire du projet et répond aux porteurs de monnaies locales et aux chercheurs. Diana Finch a publié en août 2024 un livre, Value Beyond Money, qui retrace l’histoire de la monnaie.

Lien avec les enjeux globaux de la transition

Le Bristol Pound s’inscrit dans les débats plus larges sur la relocalisation de l’économie et sur la place des citoyens dans les choix monétaires.

Relocaliser pour réduire les distances

En incitant à acheter auprès de producteurs et de commerces proches, une monnaie locale peut contribuer à raccourcir les circuits d’approvisionnement, à réduire les distances parcourues par les marchandises et donc certaines émissions. L’effet reste difficile à mesurer, comme l’a montré l’étude de 2018 : la transition écologique de l’économie locale dépend surtout des décisions d’achat des entreprises et des pouvoirs publics.

La monnaie comme choix collectif

Créer une monnaie, même adossée à la livre sterling, rappelle que les règles de l’argent sont des choix. En décembre 2013, la Banque d’Angleterre a consacré un article aux monnaies locales britanniques : elle y estime qu’elles ne menacent pas la stabilité monétaire, tout en rappelant que leurs billets n’offrent pas la même protection que les billets de banque. L’expérience de Bristol a ouvert une discussion publique sur ce que l’on attend de l’argent : stimuler l’économie sociale et solidaire, soutenir les indépendants, mesurer d’autres formes de valeur.

Une famille d’expériences

Dans le film Demain, la séquence de Bristol, avec Ciaran Mundy, s’inscrit dans le chapitre consacré à l’économie, aux côtés de Totnes et de Rob Hopkins, de la banque WIR de Bâle et du réseau d’entrepreneurs BALLE. Ces expériences, également racontées sur le site, montrent plusieurs façons de garder la valeur dans les territoires. La livre de Totnes a elle aussi cessé de circuler, en 2019, pour des raisons voisines. La banque WIR, fondée en Suisse en 1934, rappelle qu’une monnaie complémentaire peut durer lorsqu’elle répond d’abord à un besoin des entreprises.

Vers d’autres formes de valeur

Le projet Bristol Pay voulait aller plus loin qu’une monnaie : compter, sous forme de jetons, des gestes utiles à la ville, comme les kilomètres parcourus à vélo, sans en faire une récompense financière. Il n’a pas vu le jour, mais l’idée prolonge une réflexion partagée par de nombreux acteurs de la transition : mesurer la prospérité autrement qu’en volume d’échanges.

Conclusion

Le Bristol Pound a circulé de septembre 2012 à septembre 2021. Il a été la plus grande monnaie locale du Royaume-Uni, la première à combiner dès le départ billets et paiement numérique, et la première à pouvoir régler des impôts locaux. Un maire s’est fait payer en monnaie locale, des centaines d’entreprises ont rejoint le réseau, et la ville a gagné une réputation d’innovation financière.

Ses limites sont tout aussi documentées : une part infime de l’économie locale, un usage en baisse dès 2016, un modèle économique jamais trouvé, un soutien public qui s’est affaibli et une concurrence technologique qui a rattrapé son avance. Ses responsables l’ont reconnu avec franchise, et c’est ce qui rend l’expérience si utile.

Le Bristol Pound laisse une méthode, des chiffres, des études et des institutions de finance locale nées dans son sillage. Il rappelle qu’une monnaie locale ne transforme pas seule une économie, mais qu’elle peut ouvrir, pendant quelques années, un débat très concret sur la destination de chaque livre dépensée.

Sources détaillées

Documents de référence

  • Film Demain (2015) — documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent, produit par Move Movie avec France 2 Cinéma, Mars Films et Mely Productions, distribué par Mars Films, sorti le 2 décembre 2015, César du meilleur film documentaire 2016. Séquence consacrée au Bristol Pound, avec Ciaran Mundy, dans le chapitre consacré à l’économie. Fiche Unifrance (nouvel onglet)
  • Dossier pédagogique Demain — Alice Mennesson, Cinéfête 2017 : découpage du film et étapes du chapitre Économie. kinoamraschplatz.de (nouvel onglet)
  • M. Petz et Diana Finch, « The Rise and Fall of the Bristol Pound » — International Journal of Community Currency Research, vol. 29, 2025 : chronologie, chiffres, causes du déclin, leçons. ijccr.net (nouvel onglet)
  • Adam P. Marshall et Daniel W. O’Neill, « The Bristol Pound: A Tool for Localisation? » — Ecological Economics, vol. 146, 2018, p. 273-281. eprints.whiterose.ac.uk (nouvel onglet)
  • Banknotes, local currencies and central bank objectives — Mona Naqvi et James Southgate, Banque d’Angleterre, bulletin trimestriel, 20 décembre 2013. bankofengland.co.uk (nouvel onglet)

Sites web officiels

  • Bristol Pound Legacy — site d’archives du Bristol Pound et de Bristol Pay : dates d’activité, premières, fermeture de Bristol Pay CIC en 2023, livre de Diana Finch. L’ancienne adresse bristolpound.org y redirige. bristolpoundlegacy.info (nouvel onglet)
  • Bristol One City — Climate — objectif de neutralité carbone en 2030 et déclaration d’urgence climatique de 2018. bristolonecity.com (nouvel onglet)
  • Saying Farewell to the Totnes Pound — Transition Town Totnes : fin de la livre de Totnes et projets qu’elle a inspirés, dont Bristol. transitiontowntotnes.org (nouvel onglet)

Articles et reportages

  • Bristol Pound launched to keep trade in the city — BBC News, 19 septembre 2012 : lancement, 350 entreprises, paiement mobile, billet à l’effigie de Hannah More, propos de Ciaran Mundy, situation de la livre de Stroud. bbc.co.uk (nouvel onglet)
  • Mayor to take salary in Bristol pounds — The Guardian, 20 novembre 2012 : George Ferguson et son salaire de 51 000 livres. theguardian.com (nouvel onglet)
  • The innovators: the Bristol pound is giving sterling a run for its money — The Guardian, 7 juin 2015 : 800 entreprises, 700 000 £B en circulation, règles d’adhésion, propos de Ciaran Mundy. theguardian.com (nouvel onglet)
  • No more Bristol Pound as partnership sees launch of new platform — Bristol24/7, 22 avril 2020 : fin annoncée des billets et de la monnaie numérique, projet Bristol Pay. bristol247.com (nouvel onglet)
  • End of the line for Bristol Pound after nearly a decade — Bristol24/7, 5 juillet 2021 : retrait des billets au 30 septembre 2021, chiffres à l’apogée, propos de Diana Finch. bristol247.com (nouvel onglet)
  • End of the Bristol Pound: Why did it fail and what next? — BristolWorld, août 2021 : causes de l’arrêt, témoignages de Diana Finch et de James Durie. bristolworld.com (nouvel onglet)
  • My talk at the celebration of the life and times of the Totnes Pound — Rob Hopkins, 5 avril 2019 : héritage de Totnes, étude de Bristol sur les conversations suscitées par les billets. robhopkins.net (nouvel onglet)
  • WIR Bank — Wikipédia (en anglais) : fondation en Suisse en 1934. en.wikipedia.org (nouvel onglet)
  • Bristol pound — Wikipédia (en anglais) : fonctionnement, tarifs des paiements électroniques, réseau des monnaies indépendantes, chronologie. en.wikipedia.org (nouvel onglet)

Et chez nous ?

Et si nous demandions à notre mairie, comme l’avait fait Bristol, d’accepter une monnaie locale pour une partie de ses recettes et de ses achats, afin que l’argent du quartier y reste un peu plus longtemps ?

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