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Economie · États-Unis

BALLE : comment les entrepreneurs américains réinventent l’économie locale

Illustration : marché de rue animé dans une petite ville aux façades de briques, sous des tentes colorées. Banderoles « BALLE - Business Alliance for Local Living Economies » et « Support Local », enseigne « Sustainable Local Economy ». Texte incrusté : « L’économie aux États-Unis : le mouvement BALLE pour une économie locale et durable ».
Illustration générée par IA (Nano Banana Pro)

Dans le film « Demain », le congrès du mouvement BALLE réunit des entrepreneurs américains, et Michelle Long, qui dirige le réseau, y défend une idée simple : rendre aux citoyens la main sur l’économie locale. Né en 2001 autour d’une restauratrice de Philadelphie, ce réseau d’indépendants s’appelle aujourd’hui Common Future et prête à des entreprises de quartier.

Sommaire

Contexte du cas

Demain, le documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent sorti en France le 2 décembre 2015, consacre son troisième chapitre à l’économie. Après l’usine Pocheco près de Lille, la Banque WIR de Bâle et la livre de Bristol, le film s’arrête aux États-Unis, au congrès du mouvement BALLE. Le séquencier du dossier pédagogique du film résume l’enjeu de cette séquence en une ligne : faire en sorte que le citoyen reprenne le pouvoir sur l’économie. Michelle Long, alors directrice du réseau, y prend la parole ; la fiche Wikipédia du film présente BALLE comme le plus grand réseau mondial d’entrepreneurs locaux engagés à transformer l’économie.

BALLE est l’acronyme de Business Alliance for Local Living Economies, que l’on peut traduire par « alliance des entreprises pour des économies locales vivantes ». Le film n’en montre qu’un moment, un congrès, et ne raconte ni l’histoire du réseau ni ce qu’il est devenu. C’est ce que cet article reconstitue, à partir des sources publiées par le réseau, par ses fondateurs et par la presse spécialisée.

Le réseau, lui, a pris la mesure de cette visibilité. Dans sa lettre de départ, Michelle Long raconte avoir vu ce documentaire français, couronné par la plus haute récompense du cinéma de son pays, et souligne qu’il montre « notre communauté ». En France, le film a dépassé le million d’entrées en salle, selon sa fiche Wikipédia, ce qui a fait connaître à un large public français cette façon d’organiser l’économie locale en réseau.

Des villes qui se demandent ce que rapportent leurs commerces

Au tournant des années 2000, des associations de commerçants indépendants américains commencent à faire chiffrer ce que leurs membres apportent à leur ville, comparé aux grandes chaînes. En 2002, à Austin, au Texas, le cabinet Civic Economics compare l’arrivée annoncée d’une grande librairie Borders avec l’activité de deux librairies locales. Selon cette étude, reprise par l’American Independent Business Alliance, 100 dollars dépensés chez Borders auraient fait circuler 13 dollars dans l’économie locale d’Austin, contre 45 dollars dans les librairies indépendantes.

Ces travaux donnent des arguments à un courant d’idées plus ancien. L’économiste Michael Shuman publie en 1998 Going Local, un plaidoyer pour des communautés plus autonomes, puis en 2006 The Small-Mart Revolution, sous-titré « comment les entreprises locales battent la concurrence mondiale ». Le mot d’ordre gagne des restaurateurs, des libraires, des artisans et des patrons de petites entreprises, qui partagent une même inquiétude : voir la richesse produite dans leur quartier repartir vers des sièges sociaux lointains.

Des entrepreneurs isolés

Ces entrepreneurs ont des convictions, mais peu d’outils communs. Chacun défend son commerce dans sa ville, sans réseau national pour échanger des méthodes ou peser dans le débat public. C’est ce vide que BALLE entend combler en 2001 : relier entre elles les initiatives d’économie locale qui naissent un peu partout sur le continent, pour qu’elles apprennent les unes des autres.

Présentation de l’initiative

BALLE est lancé en 2001 par deux chefs d’entreprise, avec le soutien du Social Venture Network, un réseau d’entrepreneurs engagés. Le magazine Orion le décrit à l’époque comme le premier réseau national de petites entreprises durables décidées à acheter et à vendre localement.

Une restauratrice de Philadelphie et un patron de clubs de sport

La première, Judy Wicks, a ouvert en 1983 le White Dog Café au rez-de-chaussée de sa maison de ville, à Philadelphie. Le restaurant sert des produits de saison achetés aux fermes de la région. Judy Wicks a aussi fondé Fair Food Philly en 2000 et le Sustainable Business Network of Greater Philadelphia, le réseau d’entreprises durables de sa ville. Elle a raconté son parcours dans Good Morning, Beautiful Business, paru en 2013.

Le second, Laury Hammel, est à la tête de clubs de sport de la région de Boston. Tous deux figurent comme cofondateurs sur la liste des anciens administrateurs publiée par BALLE, aux côtés de figures du mouvement comme David Korten, cofondateur de Yes! Magazine, Paul Saginaw, de l’entreprise Zingerman’s, ou Michael Shuman.

Michelle Long, de Bellingham à la direction du réseau

En 2002, Michelle Long et Derek Long lancent Sustainable Connections à Bellingham, dans l’État de Washington, et deviennent les premiers salariés de BALLE, selon le Bellingham Business Journal. L’émission Marketplace de la radio publique NPR a qualifié ce réseau local d’« épicentre d’un nouveau modèle économique ». Michelle Long prend ensuite la direction exécutive de BALLE, dont le siège quitte alors San Francisco pour Bellingham. Elle se présente comme la directrice exécutive fondatrice du réseau et l’a dirigé une quinzaine d’années, avant de passer la main et de lancer d’autres projets, dont aujourd’hui Jubilee Gift, une plateforme d’investissement.

Un réseau de réseaux

BALLE ne rassemble pas d’abord des entreprises une à une. Il fédère des réseaux locaux, souvent appelés Local First, qui regroupent chacun les commerces et entreprises indépendants d’une ville ou d’une région. Fin 2002, selon Orion, le réseau compte déjà environ 4 000 membres répartis dans une vingtaine de réseaux affiliés, dans douze États. Il a soutenu par la suite plus de 80 réseaux de ce type aux États-Unis et au Canada, selon le bilan publié lors de son changement de nom. Dans sa lettre d’adieu, Michelle Long écrit que le réseau est présent dans 70 % des États et provinces, et le Schumacher Center for a New Economics évoque une communauté de plus de 125 000 entrepreneurs, investisseurs et philanthropes. Ce dernier chiffre, revendiqué par le réseau, agrège des publics très différents et n’a pas pu être vérifié de façon indépendante.

Objectifs et vision

Le réseau s’est donné pour but, selon ses propres termes, d’accélérer l’émergence d’économies locales régénératrices et durables. La revue Nonprofit Quarterly résume sa mission par une formule plus directe : bâtir des économies locales qui fonctionnent pour tout le monde. L’idée centrale, telle que le réseau la présente, est que la prospérité d’un pays commence au niveau local, ville par ville et entreprise par entreprise, et que l’économie locale est un levier démocratique autant qu’économique.

Un rendement qui se mesure aussi en qualité de vie

Judy Wicks défend une notion qu’elle appelle le « rendement vivant ». Dans une économie locale vivante, explique-t-elle au magazine Orion, l’investisseur n’attend pas seulement des dividendes.

« Les investisseurs cherchent un rendement vivant, payé en partie par le bénéfice de vivre dans des communautés saines et dynamiques. »

Judy Wicks, cofondatrice de BALLE, citée par Orion Magazine (traduction)

Cette vision explique pourquoi BALLE s’adresse autant aux investisseurs et aux fondations qu’aux commerçants : il s’agit de réorienter l’argent disponible vers les entreprises du territoire.

Six chantiers pour une économie locale

Le programme du congrès de 2014, le douzième du réseau, donne une idée précise de ses priorités. Il annonce six thèmes de travail : la finance au service d’économies locales résilientes, les écosystèmes qui aident les entrepreneurs d’une communauté, la formation de dirigeants pour une nouvelle économie, un programme politique « localiste », la nouvelle économie de l’alimentation et l’avenir de la propriété des entreprises. Le public visé est large : réseaux locaux, fondations communautaires, financeurs, incubateurs, élus et responsables du développement économique.

Le mot localist, que le réseau emploie pour désigner ses membres, résume cette ambition : une identité commune pour ceux qui choisissent d’acheter, d’investir et d’entreprendre là où ils vivent.

Actions concrètes mises en place

Les actions de BALLE se situent à deux niveaux : dans les villes, où les réseaux locaux organisent les indépendants, et à l’échelle nationale, où le réseau forme, finance et rassemble.

Dans les villes, annuaires et rencontres

Dès les premières années, les groupes locaux affiliés créent des occasions de rencontre entre entrepreneurs et publient des annuaires des entreprises indépendantes de leur territoire, rapporte Orion. L’objectif est concret : qu’un restaurateur trouve un fournisseur voisin, qu’un habitant sache où acheter local. Sustainable Connections, à Bellingham, a fait de cette mise en relation son métier, au point de devenir un exemple cité dans les médias nationaux.

Le White Dog Café et le camion frigorifique

L’exemple le plus parlant vient du restaurant de Judy Wicks. Après avoir découvert les conditions de l’élevage industriel, elle retire le porc de sa carte. Plutôt que d’en rester là, elle prête à un éleveur, Glen Brendle, de quoi acheter un camion frigorifique à taux réduit. Grâce à ce camion, il peut livrer aux restaurants de Philadelphie du porc élevé en plein air. Un seul prêt a ainsi créé un débouché pour une ferme et un approvisionnement pour plusieurs tables de la ville : c’est, en miniature, ce que BALLE veut reproduire, une économie locale où les entreprises s’épaulent.

Un congrès annuel pour rompre l’isolement

Le congrès annuel est le rendez-vous du mouvement, celui que filme Demain. Celui de 2014 se tient du 11 au 13 juin à Oakland, en Californie, au Scottish Rite Center, et annonce plusieurs centaines de participants. Nonprofit Quarterly situe la fréquentation de ces congrès entre 600 et 800 personnes au début des années 2010. On y vient pour apprendre des autres réseaux, rencontrer des financeurs et rapporter des idées chez soi.

Former une nouvelle génération de responsables

En 2011, BALLE lance un programme de bourses, la Local Economy Fellowship. Parmi les premiers lauréats figure Kimberlee Williams, venue de Newark, dont le regard a, selon Nonprofit Quarterly, poussé le réseau à se remettre en question. Ce programme a joué un rôle important dans l’évolution du réseau, on le verra plus loin : en 2018, 60 % des lauréats des promotions récentes étaient des personnes racisées.

Orienter l’argent des fondations

Le réseau a aussi travaillé avec la philanthropie. Son cercle de fondations réunissait environ 42 institutions en 2019, selon ImpactAlpha, et BALLE affirme avoir contribué à orienter 150 millions de dollars vers des projets ancrés dans les communautés. Son successeur, Common Future, se fixe pour horizon de mobiliser beaucoup plus.

« Comment passer à un milliard de dollars ? Comment passer à cent milliards ? »

Rodney Foxworth, directeur général de Common Future, interrogé par ImpactAlpha en 2019 (traduction)

Résultats observés

Mesurer l’effet d’un réseau de réseaux est difficile. Les résultats documentés tiennent en trois registres : la taille du mouvement, les études sur la circulation de l’argent dans l’économie locale et l’influence du réseau sur le financement solidaire.

Un mouvement qui a essaimé

Parti de deux entrepreneurs en 2001, BALLE comptait une vingtaine de réseaux affiliés dès la fin 2002, puis a accompagné plus de 80 réseaux Local First aux États-Unis et au Canada. L’appellation « localiste » s’est installée dans le vocabulaire du développement économique américain. Lors du changement de nom de 2019, ImpactAlpha note que le mouvement de l’économie locale est devenu courant, là où il paraissait marginal vingt ans plus tôt.

Ce que disent les études sur l’effet multiplicateur

Les réseaux de l’économie locale s’appuient sur une série d’études qui comparent les commerces indépendants et les chaînes. Elles ne portent pas sur les membres de BALLE en particulier, mais sur les indépendants en général.

En octobre 2004, Civic Economics étudie le quartier d’Andersonville, à Chicago. Pour 100 dollars dépensés dans une entreprise locale, 68 dollars restent dans l’économie de la ville, contre 43 dollars dans une chaîne. L’étude explique cet écart par des choix de gestion : les entreprises locales consacrent 28 % de leurs recettes aux salaires, contre 23 % pour les chaînes, achètent plus de deux fois plus souvent leurs biens et services sur place, et huit propriétaires sur dix habitent Chicago. Dans la série Indie Impact menée par le même cabinet, l’étude de Salt Lake City, en 2012, conclut que les détaillants indépendants réinjectent 52 % de leurs recettes dans l’économie locale, contre 14 % pour les chaînes nationales, et les restaurants indépendants 79 %, contre 30 %. D’autres villes donnent des écarts plus modestes : à Portland, dans le Maine, en 2011, 100 dollars dépensés dans un commerce local ajoutent 58 dollars à l’économie locale, contre 33 dans une chaîne ; dans l’ouest du Michigan, en 2008, les restaurants locaux réinjectent 56 % de leurs recettes, contre 37 % pour les chaînes. L’American Independent Business Alliance retient, pour l’ensemble des études de Civic Economics, une moyenne de 52,9 % pour les indépendants et de moins de 13,6 % pour les chaînes.

Au Royaume-Uni, la New Economics Foundation a publié dès 2002 The Money Trail, qui présente la méthode LM3. Elle suit l’argent sur trois « tours » de dépense pour mesurer ce qui reste sur un territoire, et a depuis été appliquée par les 26 collectivités du nord-est de l’Angleterre.

Selon les villes et les secteurs, l’avantage des indépendants va donc d’environ une fois et demie à plus de trois fois et demie. Le chiffre de « deux fois et demie » parfois associé aux membres de BALLE ne repose, lui, sur aucune étude identifiée.

Un virage vers la finance solidaire

Le résultat le plus tangible des dernières années est financier. Devenue Common Future, l’organisation gère un fonds de prêts, le Community Credit Lab. Son rapport annuel 2025, publié en mars 2026, fait état de 28 prêts approuvés dans l’année, dont 24 à des petites entreprises, de 6,7 millions de dollars investis depuis l’origine et de plus de 200 prêts accordés au total. Le prêt moyen approuvé en 2025 atteint environ 65 000 dollars. Les sommes sont modestes à l’échelle américaine, mais elles vont à des entreprises que les banques servent mal.

Le même rapport décrit d’autres chantiers : une coalition de plus de 50 organisations qui travaillent à changer les règles de la finance, un laboratoire consacré aux entreprises de la communauté noire, mené avec dix organisations partenaires dans quatre villes, et une communauté en ligne, les Futurists, suivie par 80 000 personnes sur Instagram. L’économie locale n’y est plus un slogan, mais le terrain sur lequel ces prêts et ces coalitions s’exercent.

Difficultés ou limites rencontrées

L’histoire de BALLE n’est pas celle d’une croissance linéaire. Le réseau a dû affronter une critique de fond, venue de ses propres rangs, et a fini par changer de nom et de stratégie.

Un mouvement trop blanc et trop aisé

En 2010, une revue stratégique fait apparaître un problème que les dirigeants résument sans détour, selon Nonprofit Quarterly : dans le réseau, tout le monde était blanc et issu des classes moyennes. Les bourses destinées à faire venir des personnes racisées aux congrès n’ont pas suffi : environ 25 d’entre elles figuraient parmi 600 à 800 participants. En 2012, Maggie Anderson, invitée à s’exprimer, souligne que l’achat local, tel qu’il est pratiqué, ne profite guère aux communautés noires. Le réseau diversifie alors son équipe, son conseil d’administration et ses boursiers, et forme ses animateurs aux questions d’équité.

La critique touche au cœur du projet. Une économie locale qui ne profite qu’aux propriétaires déjà installés peut renforcer les inégalités au lieu de les réduire. C’est l’une des raisons avancées par ImpactAlpha pour expliquer le changement de nom.

De BALLE à Common Future

En octobre 2019, BALLE devient Common Future. L’organisation, alors dirigée par Rodney Foxworth, place désormais la justice raciale et économique au premier plan et cherche à rapprocher les capitaux des communautés marginalisées. Le nom de BALLE disparaît, et le soutien aux réseaux Local First ne figure plus parmi les programmes mis en avant sur le site de Common Future.

La gouvernance a changé à plusieurs reprises. En juin 2023, Rodney Foxworth quitte la direction après six ans, et Common Future adopte une direction partagée entre trois codirectrices générales. En juin 2026, l’une d’elles, Sandhya Nakhasi, quitte l’organisation ; Jennifer Njuguna et Jess Yupanqui Feingold poursuivent à deux.

Des chiffres à manier avec prudence

Les études sur l’effet multiplicateur sont souvent commandées par des associations de commerçants indépendants et reposent sur des enquêtes auprès d’un petit nombre d’entreprises. Elles donnent des ordres de grandeur utiles, mais leurs résultats varient beaucoup d’une ville à l’autre et ne mesurent pas l’effet propre d’un réseau comme BALLE. De même, les effectifs revendiqués, comme les 125 000 membres, mêlent entreprises, investisseurs et sympathisants. Aucune évaluation indépendante de l’impact global du réseau n’a été trouvée.

Les limites de l’échelle locale

Enfin, l’économie locale ne répond pas à tout. Beaucoup de biens ne peuvent pas être produits à l’échelle d’une ville, et les prix des commerces indépendants restent souvent un frein pour les ménages modestes. C’est précisément ce constat qui a conduit le réseau à s’intéresser davantage au financement des entrepreneurs issus des quartiers populaires qu’à la seule promotion de l’achat local.

Enseignements et réplicabilité

L’expérience de BALLE montre qu’une économie locale ne se décrète pas : elle s’organise, entreprise par entreprise, puis réseau par réseau. Plusieurs leçons se transposent à une ville française.

  • Partir d’un réseau local : réunir les indépendants d’une ville dans une association qui publie un annuaire et organise des rencontres régulières, comme l’ont fait les réseaux Local First.
  • Chercher des liens d’achat concrets : un restaurant qui aide un éleveur à s’équiper, comme le White Dog Café avec son camion frigorifique, crée plus de lien qu’une campagne de communication.
  • Mesurer avant d’argumenter : une étude de type LM3 ou Civic Economics, même modeste, donne aux élus des chiffres propres au territoire.
  • Former des animateurs : un réseau vit par les personnes qui le font tourner, d’où l’intérêt d’un programme de formation comme la Local Economy Fellowship.
  • Associer les financeurs : fondations, banques coopératives et épargnants locaux peuvent orienter une partie de leur argent vers les entreprises du territoire.
  • Veiller à l’équité dès le départ : vérifier qui participe, qui en profite, et ouvrir le réseau aux entrepreneurs des quartiers populaires.

En France, des réseaux de commerçants, des pôles territoriaux de coopération économique ou des associations de monnaie locale jouent déjà une partie de ce rôle. L’apport de BALLE est d’avoir relié ces initiatives à l’échelle d’un continent, pour qu’elles partagent leurs méthodes.

Lien avec les enjeux globaux de la transition

Dans Demain, la séquence sur BALLE clôt une série consacrée à une autre façon de faire circuler l’argent. Elle suit la Banque WIR, dont la monnaie complémentaire relie des PME suisses depuis 1934, et la livre de Bristol, monnaie locale anglaise. Ces trois expériences, déjà racontées sur ce site, posent la même question : comment garder sur un territoire la richesse qui y est produite.

Une économie locale pour mieux résister

Une économie locale plus dense réduit la dépendance à des chaînes d’approvisionnement longues et donne aux habitants davantage de prise sur les décisions qui les concernent. Elle rejoint en cela la démarche des villes en transition de Rob Hopkins, qui intervient dans le film, ou celle des Incroyables Comestibles de Todmorden, que Demain présente aussi. L’usine Pocheco, près de Lille, montre de son côté qu’une entreprise peut réduire son empreinte écologique tout en restant rentable.

Une transition qui doit profiter à tous

Le virage de BALLE vers la justice économique rappelle qu’une transition écologique qui oublierait les plus modestes perdrait son soutien. À Détroit, que le film montre aussi, l’agriculture urbaine est portée par des habitants de quartiers noirs frappés par la désindustrialisation. Relier économie locale et équité, c’est la condition pour que le « localisme » ne reste pas l’affaire d’une clientèle aisée.

Conclusion

Le congrès que filme Demain est celui d’un mouvement alors en pleine maturité. Né en 2001 de la rencontre d’une restauratrice de Philadelphie et d’un patron de clubs de sport de Boston, BALLE a fédéré plus de 80 réseaux d’entrepreneurs indépendants et popularisé une idée désormais courante : l’argent dépensé dans une entreprise du quartier fait davantage vivre ce quartier. Les études de Civic Economics et de la New Economics Foundation lui ont donné des ordres de grandeur, à manier avec prudence.

Le réseau n’existe plus sous ce nom. Depuis octobre 2019, il s’appelle Common Future, se consacre à la justice économique et prête à des petites entreprises et à des fonds communautaires, sous une direction partagée. Cette mue dit quelque chose d’important : une économie locale ne vaut que si elle profite à tous ceux qui y vivent. C’est sans doute la leçon la plus utile de BALLE pour les villes qui veulent, à leur tour, faire circuler leur richesse sur place.

Sources détaillées

L’œuvre source

  • Demain — documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015, produit par Move Movie avec France 2 Cinéma, Mars Films et Mely Productions, sorti en France le 2 décembre 2015, César du meilleur film documentaire 2016. Fiche Unifrance (nouvel onglet)
  • Demain (film, 2015) — fiche Wikipédia, liste des intervenants dont Michelle Long pour BALLE. fr.wikipedia.org (nouvel onglet)
  • Dossier pédagogique du film — Zérodeconduite.net, séquencier : « Congrès du mouvement BALLE, USA ». jeunepublic.veocinemas.fr (nouvel onglet)

Sites web officiels

Articles et reportages

  • BALLE becomes Common Future — Wellbeing Economy Alliance, 22 octobre 2019 : bilan du réseau et raisons du changement de nom. weall.org (nouvel onglet)
  • Q&A with Rodney Foxworth — ImpactAlpha, 17 octobre 2019 : changement de nom, cercle de fondations, 150 millions de dollars. impactalpha.com (nouvel onglet)
  • BALLE–Racial Equity Change from the Outside In — Cyndi Suarez, Nonprofit Quarterly, 18 octobre 2018 : diversité du réseau, Local Economy Fellowship. nonprofitquarterly.org (nouvel onglet)
  • Profits of Place — Josh Harkinson, Orion Magazine : fondation de BALLE, White Dog Café, premiers réseaux. orionmagazine.org (nouvel onglet)
  • Resource: Business Alliance for Local Living Economies — The Next System Project : présentation du réseau et de sa vision « ville par ville, entreprise par entreprise ». thenextsystem.org (nouvel onglet)
  • Common Future Launches New Women-led, Multiracial Co-CEO Model — communiqué PR Newswire, 6 juin 2023 : trois codirectrices générales succèdent à Rodney Foxworth. prnewswire.com (nouvel onglet)
  • Bellingham to be new BALLE headquarters — Bellingham Business Journal : nomination de Michelle Long, Sustainable Connections. bbjtoday.com (nouvel onglet)

Études sur l’effet multiplicateur

  • The Andersonville Study of Retail Economics — Civic Economics, octobre 2004, synthèse : 68 dollars contre 43 pour 100 dollars dépensés. andersonville.org (nouvel onglet)
  • The Local Multiplier Effect — American Independent Business Alliance : étude d’Austin (2002) et moyenne des études de Civic Economics. amiba.net (nouvel onglet)
  • Key Studies: Why Independent Matters — Institute for Local Self-Reliance : synthèse des études, dont Salt Lake City (2012). ilsr.org (nouvel onglet)
  • Local Multiplier 3 (LM3) — NEF Consulting : méthode de la New Economics Foundation, The Money Trail (2002). nefconsulting.com (nouvel onglet)

Ouvrages

  • Michael H. Shuman — Going Local (Free Press, 1998), The Small-Mart Revolution (Berrett-Koehler, 2006), Local Dollars, Local Sense (Chelsea Green, 2012). michaelhshuman.com (nouvel onglet)
  • Judy Wicks — Good Morning, Beautiful Business, 2013, récit de l’aventure du White Dog Café et de BALLE.

Et chez nous ?

Et si nous dressions, avec les commerçants et artisans indépendants de notre quartier, l’annuaire de ceux qui pourraient acheter et vendre entre voisins, comme l’ont fait les premiers réseaux de BALLE ?

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