Démocratie participative aux États-Unis : l’innovation de James Fishkin

En septembre 2019, à Grapevine, au Texas, 526 électeurs venus de 47 États passent un long week-end à débattre de santé, d’immigration, d’économie et d’environnement, en petits groupes puis face à des experts. C’est America in One Room, un sondage délibératif conçu par James Fishkin : une démocratie participative qui mesure ce que pense le public une fois informé.
Sommaire
Contexte du cas
Aux États-Unis comme ailleurs, l’opinion publique se mesure d’abord par les sondages. Ils disent ce que pensent les gens à un instant donné, souvent sur des sujets qu’ils connaissent mal. Pour James Fishkin, ce n’est pas une faute des citoyens. Un électeur sait que sa voix pèse très peu dans un scrutin national : il a donc peu de raisons de passer des heures à étudier un dossier complexe. Les politistes appellent ce comportement l’ignorance rationnelle, notion que Fishkin mobilise dans When the People Speak.
La démocratie participative américaine a pourtant de vieilles racines. Les assemblées municipales de Nouvelle-Angleterre, les town meetings, réunissent depuis longtemps les habitants pour décider ensemble, et de nombreux États permettent aux électeurs de proposer eux-mêmes des lois par initiative populaire. Mais ces formes de démocratie participative attirent surtout les plus motivés, et les campagnes référendaires se jouent souvent à coups de publicités. Les journalistes Kate Galbraith et Asher Price résument la méthode de Fishkin comme un croisement entre l’enquête scientifique et le town meeting.
Le problème des sondages ordinaires
Le résultat est une opinion instable, sensible aux formulations et aux campagnes de communication. Dans la présentation de son livre When the People Speak, publié en 2009, la question est posée sans détour : veut-on une démocratie animée par la délibération ou par la manipulation ? Fishkin y défend une démocratie participative d’un genre particulier, où le public livre des jugements informés sur les politiques publiques, plutôt que des réactions à chaud.
« Voulons-nous une démocratie inspirée par Madison ou par Madison Avenue ? »
James S. Fishkin, présentation de When the People Speak, Oxford University Press, 2009
L’allusion oppose James Madison, l’un des pères de la Constitution américaine, à l’avenue new-yorkaise symbole de la publicité.
Un politiste formé à Yale et à Cambridge
Né en 1948, James S. Fishkin obtient sa licence à Yale en 1970, puis un doctorat de science politique dans la même université en 1975, et un second doctorat, en philosophie, à Cambridge en 1976. Il enseigne à Yale jusqu’en 1984, puis à l’université du Texas à Austin de 1984 à 2003, où il occupe notamment une chaire d’éthique. C’est pendant ces années texanes qu’il imagine et teste sa méthode. En septembre 2003, il rejoint l’université Stanford, où il dirige le Center for Deliberative Democracy, devenu depuis le Deliberative Democracy Lab. Il y est aujourd’hui professeur de communication, titulaire de la chaire Janet M. Peck. Il a été élu à l’Académie américaine des arts et des sciences en 2014.
La source : un livre, et non un film
Cet article s’appuie sur When the People Speak. Deliberative Democracy and Public Consultation, paru chez Oxford University Press en 2009 et réédité en poche en 2011. L’ouvrage compte six chapitres, de « Democratic Aspirations » à « Deliberating Under Difficult Conditions », et son éditeur met en avant des applications concrètes : l’essor des énergies renouvelables au Texas, des choix d’infrastructures en Chine, le dialogue entre communautés en Irlande du Nord. Le sondage délibératif n’apparaît pas dans les descriptions publiées du film Demain, qui consacre en revanche un entretien à l’écrivain belge David Van Reybrouck, défenseur du tirage au sort.
Présentation de l’initiative
Fishkin formule l’idée du sondage délibératif en 1988, selon son laboratoire de Stanford. Le principe tient en une phrase : réunir un échantillon représentatif de la population, lui donner les moyens de s’informer et de débattre, puis mesurer comment ses opinions ont évolué. Le résultat indique ce que penserait le public s’il avait le temps d’étudier la question. C’est une démocratie participative à petite échelle, dont les conclusions s’adressent à tous.
Les étapes du sondage délibératif
Le Deliberative Democracy Lab décrit une méthode en plusieurs temps. Un échantillon aléatoire et représentatif est d’abord interrogé sur les questions choisies. Ses membres sont ensuite invités à se réunir en un même lieu, le plus souvent pour un week-end. Ils reçoivent des documents d’information soigneusement équilibrés, également rendus publics. Sur place, ils discutent en petits groupes avec des modérateurs formés, préparent des questions, puis les posent à des experts et à des responsables politiques de sensibilités différentes lors de séances plénières. À la fin, ils répondent au même questionnaire qu’au départ. La comparaison entre les deux enquêtes, et avec un groupe témoin qui n’a pas participé, fait l’intérêt scientifique de la méthode.
Le nom même de la méthode, Deliberative Polling, est une marque déposée au nom de James Fishkin, ce qui explique le symbole ® qui l’accompagne dans les publications de Stanford.
Des premiers essais télévisés
Le premier sondage délibératif a lieu du 16 au 18 avril 1994, en Grande-Bretagne. Trois cents personnes tirées au sort sur les listes électorales débattent de la lutte contre la criminalité, dans une émission produite par Granada pour Channel 4. Aux États-Unis, la National Issues Convention réunit du 19 au 22 janvier 1996, à Austin, 459 participants tirés au sort. La chaîne publique PBS en diffuse plus de neuf heures, et les candidats à la primaire républicaine répondent aux questions par satellite. Depuis, le laboratoire de Stanford revendique plus de 150 sondages délibératifs dans plus de 50 pays et juridictions.
Objectifs et vision
Le sondage délibératif poursuit un double objectif : produire une connaissance fiable sur l’opinion éclairée, et donner aux décideurs un outil pour en tenir compte.
Concilier égalité et délibération
Dans When the People Speak, un chapitre s’intitule « The Trilemma of Democratic Reform » : Fishkin y analyse la difficulté de concilier plusieurs exigences démocratiques, dont l’égalité politique, la délibération et la participation. Schématiquement, les réformes qui multiplient les occasions de participer, comme les primaires ouvertes ou les référendums, donnent la parole à tous mais sans garantir la réflexion. Les petites assemblées d’experts réfléchissent, mais ne représentent pas le public. Le sondage délibératif tente de réunir égalité politique et délibération grâce à l’échantillon aléatoire : chaque citoyen a la même chance d’être choisi, et le petit groupe désigné a le temps de réfléchir. L’éditeur rappelle que l’auteur s’inspire ici de pratiques de l’Athènes antique.
Une démocratie participative par échantillon
Cette démocratie participative ne cherche pas à faire voter tout le monde sur tout. Elle mise sur un microcosme représentatif, capable de montrer aux élus et au grand public ce que donnerait un débat bien informé. Fishkin répond aussi à deux objections classiques, selon la présentation de son livre : la délibération favoriserait les plus diplômés, et le public serait incapable de comprendre les politiques publiques. Ses expériences visent à démontrer le contraire, mesures à l’appui.
Apaiser les divisions
À partir des années 2010, un autre objectif prend de l’importance : réduire la polarisation. America in One Room, en 2019, a été conçu pour vérifier si des électeurs démocrates et républicains, réunis et informés, pouvaient mieux se comprendre. Pour Fishkin, la démocratie participative doit aussi réparer la conversation civique.
Actions concrètes mises en place
Parmi les nombreuses applications de la méthode, quelques-unes montrent comment la démocratie participative par échantillon a été utilisée aux États-Unis, puis ailleurs.
Texas : huit sondages sur l’électricité
Entre 1996 et 1998, huit compagnies d’électricité texanes organisent des sondages délibératifs auprès de leurs clients. Ce ne sont pas les pouvoirs publics qui les commandent : la commission de régulation du Texas exige simplement que les compagnies tiennent compte des préférences de leurs clients dans leurs plans de ressources, et les entreprises choisissent cette méthode pour les connaître. Le premier sondage se tient à Corpus Christi, du 31 mai au 2 juin 1996, pour Central Power and Light, le dernier à Dallas, les 16 et 17 octobre 1998, pour Texas Utilities.
Chaque rencontre réunit un peu plus de 200 participants, avec un taux de réponse légèrement inférieur à 10 %. Les clients reçoivent une information vérifiée, discutent en groupes et interrogent des experts sur les sources d’énergie, les économies d’énergie et les coûts. Les participants sont indemnisés pour leur venue.
« Un tremblement de terre dans l’opinion publique. »
Kate Galbraith et Asher Price, journalistes, à propos des sondages délibératifs texans, dans The Great Texas Wind Rush (2013)
Selon l’analyse de Robert Luskin, James Fishkin et Dennis Plane, la part des participants prêts à payer davantage pour des énergies renouvelables passe de 52 % à 84 % entre le début et la fin des rencontres, pour quelques dollars de plus par mois. Le soutien aux économies d’énergie progresse aussi nettement dans chaque zone de service.
Californie, 2011 : réformer les institutions
Du 24 au 26 juin 2011, à Torrance, en Californie, 412 électeurs inscrits tirés au sort participent à What’s Next California, un sondage délibératif sur la réforme des institutions de l’État : fonctionnement du Parlement, initiatives populaires, répartition des compétences, fiscalité. L’opération associe le centre de Stanford, plusieurs fondations et groupes de réflexion californiens, et le programme télévisé By the People. Après délibération, le soutien à l’allongement des mandats des élus passe de 46 % à 81 %, et la part des participants qui estiment que les responsables publics se soucient de leur avis de 25 % à 37 %.
America in One Room : la polarisation à l’épreuve
En septembre 2019, le laboratoire de Stanford, l’organisation Helena et l’institut NORC de l’université de Chicago réunissent 526 électeurs à Grapevine, au Texas. Pendant quatre jours, ils débattent de cinq thèmes : santé, immigration, économie, politique étrangère et environnement. Un groupe témoin de 844 personnes permet de mesurer l’effet de la rencontre. Les résultats, publiés par CNN, montrent des déplacements marqués, notamment chez les républicains sur l’immigration, et un rapprochement vers des positions plus modérées sur plusieurs sujets.
De l’Irlande du Nord à la Mongolie
La méthode s’est exportée. En janvier 2007, à Omagh, en Irlande du Nord, des parents protestants et catholiques débattent de l’avenir des écoles de la ville. En Mongolie, le Parlement adopte le 9 février 2017 une loi qui impose un sondage délibératif avant toute révision constitutionnelle, et 669 citoyens tirés au sort délibèrent les 29 et 30 avril 2017 à Oulan-Bator. En Islande, un sondage délibératif sur la Constitution réunit plus de 230 personnes à Reykjavik les 9 et 10 novembre 2019. Et en décembre 2022, plus de 6 300 personnes dans 32 pays participent, pour Meta, à un sondage délibératif mondial sur le harcèlement dans les espaces virtuels, dont les résultats sont publiés en juin 2023.
Résultats observés
Les résultats des sondages délibératifs sont documentés avec précision, puisque la mesure fait partie de la méthode. Ils montrent des changements d’opinion réels, dont l’ampleur varie beaucoup selon les sujets, et une influence sur les décisions plus inégale, comme pour toute démarche de démocratie participative.
Des opinions qui bougent de façon mesurable
En 1996, lors de la National Issues Convention, la part des participants qui pensent que les responsables publics se soucient beaucoup de l’avis de gens comme eux passe de 41 % à 60 %. Mais seuls 20 des 81 indicateurs suivis changent de façon significative, et 7 seulement voient la majorité basculer : la délibération ne transforme pas tout. En 2019, à America in One Room, la part des participants qui jugent que la démocratie américaine fonctionne bien passe de 30 % à 60 %, et celle qui reconnaît de bonnes raisons aux positions du camp adverse de 37 % à 54 %. Au Texas, les participants ont donné à leur expérience une note moyenne de 9,4 sur 10.
Des effets sur les décisions
Le cas texan est le plus souvent cité. En 1999, le Parlement du Texas adopte une loi, signée par le gouverneur George W. Bush, qui impose aux fournisseurs d’électricité une part d’énergies renouvelables, environ 3 % de leur approvisionnement, et fixe des objectifs d’efficacité énergétique. Selon un rapport du Laboratoire national des énergies renouvelables, plus de 1 000 mégawatts de nouvelles capacités renouvelables avaient été développés au Texas après ces sondages. Le Texas est ensuite devenu le premier État éolien du pays. Les auteurs de l’étude texane affirment que de grands investissements éoliens dans l’ouest de l’État sont une conséquence directe des sondages. Les journalistes Kate Galbraith et Asher Price, qui ont retracé cette histoire, en font l’un des facteurs de l’essor éolien, parmi d’autres.
En Mongolie, la révision constitutionnelle adoptée le 14 novembre 2019 reprend, selon le président du Parlement cité par Stanford, la plupart des grands thèmes discutés lors du sondage délibératif de 2017.
Une démocratie participative qui essaime
La démocratie participative par tirage au sort a pris d’autres formes, qu’il ne faut pas confondre avec le sondage délibératif. En Irlande, la Convention constitutionnelle de 2013-2014, avec 66 citoyens tirés au sort et 33 responsables politiques, a recommandé l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, approuvée par référendum en 2015. Une Assemblée citoyenne de 99 membres a ensuite examiné la question de l’avortement, avant le référendum de mai 2018. Ces assemblées rédigent des recommandations, alors que le sondage délibératif mesure surtout l’évolution des opinions. En Belgique, la Communauté germanophone a créé en 2019 un Conseil citoyen permanent sur un autre modèle encore.
Difficultés ou limites rencontrées
La méthode a ses détracteurs, et ses propres données montrent ses limites. Certaines critiques visent le sondage délibératif en particulier, d’autres toute démocratie participative fondée sur un petit groupe de citoyens.
Un coût élevé
Réunir plusieurs centaines de personnes, les transporter, les loger, les indemniser et mobiliser des experts coûte cher. Participedia estime le budget de la National Issues Convention de 1996 entre 3,5 et 4 millions de dollars. Cette contrainte explique que les sondages délibératifs restent des événements ponctuels, souvent financés par des fondations, des médias ou des entreprises, plutôt qu’un rouage régulier des institutions américaines.
Des participants qui acceptent de venir
L’échantillon est tiré au hasard, mais les participants restent des volontaires. Au Texas, le taux de réponse était légèrement inférieur à 10 %. Les organisateurs comparent les participants aux non-participants pour vérifier leur représentativité, mais le biais ne disparaît pas entièrement. La philosophe Cristina Lafont, de l’université Northwestern, voit dans la méthode un défaut plus profond : le décalage entre les participants, qui ont délibéré, et le reste du public, qui ne l’a pas fait. Selon elle, ce fossé fragilise l’usage des sondages délibératifs dans la décision politique réelle.
Un cadrage qui peut orienter les débats
L’équilibre des documents d’information est une condition essentielle, et elle n’est pas toujours respectée. En Mongolie, le juriste Munkhsaikhan Odonkhuu, de l’université nationale de Mongolie, a relevé en 2017 des documents déséquilibrés, certaines questions orientées et un choix des thèmes contrôlé par le parti au pouvoir, qui avait aussi nommé les membres du conseil chargé du processus. Il craignait que la réforme affaiblisse l’équilibre des pouvoirs.
Des avis sans force obligatoire
Un sondage délibératif ne décide rien. En Californie, l’influence réelle de What’s Next California sur les réformes restait incertaine au moment de sa documentation. Pour America in One Room, les résultats ont nourri le débat public sans entraîner de changement législatif identifié dans les sources consultées. Quand le commanditaire est une entreprise, comme Meta, c’est elle qui décide de ce qu’elle retient. Au Texas même, les participants ont nuancé leur enthousiasme initial pour les renouvelables en donnant plus de poids aux économies d’énergie : la délibération produit des avis plus complexes, pas toujours ceux que l’on attend.
Enseignements et réplicabilité
La méthode de James Fishkin est très documentée, ce qui la rend reproductible. Pour qui veut faire vivre la démocratie participative à son échelle, plusieurs principes peuvent inspirer une collectivité ou une association :
- Interroger deux fois : poser les mêmes questions avant et après la délibération, et comparer avec un groupe témoin, pour mesurer ce qui a vraiment changé.
- Tirer au sort l’échantillon : donner à chaque habitant la même chance d’être invité, plutôt que de réunir les seuls habitués des réunions publiques.
- Soigner l’information : des documents équilibrés, relus par des personnes de sensibilités différentes, et rendus publics.
- Alterner petits groupes et experts : les participants préparent leurs questions entre eux, avec un modérateur, avant d’interroger des spécialistes aux avis opposés.
- Indemniser la participation : au Texas, les participants étaient rémunérés pour leur temps, ce qui élargit le cercle des volontaires.
- Dire à l’avance ce qu’on fera des résultats : l’exemple texan montre qu’un commanditaire tenu de rendre des comptes, ici à un régulateur, donne du poids à l’exercice.
La démocratie participative par échantillon s’adapte à toutes les échelles, d’une ville à un pays, et même à des consultations mondiales en ligne. Mais un sondage délibératif rigoureux suppose une compétence en enquête et un budget. Une commune peut s’en inspirer à moindre coût, en réunissant quelques dizaines d’habitants tirés au sort pendant une journée, à condition d’accepter que l’exercice ne vaille pas une enquête scientifique.
Lien avec les enjeux globaux de la transition
La transition écologique suppose des choix coûteux à court terme et bénéfiques à long terme. C’est précisément le type de décision que les sondages ordinaires éclairent mal, et que la délibération peut aider à mûrir.
L’énergie texane, un cas d’école
Les sondages délibératifs texans sont souvent cités comme un exemple de démocratie participative appliquée à l’énergie. Dans un État pétrolier et gazier, des clients informés ont accepté de payer un peu plus pour des énergies renouvelables et ont réclamé davantage d’économies d’énergie. Ces avis ont été repris dans les plans des compagnies, puis la loi de 1999 a fixé un objectif d’énergies renouvelables. L’environnement faisait aussi partie des thèmes d’America in One Room en 2019.
Une famille d’expériences démocratiques
Le film Demain relie la démocratie à toutes les autres transitions, sans évoquer le sondage délibératif. Il donne en revanche la parole à David Van Reybrouck, dont le plaidoyer pour le tirage au sort rejoint la démarche de Fishkin, et montre l’Islande, où un sondage délibératif a été organisé en 2019 avec le laboratoire de Stanford. Ces expériences sont racontées sur le site, comme celle de Kuthambakkam, en Inde, où la démocratie participative passe par les assemblées de village.
La leçon commune est simple, quelle que soit la forme de démocratie participative retenue : les politiques de transition gagnent à être discutées par des citoyens représentatifs et informés, surtout quand elles demandent des efforts partagés.
Conclusion
James Fishkin n’a pas inventé le tirage au sort, mais il en a fait un instrument de mesure. Depuis 1988, son sondage délibératif pose une question simple : que penserait le public s’il avait le temps de s’informer et d’en discuter ? Plus de 150 expériences dans plus de 50 pays et juridictions y ont répondu, de Corpus Christi à Oulan-Bator, avec des résultats parfois spectaculaires, comme au Texas, où la part des participants prêts à payer davantage pour des énergies renouvelables est passée de 52 % à 84 %.
Cette démocratie participative a ses limites : un coût élevé, des volontaires qui ne représentent jamais parfaitement la population, un cadrage qui peut orienter les débats, et des avis que personne n’est obligé de suivre. Mais le Deliberative Democracy Lab de Stanford reste actif en 2026, avec des projets sur les technologies numériques, la santé publique et la polarisation politique. Pour les collectivités qui cherchent à renouveler leur démocratie participative, l’enseignement le plus utile est peut-être le plus modeste : avant de décider, prendre le temps d’informer un échantillon d’habitants, puis écouter ce qu’ils en pensent vraiment.
Sources détaillées
Œuvre source
- When the People Speak. Deliberative Democracy and Public Consultation — James S. Fishkin, Oxford University Press, 2009, réédition en poche en 2011 : présentation, sommaire et applications du sondage délibératif. Fiche de l’éditeur (nouvel onglet) · Google Livres (nouvel onglet)
- Autres ouvrages de James S. Fishkin — Democracy and Deliberation (Yale University Press, 1991), The Voice of the People (Yale University Press, 1995), Deliberation Day, avec Bruce Ackerman (Yale University Press, 2004), Democracy When the People Are Thinking (Oxford University Press, 2018), Can Deliberation Cure the Ills of Democracy? (Oxford University Press, 2025).
- Vers une démocratie délibérative : l’expérimentation d’un idéal — James S. Fishkin, traduction d’un chapitre paru en 1999, revue Hermès, n° 31, 2001, présentée par Dominique Reynié. Il s’agit d’un article et non d’un livre.
Sites web officiels
- Deliberative Democracy Lab — université Stanford, anciennement Center for Deliberative Democracy : projets en cours. deliberation.stanford.edu (nouvel onglet)
- What is Deliberative Polling®? — description de la méthode, origine en 1988, nombre de sondages réalisés. deliberation.stanford.edu (nouvel onglet)
- James S. Fishkin — biographie officielle, fonctions et ouvrages. deliberation.stanford.edu (nouvel onglet)
- Curriculum vitae de James S. Fishkin — diplômes et postes universitaires. cap.stanford.edu (nouvel onglet)
- James S. Fishkin — fiche encyclopédique : année de naissance, distinctions. Wikipédia (anglais) (nouvel onglet)
Études de cas
- Deliberative Polling on Electric Utility Issues in Texas — Robert C. Luskin, James S. Fishkin et Dennis L. Plane : dates, participants, résultats. Participedia (PDF) (nouvel onglet)
- Deliberative Polling®: Texas Electric Utilities — Participedia : lieux, indemnisation, évaluation des participants. participedia.net (nouvel onglet)
- Listening to Customers: How Deliberative Polling Helped Build 1,000 MW of New Renewable Energy Projects in Texas — Laboratoire national des énergies renouvelables (NREL). osti.gov (nouvel onglet)
- Deliberative Polling and the Rise of Wind Power in Texas — Mike McGrath, National Civic Review, printemps 2020. nationalcivicleague.org (nouvel onglet)
- Book Excerpt: How the Public Got Behind TX Wind Power — extrait de The Great Texas Wind Rush, de Kate Galbraith et Asher Price (University of Texas Press, 2013), The Texas Tribune, 17 septembre 2013. texastribune.org (nouvel onglet)
- The United Kingdom’s first Deliberative Polling® — Participedia : avril 1994, Channel 4. participedia.net (nouvel onglet)
- 1996 United States National Issues Convention — Participedia : participants, diffusion, coût, résultats. participedia.net (nouvel onglet)
- What’s Next California? Deliberative Poll — Participedia : juin 2011, Torrance. participedia.net (nouvel onglet)
- America in One Room poll results — CNN, 2 octobre 2019. cnn.com (nouvel onglet)
- Mongolia’s (flawed) experiment with deliberative polling in constitutional reform — Munkhsaikhan Odonkhuu, ConstitutionNet, 29 juin 2017. constitutionnet.org (nouvel onglet)
- Deliberative Polling® Leads to New Constitutional Amendment in Mongolia — CDDRL, université Stanford, 19 avril 2024. cddrl.fsi.stanford.edu (nouvel onglet)
- Results of First Global Deliberative Poll® Announced — Freeman Spogli Institute, université Stanford, 22 juin 2023. fsi.stanford.edu (nouvel onglet)
- Deliberative Poll — Institut de recherche en sciences sociales de l’université d’Islande, novembre 2019. ssri.is (nouvel onglet)
Analyses critiques et comparaisons
- Deliberative Polling: A Critical Assessment — Cristina Lafont, dans Fairness and Competence in Citizen Participation, Springer, 2025. link.springer.com (nouvel onglet)
- 2013-2014 Convention on the Constitution — Citizens’ Assembly (Irlande) : composition et suites. citizensassembly.ie (nouvel onglet)
- The Irish abortion referendum: how a Citizens’ Assembly helped to break years of political deadlock — Electoral Reform Society, mai 2018. electoral-reform.org.uk (nouvel onglet)
- Demain — film de Cyril Dion et Mélanie Laurent (2015), cité pour comparaison : ses dossiers pédagogiques mentionnent David Van Reybrouck, pas James Fishkin. Dossier Cinéfête (nouvel onglet)
Et chez nous ?
Et si nous proposions à notre commune d’interroger deux fois les mêmes habitants tirés au sort, avant et après une journée d’information et de débat, sur le projet qui divise aujourd’hui notre quartier ?
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