Démocratie · Kuthambakkam, Inde
Kuthambakkam : révolution démocratique et transition écologique au Tamil Nadu

Dans la colonie Sud de Kuthambakkam, à cinquante kilomètres de Chennai, les eaux usées coulent dans les rues et beaucoup vivent de l’alcool de contrebande. En 1996, Elango Rangaswamy, ingénieur chimiste dalit, est élu président du panchayat. Il soumet ses projets à l’assemblée du village et fait bâtir des maisons jumelles où voisinent familles dalits et non dalits.
Sommaire
Contexte du cas
Kuthambakkam est un village du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde. Il relève du district de Thiruvallur et du taluk de Poonamallee, à l’ouest de Chennai, dont il est distant d’une cinquantaine de kilomètres selon le média Village Square. Le recensement de 2011 y dénombre 5 047 habitants répartis en 1 277 foyers. Les castes répertoriées, c’est-à-dire les Dalits, représentent 45,65 % de la population. Le village s’étend sur plusieurs hameaux, dont la colonie Sud, où vivent quelque 500 familles dalits.
Au début des années 1990, cette colonie concentre les difficultés. Village Square décrit une défécation en plein air, des eaux usées qui coulent dans les rues et des cochons qui se vautrent dans la boue. Selon le même média, la fabrication d’alcool illicite fait alors vivre environ 90 % des hommes de la colonie Sud. La pauvreté, l’alcool et la violence se nourrissent mutuellement.
Une discrimination abolie dans les textes, pas dans les têtes
La Constitution indienne de 1950 abolit l’intouchabilité et en interdit la pratique sous toutes ses formes : c’est l’objet de son article 17. Elle n’abolit pas pour autant le système des castes, qui continue de structurer la vie sociale, les mariages, l’accès à la terre et, souvent, la géographie même des villages. À Kuthambakkam comme ailleurs, les Dalits vivent dans des quartiers séparés et restent en marge des décisions collectives.
La réforme de 1992 qui change la donne
Un tournant institutionnel ouvre une brèche. En 1992, le 73e amendement de la Constitution crée un chapitre consacré aux panchayats, ces conseils ruraux élus. Il consacre la gram sabha, l’assemblée de tous les électeurs inscrits d’un village, comme socle du système. Il impose aussi des sièges réservés aux castes et tribus répertoriées, en proportion de leur poids démographique, et réserve un tiers des sièges aux femmes. Au Tamil Nadu, les élections locales organisées selon ce nouveau cadre ont lieu en 1996. Cette année-là, selon le site NewsGram, la présidence du panchayat de Kuthambakkam est réservée à un candidat dalit.
Présentation de l’initiative
Au cœur de l’histoire de Kuthambakkam se trouve un homme au parcours singulier : Elango Rangaswamy. Né le 12 novembre 1960 dans le village, selon YourStory, il grandit dans une famille dalit d’agriculteurs. Il étudie le génie chimique, travaille pour la compagnie pétrolière publique Oil India, puis pendant huit ans comme scientifique au CSIR, le grand organisme public indien de recherche, rapporte l’hebdomadaire The Week. Il aurait pu poursuivre une carrière confortable. Il choisit de quitter son emploi pour se présenter aux élections de 1996.
Candidat indépendant, il est élu président du panchayat, l’équivalent d’un maire rural, avec les trois quarts des voix selon Vikalp Sangam. Sa stratégie, relève NewsGram, consiste à gagner la confiance des habitants qui ne sont pas dalits. Il est réélu sans opposant en 2001 et exerce deux mandats, jusqu’en 2006. Selon The Week, il revendique l’héritage de Gandhi et de l’économiste gandhien J. C. Kumarappa, défenseurs de l’autonomie des villages.
Ce que montre le film Demain
Le film Demain, de Cyril Dion et Mélanie Laurent, consacre à Kuthambakkam une séquence de son chapitre sur la démocratie, vers la 93e minute. Le dossier pédagogique de Zérodeconduite la résume comme l’exemple de démocratie locale mis en place par Elango Rangaswamy. Le dossier réalisé pour le festival Cinéfête de 2017 présente celui-ci comme une sorte de légende vivante en Inde : un intouchable devenu en 1996 président de son village natal, qui décide de le transformer pour en faire un modèle de gouvernance, en commençant par associer la population à travers la gram sabha.
Dans le même chapitre, le film donne la parole à l’historien belge David Van Reybrouck et montre la reprise en main démocratique de l’Islande après la crise financière. Le parallèle est construit par le montage : Elango Rangaswamy ne s’est pas inspiré de Van Reybrouck, dont l’essai Contre les élections n’a paru qu’en 2013, dix-sept ans après sa première élection.
Objectifs et vision
La vision d’Elango Rangaswamy repose sur une idée lucide : on ne supprimera pas la caste par décret. Il ne promet pas d’en finir avec elle, mais de changer ce qu’elle produit dans la vie quotidienne.
Le premier pilier est donc social. Il s’agit de rendre aux familles de la colonie Sud des conditions de vie dignes : des rues propres, un logement correct, un revenu légal. Tant que les Dalits du village vivent dans l’insalubrité et dépendent de l’alcool de contrebande, aucune assemblée ne peut réunir des égaux. L’amélioration matérielle précède ici la délibération, et la rend possible.
« La stratégie consiste à remplacer l’humiliation liée à la caste par la dignité. »
Elango Rangaswamy, ancien président du panchayat de Kuthambakkam, cité par Village Square
Faire de chaque projet une décision collective
Le deuxième pilier est démocratique. Après avoir dressé un plan de développement du village, Elango Rangaswamy consulte les habitants sur chacun de ses aspects, et c’est la gram sabha qui valide ses propositions, raconte Village Square. La démocratie locale n’est pas ici un supplément d’âme : c’est la condition de la légitimité d’un président dalit face à une population dont la moitié ne l’est pas.
Une économie qui tourne entre villages voisins
Le troisième pilier est économique. Elango Rangaswamy défend ce qu’il appelle une économie de réseau. Six ou sept villages voisins forment une grappe, une sorte de zone de libre-échange. Chacun y produit des biens et des services sans doublon avec les autres, et tous consomment la production du groupe. L’argent circule ainsi entre les villages et se réinvestit sur place, explique The Week. L’idée prolonge l’autonomie villageoise chère à Gandhi, avec une logique de circuits courts.
Essaimer au-delà de Kuthambakkam
Le dernier objectif dépasse le village. Elango Rangaswamy dit vouloir transformer tous les panchayats en villages exemplaires, selon The Week. En 2012, il visait 200 villages modèles et 1 000 dirigeants formés à l’horizon 2016, d’après Vikalp Sangam.
Actions concrètes mises en place
La transformation de Kuthambakkam a suivi une progression pratique : d’abord les besoins les plus criants de la colonie Sud, puis le logement, puis l’économie et la formation d’autres élus.
Assainir la colonie Sud
Les premiers chantiers visent les infrastructures de base. Des égouts et des routes sont construits dans la colonie Sud, rapporte Village Square. The Week cite aussi des rues éclairées, des systèmes de drainage et des ouvrages de récupération des eaux de pluie à l’échelle du village. Ces équipements, visibles par tous, installent la crédibilité du nouveau président.
Sortir de l’alcool de contrebande
Le chantier le plus délicat concerne l’alcool illicite. Pour offrir un autre revenu aux bouilleurs, Elango Rangaswamy crée des groupes d’entraide d’hommes et leur confie des travaux du panchayat, comme le curage des mares, selon Village Square. La méthode fonctionne, mais elle a un prix : les réseaux de l’alcool le prennent pour cible. The Week raconte que les fenêtres de sa maison portent encore des grilles, souvenir de l’époque où ces réseaux le menaçaient, et qu’un ancien trafiquant venait le frapper et le menacer à la faucille.
Samathuvapuram : des maisons jumelles pour vivre côte à côte
L’action la plus symbolique de Kuthambakkam touche au logement. En 2000, le panchayat fait construire 50 maisons jumelles : chaque bâtiment réunit deux logements, l’un pour une famille dalit, l’autre pour une famille non dalit, selon YourStory et Vikalp Sangam. Les murs mitoyens rendent la séparation impossible. Le ministre en chef du Tamil Nadu baptise la colonie Samathuvapuram, le « village de l’égalité » en tamoul, rapporte Village Square. The Week ajoute des logements bon marché et écologiques.
Le nom fait référence à un programme du gouvernement de l’État, lancé en 1997-1998 : chaque Samathuvapuram compte 100 maisons, dont 40 pour les castes répertoriées, 25 pour les autres classes défavorisées, 25 pour les plus défavorisées et 10 pour les autres, avec une réserve pour les personnes handicapées. L’État en recense 145. The Week affirme que l’idée existait à Kuthambakkam avant le programme officiel, tout en notant que le village n’est, techniquement, que le 77e Samathuvapuram du Tamil Nadu.
Des groupes d’entraide et des ateliers
Elango Rangaswamy encourage les femmes à former des groupes d’entraide et à épargner. Ces groupes fabriquent ensuite des hamacs, des bâtonnets d’encens, des trousses de secours et du savon, selon Village Square. The Week évoque aussi de petites unités de production de légumineuses, de produits laitiers, de textiles et d’équipements solaires. Ces activités donnent corps à l’économie de réseau défendue par l’ancien président. Elles offrent aussi aux femmes de Kuthambakkam un revenu propre et une place dans la vie économique du village, là où la réforme de 1992 leur garantissait déjà un tiers des sièges dans les conseils élus.
Former d’autres élus : la Panchayat Academy
Pour essaimer, Elango Rangaswamy crée en 2001 le Trust for Village Self Governance, selon NewsGram, puis une Panchayat Academy installée à Kuthambakkam. Les bilans varient selon les sources et les années : The Week fait état, en 2013, d’au moins 150 présidents de panchayat et 600 groupes d’entraide formés ; YourStory parle, en 2017, d’un réseau de 700 présidents ; le dossier Cinéfête de 2017 avance plus de 1 000 maires formés. Aucun de ces chiffres n’a été vérifié de manière indépendante.
Résultats observés
Les résultats de Kuthambakkam sont surtout décrits par des reportages, rarement mesurés. Ils restent néanmoins tangibles sur plusieurs plans.
Un village qui a changé de visage
Les égouts, les routes et l’éclairage ont transformé la colonie Sud. La fabrication d’alcool illicite a reculé au profit d’activités légales, et les maisons jumelles de Samathuvapuram font vivre côte à côte des familles que tout séparait. Pour Elango Rangaswamy, l’enjeu n’était pas d’effacer les identités, mais qu’elles cessent de déterminer la dignité de chacun.
Les données publiques restent maigres, mais elles dessinent un village actif. Le recensement de 2011 compte 2 166 travailleurs à Kuthambakkam, dont près de 94 % occupent un emploi principal plutôt qu’un travail d’appoint. Il donne aussi un taux d’alphabétisation de 80,2 % à Kuthambakkam, légèrement supérieur à la moyenne de l’État, avec un écart marqué entre hommes, à 86,75 %, et femmes, à 73,47 %. Faute de chiffre comparable pour 1996, on ne peut pas mesurer la part de l’action municipale dans ce résultat. The Week rapporte en 2013 que chaque famille compterait au moins un diplômé de l’enseignement supérieur, une affirmation que le journal présente lui-même avec prudence.
Une assemblée villageoise qui soutient son président
Le meilleur indicateur de l’adhésion des habitants est peut-être politique. Suspendu par l’administration du district à la fin des années 1990, pour avoir attribué des travaux sans appel d’offres, Elango Rangaswamy est rétabli dans ses fonctions après que la gram sabha a confirmé son soutien, selon Village Square. En 2001, il est réélu sans adversaire.
Un rayonnement national et international
Kuthambakkam est devenu un lieu de visite et de formation. L’hebdomadaire The Week a désigné Elango Rangaswamy personnalité de l’année 2013. Selon Village Square, le village figurait, seul lieu indien parmi dix, dans un documentaire présenté pendant la conférence de Paris sur le climat, en décembre 2015. C’est aussi le mois où Demain sort en salles en France et fait connaître Kuthambakkam à un large public francophone.
Le programme Samathuvapuram, enfin, a essaimé à l’échelle de l’État avec 145 villages de l’égalité, même si la part exacte de Kuthambakkam dans sa genèse reste discutée.
Difficultés ou limites rencontrées
Le chemin de Kuthambakkam n’a pas été exempt d’obstacles, et plusieurs limites apparaissent dès qu’on sort du récit héroïque.
Résistances, menaces et procédures
Les réformes ont heurté des intérêts puissants. Les réseaux de l’alcool de contrebande ont menacé et agressé Elango Rangaswamy. Sa méthode pour reconvertir les bouilleurs, confier des travaux sans appel d’offres, constituait une irrégularité de procédure, qui lui a valu une suspension. Les sources divergent sur sa date : 1998 pour Vikalp Sangam, 1999 pour The Week, qui parle d’une révocation. L’épisode rappelle qu’une démocratie locale exigeante doit aussi respecter les règles qui protègent contre le favoritisme.
Un modèle très dépendant d’un homme
La dynamique de Kuthambakkam repose largement sur la personnalité d’Elango Rangaswamy. Quand il est tombé gravement malade, les projets ont ralenti, note Village Square, avant qu’il ne reprenne son engagement à travers son association. Depuis 2006, le village est dirigé par d’autres présidents, et les sources consultées ne documentent pas la suite de leur action. Cette dépendance à une figure charismatique fragilise la pérennité du modèle.
La caste ne disparaît pas
Elango Rangaswamy le dit lui-même : le castéisme ne peut pas être éradiqué. Les maisons jumelles font cohabiter des familles, elles ne dissolvent pas les hiérarchies sociales. Les sources consultées ne fournissent aucune donnée récente sur les mariages entre castes, la propriété foncière ou la participation des femmes aux assemblées du village. Le recensement de 2011 signale en revanche un déséquilibre persistant entre les sexes : Kuthambakkam compte 966 femmes pour 1 000 hommes, contre 996 en moyenne au Tamil Nadu, et seulement 906 filles pour 1 000 garçons chez les moins de 7 ans, contre 943 dans l’État. Ces écarts rappellent que l’égalité entre hommes et femmes reste un chantier ouvert.
Des chiffres rarement vérifiés
Les récits sur Kuthambakkam reposent surtout sur des portraits journalistiques, souvent élogieux, et sur les propos de l’intéressé. Les chiffres varient d’une source à l’autre : sept hameaux pour les uns, soixante-dix pour d’autres ; 150, 700 ou 1 000 élus formés. Aucune évaluation indépendante des effets sur la pauvreté, la santé ou la scolarisation n’a été trouvée.
Un village rattrapé par la métropole
Kuthambakkam est aujourd’hui dans l’orbite de Chennai. Un grand terminal de bus interurbain, d’un coût de 414 crores de roupies, y a été construit pour desservir Bangalore, Hosur, Vellore ou Krishnagiri. En juin 2025, le quotidien DT Next annonçait son ouverture avant la fin de l’année. L’arrivée d’un tel équipement annonce une pression foncière et urbaine que l’économie de réseau villageoise n’avait pas prévue.
Enseignements et réplicabilité
L’expérience de Kuthambakkam livre plusieurs enseignements pour celles et ceux qui s’intéressent à la transformation démocratique et à la transition écologique. Le premier est que le changement social profond peut commencer petit : à l’échelle d’un village, dans la proximité des relations humaines, avec des projets que chacun peut voir avancer.
Un leadership qui consulte
Le deuxième enseignement tient au rôle du leader. Elango Rangaswamy avait un plan, mais il l’a soumis à la gram sabha, point par point. Sa légitimité est venue de cette consultation, et c’est elle qui l’a protégé lors de sa suspension. La limite, on l’a vu, est la dépendance à une seule personne : un modèle durable doit organiser sa propre relève.
L’économie comme levier de paix sociale
Le troisième enseignement est que l’on ne combat pas une économie souterraine par la seule répression. À Kuthambakkam, la fin de l’alcool de contrebande passe par des travaux rémunérés et des groupes d’entraide. La sortie de l’illégalité devient ainsi une promotion, et non une perte.
Des pistes pour s’en inspirer
Le modèle de Kuthambakkam n’est pas un paquet clé en main. Mais il offre des principes transposables :
- Commencer par les besoins visibles : un égout, une route, un éclairage, pour gagner la confiance avant les réformes plus sensibles.
- Soumettre le plan à l’assemblée : faire valider chaque projet par les habitants réunis, et pas seulement par le conseil.
- Proposer une alternative économique : on ne supprime pas une activité illicite sans offrir un autre revenu.
- Mélanger par le logement : des maisons jumelles ou des programmes mixtes qui font vivre côte à côte des familles d’origines différentes.
- Relier les villages voisins : produire sans doublon et consommer la production du groupe, pour que l’argent reste sur le territoire.
- Former d’autres élus : une école des maires pour transmettre les méthodes, plutôt qu’un modèle qui s’éteint avec son fondateur.
- Respecter les règles : l’efficacité ne dispense pas des procédures d’attribution des marchés publics.
Ces principes peuvent s’adapter à un quartier populaire en France comme à un village d’Afrique de l’Ouest, à condition de partir des besoins exprimés par les habitants eux-mêmes.
Lien avec les enjeux globaux de la transition
L’histoire de Kuthambakkam, bien qu’ancrée dans un contexte très spécifique, résonne avec les grands défis de la transition. Elle illustre une transformation qui articule justice sociale, économie locale et gestion collective des ressources, à commencer par l’eau.
Démocratie et biens communs
Le lien entre démocratie et écologie apparaît ici avec force. Les choix d’assainissement, de récupération des eaux de pluie ou de production locale sont des décisions collectives. Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie en 2009 pour ses travaux sur la gouvernance des biens communs, a montré que des communautés locales peuvent gérer durablement des ressources partagées lorsqu’elles se dotent de règles adaptées. Les assemblées de Kuthambakkam en offrent une illustration concrète.
Une réponse locale à des crises globales
Face au changement climatique et à la montée des inégalités, une expérience villageoise peut paraître dérisoire. Elle montre pourtant qu’une réforme institutionnelle nationale, comme le 73e amendement, ne prend vie que si des habitants et des élus s’en emparent. Le Tamil Nadu a d’ailleurs renforcé ce cadre : depuis 2022, les gram sabhas de ses 12 524 panchayats doivent se réunir six fois par an, dont la Journée mondiale de l’eau et la Journée de la gouvernance locale, le 1er novembre.
La place de Kuthambakkam dans Demain
Dans Demain, Kuthambakkam côtoie l’Islande et les réflexions de David Van Reybrouck sur le tirage au sort, mais aussi, dans les autres chapitres, les fermes urbaines de Détroit, les Incroyables Comestibles de Todmorden ou le mouvement des villes en transition lancé par Rob Hopkins à Totnes. Ces expériences partagent une même idée : des citoyens ordinaires, quand on leur en donne les moyens, peuvent reprendre la main sur leurs affaires communes. Le film fait ensuite la transition vers son chapitre sur l’éducation, avec l’idée qu’un citoyen engagé est un citoyen éduqué.
Conclusion
L’histoire de Kuthambakkam est celle d’une révolution ordinaire, menée par un ingénieur dalit revenu dans son village natal. En 1996, il hérite d’une colonie Sud insalubre et d’une économie de l’alcool illicite. Dix ans plus tard, le village a ses égouts, ses routes, ses ateliers, ses maisons jumelles et une assemblée qui valide les décisions. La caste n’a pas disparu, mais l’humiliation a reculé.
L’expérience a ses zones d’ombre : une suspension pour irrégularité, une forte dépendance à la personne d’Elango Rangaswamy, des résultats rarement mesurés de manière indépendante. Elle garde pourtant une valeur d’exemple, parce qu’elle montre ce qu’un cadre légal peut produire quand un élu décide de le prendre au mot.
Aujourd’hui, Elango Rangaswamy n’est plus président du panchayat depuis 2006. Il poursuit son action à travers le Trust for Village Self Governance : en 2020, il a mis au point une unité solaire de production de désinfectant pour créer des emplois pour les femmes pendant la pandémie. Kuthambakkam, lui, se trouve désormais aux portes de Chennai, avec un grand terminal de bus annoncé pour 2025. Reste à savoir si la démocratie villageoise qui a fait sa réputation résistera à cette urbanisation.
Sources détaillées
Documents de référence
- Demain — film documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015, produit par Move Movie avec France 2 Cinéma, Mars Films et Mely Productions, distribué par Mars Films, César du meilleur documentaire 2016. Fiche du film sur Unifrance (nouvel onglet)
- Demain (film, 2015) — fiche Wikipédia : chapitres et intervenants, dont Elango Rangaswamy et David Van Reybrouck. fr.wikipedia.org (nouvel onglet)
- Dossier pédagogique « Demain » — Zérodeconduite, séquencier du film, dont la séquence de Kuthambakkam dans le chapitre sur la démocratie. jeunepublic.veocinemas.fr (nouvel onglet)
- Dossier « Demain » du festival Cinéfête 2017 — réalisé par Alice Mennesson, présentation d’Elango Rangaswamy. kinoamraschplatz.de (nouvel onglet)
- Contre les élections — David Van Reybrouck, Actes Sud, 2014, traduit du néerlandais (Tegen verkiezingen, 2013). critiqueslibres.com (nouvel onglet)
Données et textes officiels
- Kuthambakkam, recensement de 2011 — population, foyers, part des castes répertoriées, alphabétisation. census2011.co.in (nouvel onglet)
- Article 17 de la Constitution indienne — abolition de l’intouchabilité. constitutionofindia.net (nouvel onglet)
- 73e amendement de la Constitution — panchayats, gram sabha, sièges réservés. secforuts.mha.gov.in (nouvel onglet)
- Periyar Ninaivu Samathuvapuram — département du développement rural du Tamil Nadu : lancement en 1997-1998, composition des 100 maisons, 145 villages. tnrd.tn.gov.in (nouvel onglet)
- Prix Nobel d’économie 2009, Elinor Ostrom — motivation du prix. nobelprize.org (nouvel onglet)
Articles et reportages
- Gramnomics — Lakshmi Subramanian, The Week, 15 décembre 2013 : parcours, mandats, logements, économie de réseau, Panchayat Academy. theweek.in (nouvel onglet)
- Kuthambakkam charts a course to prosperity through community action — Jency Samuel, Village Square, 10 octobre 2016 : colonie Sud, alcool illicite, gram sabha, suspension, groupes d’entraide. villagesquare.in (nouvel onglet)
- Ignited Minds: Elango turns Kuthambakkam village as a model village — Vikalp Sangam, 2014, d’après PreSense (2012) : élection, suspension, maisons jumelles. vikalpsangam.org (nouvel onglet)
- The story of a Dalit leader who quit his govt job to end his village’s illegal alcohol trade — YourStory, 18 octobre 2017. yourstory.com (nouvel onglet)
- Gram Swaraj in Kuthambakkam Village of Tamil Nadu — Neha Hegde, NewsGram, 15 janvier 2021 : siège réservé en 1996, création du trust en 2001. newsgram.com (nouvel onglet)
- This Man’s Solar-Powered Unit Can Disinfect And Provide Jobs During COVID-19 — The Better India, 3 août 2020. thebetterindia.com (nouvel onglet)
- Kuthambakkam bus terminus inauguration pushed to December — DT Next, 30 juin 2025. dtnext.in (nouvel onglet)
- Tamil Nadu Gram Sabhas to Meet 6 Times Annually — NewsClick, avril 2022. newsclick.in (nouvel onglet)
Et chez nous ?
Et si nous demandions que le prochain projet de notre commune, une rue refaite ou un logement neuf, soit présenté et voté en réunion publique ouverte à tous, y compris aux habitants du quartier qu’on n’entend jamais ?
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