Démocratie · Reykjavik, Islande
Révolution des casseroles en Islande : quand les citoyens reprennent le pouvoir

Janvier 2009, à Reykjavik : devant l’Althing, des manifestants frappent casseroles et poêles et lancent du skyr sur la façade du Parlement. Le film « Demain » revient sur ces manifestations en images d’archives. Cette révolution des casseroles précipite la chute du gouvernement, puis ouvre une réécriture citoyenne de la Constitution islandaise, approuvée par référendum mais jamais adoptée.
Sommaire
Contexte du cas
À l’automne 2008, l’Islande compte à peine plus de 300 000 habitants. Elle en recense 389 444 au 1er janvier 2025, selon l’institut Statistics Iceland, dont 138 772 dans la seule commune de Reykjavik. C’est une petite démocratie parlementaire, fière de son Althing, et qui vient de vivre une décennie d’euphorie financière.
Un système bancaire dix fois plus gros que le pays
Après la privatisation des banques publiques au tournant des années 2000, trois établissements, Glitnir, Landsbanki et Kaupthing, se développent à grande vitesse hors des frontières. Selon une étude de l’Institut pour la stabilité financière de la Banque des règlements internationaux, publiée en 2020, leur taille cumulée atteint dix fois le produit intérieur brut du pays, et ils pèsent plus de 80 % du système financier islandais. À la fin du deuxième trimestre 2008, leurs actifs représentent même plus de onze fois le PIB.
La chute est brutale. Glitnir est nationalisé fin septembre 2008, Landsbanki fait faillite le 7 octobre, Kaupthing quelques jours plus tard. Entre janvier et septembre 2008, la couronne a déjà perdu plus de 35 % de sa valeur face à l’euro. L’inflation sur douze mois atteint un record de 18,6 % en janvier 2009. Le chômage suit : fin novembre 2008, plus de 7 000 demandeurs d’emploi sont inscrits, contre 2 136 fin août.
Les ménages sont touchés de plein fouet, car l’essentiel de leurs dettes est indexé sur l’inflation, et une partie libellée en devises étrangères. Le pays doit demander l’aide du Fonds monétaire international : l’accord de confirmation porte sur 1,4 milliard de droits de tirage spéciaux, environ 2,1 milliards de dollars de l’époque, et court jusqu’en 2011.
Une colère qui cherche des responsables
Au choc économique s’ajoute un sentiment de trahison. Beaucoup d’Islandais reprochent à leurs dirigeants et aux autorités de contrôle d’avoir laissé grossir des banques que l’État ne pouvait plus sauver. C’est de cette colère que naît la révolution des casseroles, et c’est elle que le film Demain, sorti en décembre 2015, choisit de raconter dans sa partie consacrée à la démocratie, sous l’angle d’une question simple : que peuvent faire des citoyens quand leurs représentants ne les écoutent plus ?
Présentation de l’initiative
Le mouvement ne commence pas avec les casseroles. En octobre 2008, quelques jours après l’effondrement des banques, l’auteur-compositeur et militant Hörður Torfason s’installe seul sur la place Austurvöllur, face au Parlement, avec un micro ouvert, et invite les passants à prendre la parole. Le samedi suivant, un rassemblement est organisé, et un collectif prend forme sous le nom de Raddir fólksins, « les voix du peuple ». Ses membres décident de manifester chaque samedi jusqu’à la démission du gouvernement.
Ce n’est ni un parti ni un syndicat qui mène la protestation, mais un collectif né sur la place. Ses revendications sont directes : le départ des responsables politiques et de nouvelles élections.
Ce que recouvre le nom de révolution des casseroles
En islandais, l’épisode s’appelle Búsáhaldabyltingin, littéralement la « révolution des ustensiles de cuisine », que la presse francophone a traduit par révolution des casseroles. Le nom vient des journées de janvier 2009, quand la contestation change d’échelle.
Le 20 janvier 2009, entre 1 000 et 2 000 personnes se massent devant l’Althing. Elles frappent des ustensiles, lancent du skyr, ce fromage frais islandais, et des boules de neige sur le bâtiment. Des heurts éclatent avec la police antiémeute : au moins vingt personnes sont arrêtées et une vingtaine d’autres soignées après avoir reçu du gaz poivré. Le lendemain, au moins 3 000 personnes entourent les bâtiments gouvernementaux, et la voiture du Premier ministre est bombardée de neige, d’œufs et de canettes. Le 22 janvier, face à environ 2 000 manifestants, la police utilise du gaz lacrymogène pour la première fois depuis 1949.
Ce que montre le film Demain
Le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent consacre une séquence, tournée à Reykjavik, à « la faillite de l’État et le mouvement citoyen pour une reprise en main démocratique de la vie politique », selon le séquencier du dossier pédagogique. Des images d’archives des manifestations de 2009 y précèdent un entretien avec Katrín Oddsdóttir, avocate spécialisée dans les droits humains et membre du Conseil constitutionnel de 2011, que le dossier présente comme membre du « groupe des 25 ». La séquence aborde la création participative d’une nouvelle Constitution. Les détails qui suivent sur le processus viennent de sources extérieures au film.
Objectifs et vision
Dans l’urgence de l’hiver 2008-2009, l’objectif est d’abord politique : obtenir la démission du gouvernement de Geir Haarde et la tenue d’élections anticipées. Mais la crise a aussi fait naître une idée plus ambitieuse, celle de réécrire les règles du jeu.
Réécrire une Constitution héritée du Danemark
La Constitution islandaise date de 1944, année où le pays devient une république indépendante du Danemark. Comme le rappelle Jón Ólafsson, professeur à l’université d’Islande, elle reprend pour l’essentiel des textes antérieurs inspirés du modèle danois du XIXe siècle. Pour une partie des Islandais, la faillite de 2008 révèle les limites de ce cadre : pouvoirs mal équilibrés, contrôle insuffisant des dirigeants, ressources naturelles exposées à l’appropriation privée.
Dès novembre 2009, une première assemblée nationale réunit 1 500 personnes, dont 1 200 tirées au sort dans le registre national et 300 représentants d’organisations. L’idée d’associer des citoyens ordinaires à la réflexion sur l’avenir du pays s’installe.
Une Constitution écrite avec les citoyens
La vision qui se dessine ensuite tient en quelques principes. Les citoyens doivent être consultés en amont, pour dire quelles valeurs le texte doit porter. La rédaction doit se faire en public. Et le résultat doit être soumis au peuple. Sur le fond, plusieurs thèmes reviennent : faire des ressources naturelles une propriété nationale, donner le même poids à chaque voix quel que soit le lieu de résidence, permettre aux électeurs de choisir des personnes plutôt que des listes, et ouvrir la possibilité de référendums demandés par les citoyens.
La révolution des casseroles n’a pas écrit ce programme à elle seule. Mais elle a créé le climat politique qui a rendu l’expérience possible, et le gouvernement issu de la crise en a fait l’un de ses chantiers.
Actions concrètes mises en place
Le processus constituant qui suit la révolution des casseroles se déroule en quatre étapes, entre 2010 et 2012. Chacune combine, à sa façon, tirage au sort, élection et participation en ligne.
Un Forum national de 950 citoyens tirés au sort
En novembre 2010, un Forum national réunit 950 citoyens tirés au sort dans le registre national, représentatifs de la population islandaise par le sexe, la région et l’âge. Tous les Islandais de 18 ans et plus avaient la même chance d’être désignés. Pendant une journée, ces participants discutent en petits groupes des valeurs que doit porter la future Constitution. Ils concluent que le pays a besoin d’un nouveau texte et posent les bases de plusieurs dispositions, dont le principe « une personne, une voix » et la propriété nationale des ressources naturelles, selon l’économiste Thorvaldur Gylfason, qui a ensuite siégé au Conseil constitutionnel.
C’est ce forum, et lui seul, qui repose sur le tirage au sort. L’assemblée chargée d’écrire le texte, elle, est élue.
Une assemblée élue, annulée, puis nommée
Le 27 novembre 2010, les Islandais élisent une Assemblée constituante de 25 membres. Ils ont le choix entre 522 candidats, pour la plupart sans mandat politique. La participation n’atteint que 36 %. Les 25 élus, quinze hommes et dix femmes, n’auront pourtant jamais siégé sous ce nom.
Le 25 janvier 2011, la Cour suprême déclare l’élection nulle. Elle relève plusieurs irrégularités, dont deux graves : des bulletins munis de codes-barres numérotés dans l’ordre, qui menaçaient le secret du vote, et des isoloirs inadaptés. Le Parlement choisit alors une autre voie. Le 24 mars 2011, par une résolution adoptée par 30 voix contre 21, avec 7 abstentions, il nomme les 25 personnes élues membres d’un Conseil constitutionnel, un organe consultatif.
Rédiger en public
Le Conseil travaille d’avril à juillet 2011. Sa méthode fait sa réputation : les réunions hebdomadaires sont retransmises en direct sur son site, les versions successives du texte sont publiées chaque semaine, et le public est invité à réagir sur Facebook, Twitter ou Flickr. Selon Jón Ólafsson, le Conseil reçoit 323 propositions formelles et environ 6 000 commentaires sur les réseaux sociaux.
Le 29 juillet 2011, le Conseil remet au Parlement un projet de 114 articles répartis en neuf chapitres, adopté à l’unanimité de ses 25 membres. Katrín Oddsdóttir a décrit ce travail par consensus comme une expérience libératrice, à l’opposé des affrontements partisans habituels.
Un référendum consultatif en octobre 2012
Le 20 octobre 2012, après de longs débats parlementaires, les Islandais sont consultés par un référendum non contraignant. Six questions leur sont posées, et la participation atteint 48,7 %. Toutes reçoivent une réponse positive. 66,9 % des votants approuvent l’idée que les propositions du Conseil servent de base à une nouvelle Constitution. 82,9 % veulent que les ressources naturelles non privées soient déclarées propriété nationale. 78,4 % souhaitent pouvoir voter davantage pour des personnes, 66,5 % demandent que chaque voix pèse le même poids dans tout le pays, et 73,3 % qu’une partie des électeurs puisse réclamer un référendum. Seule la question sur l’Église nationale, approuvée à 57,1 %, va à l’encontre de la recommandation du Conseil.
« C’est un immense paradoxe démocratique de devoir se battre contre son propre Parlement pour qu’il respecte un référendum qu’il a lui-même organisé. »
Katrín Oddsdóttir, avocate, membre du Conseil constitutionnel de 2011, citée par The Reykjavík Grapevine en novembre 2020
Résultats observés
Les effets de la révolution des casseroles se mesurent à deux échelles. À court terme, le mouvement contribue à la chute d’un gouvernement. À plus long terme, il ouvre une expérience constitutionnelle suivie dans le monde entier, dont le résultat reste inachevé.
Ce que la révolution des casseroles obtient tout de suite
Le 26 janvier 2009, moins d’une semaine après le début des grandes manifestations, le Premier ministre Geir Haarde annonce la démission de son gouvernement. Le 1er février, un gouvernement de gauche entre en fonction sous la direction de Jóhanna Sigurðardóttir, première femme à diriger le gouvernement islandais. Des élections législatives anticipées ont lieu le 25 avril 2009. La principale revendication des manifestants de la place Austurvöllur est donc satisfaite en quelques semaines. Le mouvement n’est pas seul en cause, car la coalition sortante était déjà fragilisée par la crise, mais la pression de la rue a pesé sur le calendrier.
Des responsables devant la justice
La demande de comptes connaît aussi une suite judiciaire. Geir Haarde comparaît devant le Landsdómur, une haute cour réservée aux ministres. En avril 2012, il est reconnu coupable d’un seul chef, ne pas avoir consacré de réunions du gouvernement à la crise bancaire, et relaxé des trois autres, sans aucune peine. Côté banquiers, la Cour suprême confirme en février 2015 la condamnation de quatre anciens dirigeants ou actionnaires de Kaupthing pour manipulation de marché, à des peines de quatre à cinq ans et demi de prison, dans l’affaire liée à l’entrée d’un investisseur qatari au capital de la banque, peu avant sa faillite.
Une méthode devenue un cas d’école
Le processus islandais est devenu une référence des débats sur la participation citoyenne. Chercheurs et militants l’ont décrit comme une Constitution « participative », voire « écrite par la foule ». Des archives lui sont consacrées : le projet KRIA, animé notamment par Katrín Oddsdóttir, rassemble entretiens, documents parlementaires, films et images des manifestations, avec la participation de plus de 1 200 personnes.
L’expérience a aussi laissé une trace dans les institutions. Les 9 et 10 novembre 2019, le gouvernement fait organiser à Reykjavik, dans la salle Laugardalshöll, un sondage délibératif sur de possibles modifications constitutionnelles. Plus de 230 personnes y participent. L’opération est menée par l’Institut de recherche en sciences sociales de l’université d’Islande, pour le cabinet de la Première ministre, avec le centre de démocratie délibérative de l’université Stanford, fondé sur la méthode de James Fishkin.
Difficultés ou limites rencontrées
Le bilan de la révolution des casseroles est plus nuancé que la légende qui l’entoure. Le texte né du processus n’est jamais entré en vigueur, et chaque étape a été contestée.
Un texte jamais soumis au vote
Le Parlement n’a jamais voté sur le projet du Conseil constitutionnel. Au printemps 2013, à l’approche des élections, il le met de côté. Thorvaldur Gylfason, membre du Conseil et donc partie prenante, dénonce alors une décision qui ignore le résultat du référendum. Il relève aussi que le Parlement a modifié, dans l’urgence, la procédure de révision pour la législature suivante : une réforme devra réunir les deux tiers des députés et l’approbation de 40 % des électeurs inscrits. Les élections d’avril 2013 portent au pouvoir des partis hostiles au projet.
Un projet critiqué par des juristes
Le texte n’a pas fait l’unanimité chez les spécialistes. En février 2013, la Commission de Venise, organe consultatif du Conseil de l’Europe, publie un avis très critique : formulations jugées floues ou trop générales, chapitre des droits mêlant plusieurs catégories sans les distinguer, articulation des institutions susceptible de créer de l’instabilité. Elle recommande de prendre plus de temps. La légitimité du processus a aussi été discutée : 36 % seulement des électeurs ont voté pour l’Assemblée constituante, l’élection a été annulée, et le Conseil n’a été nommé qu’à une courte majorité parlementaire.
Une contestation pas toujours pacifique
L’image d’une révolte joyeuse et sans heurts est trompeuse. Les journées de janvier 2009 ont vu des jets de projectiles, des arrestations, l’usage de gaz poivré et de gaz lacrymogène. La mobilisation a été massive pour un si petit pays, mais les chiffres documentés se comptent en milliers, pas en dizaines de milliers.
Des réformes par morceaux qui s’enlisent
À partir de 2017, la Première ministre Katrín Jakobsdóttir lance une révision par étapes, sur plusieurs années. Quatre projets de modification, sur l’environnement et les ressources naturelles, les référendums, le président et le gouvernement, sont examinés par la Commission de Venise en octobre 2020, qui les juge globalement conformes aux standards internationaux. Les militants de la Constitution de 2011 s’opposent à cette approche fragmentée. En 2020, une pétition pour le texte du Conseil recueille plus de 43 000 signatures, et une fresque demandant « Où est la nouvelle Constitution ? » est peinte puis effacée à Reykjavik.
En 2024, le processus reste inachevé. Dans une étude publiée en 2025, Jón Ólafsson parle de stagnation et l’explique par la défiance réciproque entre militants constitutionnels et grands partis : les seconds n’ont intérêt ni à reprendre le projet de 2011 ni à mener des réformes partielles.
Enseignements et réplicabilité
L’expérience islandaise ne se résume ni à une victoire ni à un échec. Elle montre ce qu’une mobilisation peut déclencher et ce qu’elle ne suffit pas à garantir. Plusieurs enseignements valent au-delà de l’île :
- Commencer par un rendez-vous régulier : un micro ouvert sur une place, puis un rassemblement chaque samedi, ont donné une forme stable à la colère avant les grandes journées de janvier 2009.
- Demander d’abord les valeurs : le Forum national a réuni 950 citoyens tirés au sort pour dire ce que le texte devait défendre, avant toute rédaction.
- Écrire en public : publier chaque semaine les versions provisoires et ouvrir les commentaires a permis de recueillir des centaines de propositions et des milliers de réactions.
- Chercher le consensus : les 25 membres du Conseil ont adopté leur projet à l’unanimité, en quatre mois.
- Sécuriser la procédure : l’annulation de l’élection pour des défauts techniques a durablement fragilisé la légitimité de l’ensemble.
- Prévoir la suite dès le départ : un référendum consultatif sans engagement clair du Parlement laisse le dernier mot à des majorités qui peuvent changer.
La révolution des casseroles s’est produite dans un pays de quelque 300 000 habitants, où la distance entre citoyens et élus est courte. Ce contexte a facilité la mobilisation et l’organisation d’un forum national en une journée. À l’échelle d’une commune ou d’une région, la méthode du Forum, qui consiste à tirer au sort des habitants pour définir des valeurs communes avant un grand projet, est sans doute la plus facile à transposer.
Lien avec les enjeux globaux de la transition
Dans Demain, la démocratie n’est pas un chapitre à part : le film la présente comme la condition des autres transformations, de l’agriculture à l’énergie. L’Islande en offre une illustration concrète.
Les ressources naturelles au cœur du débat
La question qui a recueilli le plus large soutien au référendum de 2012, avec 82,9 % de oui, portait sur la propriété nationale des ressources naturelles. Dans un pays qui vit de la pêche et d’une énergie presque entièrement renouvelable, tirée de l’hydroélectricité et de la géothermie, la manière dont ces biens communs sont gérés touche directement à la transition écologique. C’est aussi l’un des points sur lesquels les réformes partielles engagées depuis 2017 ont achoppé, selon Jón Ólafsson. Le site a déjà consacré un article à l’autre visage islandais du film, la géothermie de Reykjavik.
D’autres réponses à la même question
Le film place l’Islande à côté d’autres expériences de démocratie renouvelée. À Kuthambakkam, en Inde, un chef de village a misé sur les assemblées villageoises. En Belgique, l’historien David Van Reybrouck, interrogé dans le même chapitre, défend le tirage au sort, principe qui a depuis donné naissance à un Conseil citoyen permanent dans la Communauté germanophone. Aux États-Unis, le sondage délibératif de James Fishkin, utilisé en Islande en 2019, propose une autre façon d’éclairer l’opinion. Toutes ces expériences sont racontées sur le site.
La leçon commune est que la transition ne se décrète pas. Des choix aussi lourds que le partage des ressources, la sobriété ou le financement des énergies renouvelables gagnent en légitimité quand les citoyens ont pu en débattre, et en solidité quand les institutions s’engagent à suivre ce débat.
Conclusion
La révolution des casseroles a commencé par un homme seul, un micro et une place. Elle a pris de l’ampleur chaque samedi, puis explosé en janvier 2009, jusqu’à la démission du gouvernement de Geir Haarde le 26 janvier. Elle a ouvert la voie à un Forum national de 950 citoyens tirés au sort, à un Conseil de 25 membres élus puis nommés, qui a rédigé en public un projet de Constitution, et à un référendum où deux votants sur trois ont approuvé ce texte.
Près de quatorze ans après ce vote, le projet n’est toujours pas adopté, et le Parlement ne l’a jamais soumis au vote. C’est la limite la plus nette de l’expérience : la participation citoyenne, même approuvée dans les urnes, reste fragile quand rien n’oblige les élus à la prendre en compte. Mais la révolution des casseroles a changé durablement le débat islandais. La Constitution de 2011 garde ses défenseurs, qui continuent de réclamer son adoption, et le pays a depuis expérimenté d’autres formes de délibération. Pour les citoyens d’ailleurs, l’Islande reste une démonstration qu’on peut écrire les règles communes autrement, à condition de prévoir, dès le départ, ce que les élus feront du résultat.
Sources détaillées
Œuvre source
- Demain — film documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent, sorti le 2 décembre 2015, produit par Move Movie, France 2 Cinéma, Mars Films et Mely Production, César du meilleur film documentaire 2016. Site officiel du film (nouvel onglet)
- Dossier pédagogique de Demain — séquencier du film, dont la séquence de Reykjavik sur la faillite de l’État et le mouvement citoyen. jeunepublic.veocinemas.fr (nouvel onglet)
- Dossier Cinéfête sur Demain — Alice Mennesson, description de la séquence islandaise : images d’archives de 2009, entretien avec Katrín Oddsdóttir. kinoamraschplatz.de (nouvel onglet)
- Demain (film, 2015) — fiche encyclopédique : production, sortie, récompenses. Wikipédia (nouvel onglet)
Crise financière et manifestations
- The banking crisis in Iceland — Patrizia Baudino, Jon Thor Sturluson et Jean-Philippe Svoronos, Institut pour la stabilité financière (BRI), mars 2020 : taille des banques, chronologie des faillites, programme du FMI. bis.org (nouvel onglet)
- 2008–2011 Icelandic financial crisis — chiffres de la couronne, de l’inflation et du chômage. Wikipédia (anglais) (nouvel onglet)
- 2009 Icelandic financial crisis protests — Hörður Torfason, Raddir fólksins, journées des 20, 21 et 22 janvier 2009, chute du gouvernement. Wikipédia (anglais) (nouvel onglet)
- The population on 1 January 2025 — Statistics Iceland. statice.is (nouvel onglet)
- Mixed verdict for ex-PM of Iceland — CNN, 23 avril 2012 : jugement de Geir Haarde. cnn.com (nouvel onglet)
- Former Kaupthing bankers receive prison sentence — Associated Press, repris par Fox News, février 2015. foxnews.com (nouvel onglet)
Processus constituant
- 2010–2013 Icelandic constitutional reform — forums nationaux de 2009 et 2010, élection, annulation, nomination du Conseil. Wikipédia (anglais) (nouvel onglet)
- 2012 Icelandic constitutional referendum — questions, résultats et participation. Wikipédia (anglais) (nouvel onglet)
- Iceland’s Constitutional Revision and the “New Constitution” — Jón Ólafsson, nordics.info (université d’Aarhus), 25 avril 2024. nordics.info (nouvel onglet)
- Constitution making in action: The case of Iceland — Thorvaldur Gylfason, membre du Conseil constitutionnel, VoxEU (CEPR), 1er novembre 2012. cepr.org (nouvel onglet)
- Putsch: Iceland’s Crowd-Sourced Constitution Killed by Parliament — Thorvaldur Gylfason, Verfassungsblog, 30 mars 2013. verfassungsblog.de (nouvel onglet)
- Venice Commission’s Opinion of Iceland’s Constitution — Iceland Review, février 2013. icelandreview.com (nouvel onglet)
- Council of Europe Reviews Iceland’s Draft Constitutional Bills — Iceland Review, 14 octobre 2020. icelandreview.com (nouvel onglet)
- Constitutional Reform Revisited: From Crowdsourcing to Stagnation — Jón Ólafsson, Online Journal Modelling the New Europe, n° 48, 2025. iris.hi.is (nouvel onglet)
Témoignages et suites
- Where Is The New Constitution? — Andie Sophia Fontaine, The Reykjavík Grapevine, 9 novembre 2020 : entretien avec Katrín Oddsdóttir, pétition de 2020. grapevine.is (nouvel onglet)
- A Participatory Archive to Document a Participatory Constitutional Process — EuropeNow, 17 avril 2022 : entretien avec Cricket Keating, Katrín Oddsdóttir et Eileen Jerrett sur le projet KRIA. europenowjournal.org (nouvel onglet)
- Deliberative Poll — Institut de recherche en sciences sociales de l’université d’Islande : sondage délibératif des 9 et 10 novembre 2019. ssri.is (nouvel onglet)
- A Deliberative Poll on the Icelandic Constitution — Deliberative Democracy Lab, université Stanford. deliberation.stanford.edu (nouvel onglet)
- Cabinet of Kristrún Frostadóttir — gouvernement en fonction depuis le 21 décembre 2024 et ses priorités. Wikipédia (anglais) (nouvel onglet)
Et chez nous ?
Et si nous proposions à notre conseil municipal de tirer au sort une centaine d’habitants, comme l’a fait le Forum national islandais, pour dire quelles valeurs devraient guider le prochain grand projet de la commune ?
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