Alimentation/Agriculture · Inde
Vandana Shiva, Navdanya et la défense des semences paysannes en Inde

Près de Dehradun, dans la vallée de la Doon, la banque de graines de Navdanya conserve, selon l’organisation, 740 variétés locales de riz, 215 de blé et 130 de haricots rouges. Lancé en 1987 par Vandana Shiva, ce réseau aide des paysans indiens à garder, échanger et ressemer leurs semences paysannes, plutôt que de racheter des graines commerciales.
Sommaire
Contexte du cas
Dans le film Demain, Vandana Shiva n’apparaît pas au milieu des champs, du moins d’après les documents disponibles sur le film. Elle intervient comme experte. Le dossier pédagogique de Zérodeconduite la présente comme « physicienne, philosophe, spécialiste mondiale de la question des semences » et situe sa première intervention vers la 23e minute, dans le chapitre sur l’agriculture, où elle livre une réflexion sur les multinationales de l’agroalimentaire. Elle revient dans le chapitre sur la démocratie, aux côtés de l’historien belge David Van Reybrouck. Ni ce dossier ni celui du festival Cinéfête ne décrivent une scène tournée dans les fermes de Navdanya : ce que l’article en dit s’appuie sur les publications de l’organisation et sur la presse.
Une agriculture transformée par la Révolution verte
L’Inde reste un pays profondément agricole. Le recensement de 2011 y comptait 118,8 millions d’exploitants et 144,3 millions d’ouvriers agricoles. À partir des années 1960, la Révolution verte a transformé ses campagnes en associant des variétés à haut rendement à l’usage massif d’engrais et de pesticides, comme le rappelle le dossier pédagogique du film. La production a augmenté et le pays a desserré la menace des famines. Mais cette mutation a aussi réduit la diversité des variétés cultivées et rendu les paysans dépendants d’intrants achetés chaque saison.
Qui contrôle les graines ?
Au cœur du combat de Vandana Shiva se trouve une question simple : qui possède les semences ? Pendant des millénaires, les paysans ont sélectionné, conservé et échangé leurs graines. Les variétés hybrides, qu’il faut racheter chaque année pour garder leurs performances, puis les brevets sur le vivant et les organismes génétiquement modifiés ont déplacé ce pouvoir vers les semenciers. Pour Vandana Shiva, défendre les semences paysannes revient à défendre la souveraineté alimentaire des communautés rurales.
Présentation de l’initiative
Vandana Shiva est née le 5 novembre 1952 à Dehradun, dans l’actuel Uttarakhand. Sa formation est souvent résumée à la « physique quantique », ce qui mérite d’être précisé. Elle obtient une licence de physique à l’université du Panjab, à Chandigarh, en 1972, puis un master de philosophie des sciences à l’université de Guelph, au Canada, en 1977. Son doctorat, soutenu en 1978 à l’université de Western Ontario, est un doctorat de philosophie consacré aux variables cachées et à la non-localité en théorie quantique. Elle est donc philosophe des sciences, formée à la physique, plutôt que chercheuse en physique.
En 1982, elle fonde à Dehradun, dans l’étable de sa mère selon l’encyclopédie Britannica, un centre de recherche indépendant, devenu la Research Foundation for Science, Technology and Ecology. Deux événements de 1984 orientent alors son travail vers l’agriculture : les violences au Pendjab et la catastrophe de Bhopal, où une fuite de gaz dans une usine de pesticides tue des milliers de personnes. Elle expliquait en 2010 au magazine Sanctuary Asia que ces drames lui avaient fait comprendre que l’agriculture était devenue une forme de guerre.
Navdanya, « neuf graines »
De cette prise de conscience naît Navdanya. Le nom signifie à la fois « neuf graines » et « nouveau don ». Selon l’historique publié par l’organisation, le mouvement de conservation des semences démarre en 1987 dans le Karnataka et dans la région de Tehri Garhwal, et Navdanya est enregistrée comme fondation en 1991. D’autres sources donnent 1984 ou 1991 comme date de création : la chronologie de Navdanya elle-même distingue le lancement du mouvement, en 1987, de son enregistrement officiel, en 1991.
En 1994, Navdanya ouvre un centre de conservation de la biodiversité et une ferme biologique à Ramgarh, dans la vallée de la Doon. En 2001, elle y lance Bija Vidyapeeth, une « université de la Terre » qui accueille toute l’année des stages, dont un programme de treize jours sur la ferme. Vandana Shiva préside aussi Navdanya International, créée en 2011 pour porter ces combats hors d’Inde.
Une voix reconnue, et discutée
En 1993, Vandana Shiva reçoit le Right Livelihood Award, souvent appelé « Nobel alternatif », pour avoir placé les femmes et l’écologie au cœur du débat sur le développement. D’autres distinctions suivent, dont le prix de la paix de Sydney en 2010. Elle est aussi l’une des figures les plus contestées de l’écologie mondiale, on le verra plus loin.
Objectifs et vision
La vision de Vandana Shiva s’inscrit dans une critique radicale du modèle agricole dominant. Pour elle, la crise écologique n’est pas un problème technique qu’une technologie supplémentaire suffirait à régler. Elle découle d’un système économique qui traite le vivant comme une marchandise.
« La semence est le premier maillon de la chaîne alimentaire. »
Vandana Shiva, dans The Law of the Seed, Navdanya International, 2013
Protéger la biodiversité cultivée
Le premier objectif est de protéger la biodiversité agricole, dont les semences paysannes sont le support. Dans le texte d’où vient cette citation, Vandana Shiva ajoute que la graine porte des millénaires d’évolution et de sélection paysanne, ainsi qu’une culture de libre conservation et de libre échange. Les variétés locales, adaptées à un sol et à un climat, forment une assurance : si l’une échoue, une autre peut prendre le relais.
Rendre aux paysans la maîtrise de leurs semences
Le deuxième objectif est l’autonomie. Un paysan qui ressème ses propres graines n’a pas à racheter chaque saison ses semences, ni les engrais et pesticides qui vont souvent avec. Vandana Shiva relie cette dépendance à l’endettement des campagnes indiennes, un lien que ses critiques contestent en partie. Défendre les semences paysannes, dans cette perspective, c’est aussi défendre le revenu et la liberté de ceux qui les cultivent.
Une agriculture qui nourrit sans épuiser
Le troisième objectif est de montrer qu’une autre agriculture peut nourrir le monde. Le film Demain prolonge cette idée avec Olivier De Schutter, alors rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, pour qui l’agroécologie est capable de nourrir la population mondiale, selon le dossier pédagogique du film. Vandana Shiva défend une approche d’ensemble, qui relie la santé des sols, celle des plantes et celle des humains.
Actions concrètes mises en place
Navdanya n’est pas seulement un mouvement d’idées. Elle agit sur le terrain, dans les tribunaux et sur les marchés.
Un réseau de banques de semences paysannes
Le cœur de l’action est le réseau de banques de semences communautaires. Leur nombre varie selon les pages de l’organisation : 111 banques dans 17 États dans sa présentation générale, plus de 124 dans 22 États et au Bhoutan selon Navdanya International, et plus de 150 sur sa page d’accueil consultée en 2026. Le dossier Cinéfête de 2017 parlait de plus de 120 communautés aidées. Ces banques distribuent des céréales, des millets et des semences de légumes adaptées au climat local : en 2016-2017, plus de 15 000 paysans en ont reçu, selon l’organisation.
Navdanya ne détaille pas publiquement ses règles de prêt. Dans beaucoup de banques de semences paysannes indiennes, le principe est simple : le paysan reçoit une quantité de graines et en rend autant après la récolte. En Odisha, une banque citée par le site Scroll en 2022 exige ainsi la restitution de la même quantité, et le double l’année suivante en cas de retard.
La ferme de Dehradun, conservatoire de semences paysannes
La ferme de la vallée de la Doon sert de conservatoire. Navdanya y recense 740 variétés locales de riz, 215 de blé, 46 de basmati, 130 de haricots rouges et 97 de légumineuses, auxquelles s’ajoutent millets, légumes, épices et plantes médicinales. Au total, l’organisation affirme avoir conservé 3 000 variétés de riz dans sa présentation générale, et plus de 4 000 selon Navdanya International. On y enseigne le compostage, l’association de cultures, la gestion naturelle des ravageurs et la conservation des semences paysannes.
Former et convertir
La présentation générale de Navdanya revendique environ 500 000 paysans formés, 200 000 convertis à l’agriculture biologique et plus de 650 000 familles paysannes membres dans 22 États. L’organisation annonce aussi plus de 5 000 Jaiv Panchayats, des conseils villageois de la biodiversité. Ces chiffres sont déclaratifs et n’ont pas été vérifiés de façon indépendante.
La lutte contre la biopiraterie
Vandana Shiva a mené plusieurs combats juridiques contre des brevets portant sur des savoirs traditionnels indiens. Le plus connu concerne le neem, un arbre aux usages médicinaux et agricoles séculaires. Avec l’eurodéputée belge Magda Aelvoet et la fédération internationale de l’agriculture biologique IFOAM, elle s’oppose à un brevet européen détenu notamment par les États-Unis. L’Office européen des brevets le révoque en mai 2000, décision confirmée en appel le 8 mars 2005. C’est l’une des premières victoires juridiques contre un brevet jugé biopirate.
Le 14 août 2001, l’Office américain des brevets retire une large part du brevet de la société texane RiceTec sur des lignées de riz de type basmati : seules 3 revendications sur 20 subsistent, selon Navdanya. En octobre 2004, l’Office européen des brevets révoque un brevet de Monsanto sur une variété de blé indien, le Nap Hal. Ces décisions ont posé un principe : un savoir traditionnel peut constituer une antériorité qui empêche de breveter.
Des débouchés pour les paysans
Navdanya a aussi développé un réseau de vente directe de produits biologiques et équitables, qu’elle présente comme le plus important du pays. L’objectif est de permettre aux paysans d’obtenir un meilleur prix, en réduisant le nombre d’intermédiaires, et de rapprocher consommateurs urbains et producteurs, dans une logique de circuits courts proche de celle des AMAP françaises.
Résultats observés
Les résultats de Navdanya sont réels, mais ils sont surtout connus par ses propres publications. Il faut donc les lire comme des ordres de grandeur.
Un patrimoine génétique sauvegardé
Des milliers de variétés locales de riz, des centaines de blés, de haricots et de légumineuses : ces semences paysannes sont conservées et remises en culture. Selon Navdanya, une partie de ces variétés anciennes, écartées pendant la Révolution verte, présente des qualités recherchées face au changement climatique : l’organisation met en avant ses semences « résilientes au climat ». Les chiffres cités plus haut, de 3 000 à plus de 4 000 variétés de riz, et de 111 à plus de 150 banques, montrent un réseau étendu, mais aucun bilan audité ne permet de les trancher.
Des précédents juridiques durables
Les victoires contre les brevets sur le neem, le basmati et le blé Nap Hal ont eu un effet au-delà de l’Inde. Elles ont montré que les savoirs traditionnels peuvent être opposés aux demandes de brevets, et elles ont alimenté le débat international sur la biopiraterie.
Un impact culturel
Au-delà des chiffres, le travail de Vandana Shiva a contribué à revaloriser les savoirs paysans, souvent jugés arriérés face au modèle technologique. Son influence dépasse l’Inde : en France, le Réseau Semences Paysannes, créé il y a une vingtaine d’années et qui fédère aujourd’hui plus de quatre-vingts organisations, mène le même combat pour renouveler, diffuser et défendre les semences paysannes. Pour le public francophone, le film Demain a donné à ses idées une audience nouvelle, avec plus d’un million d’entrées en France.
Difficultés ou limites rencontrées
Vandana Shiva fait face à une opposition résolue de l’industrie agrochimique. Mais les critiques ne viennent pas toutes de là : des chercheurs et des journalistes contestent aussi certains de ses chiffres et de ses arguments. Une présentation honnête doit en rendre compte.
Des chiffres difficiles à vérifier
La première limite est documentaire. Les chiffres de Navdanya changent d’une page à l’autre et d’une année à l’autre, sans méthode publiée. Certains chiffres qui circulent largement, comme 5 000 variétés sauvegardées ou 800 000 paysans formés, ne figurent même pas dans les publications consultées de l’organisation. Faute de bilan audité, l’ampleur réelle du réseau reste difficile à établir.
Le coton Bt et les suicides de paysans
Le sujet le plus sensible est le coton génétiquement modifié Bt, cultivé en Inde depuis le début des années 2000. Vandana Shiva a qualifié ces semences de « semences du suicide », en les reliant à la vague de suicides d’agriculteurs endettés. Une étude de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), publiée en 2011 par G. Gruère et D. Sengupta, conclut qu’aucune « résurgence » des suicides de paysans n’est établie et que la technologie a été globalement efficace, tout en admettant qu’elle a pu contribuer indirectement à l’endettement dans certains contextes.
Le débat ne s’est pas arrêté là. En 2020, dans Nature Plants, K. R. Kranthi et Glenn Davis Stone ont analysé vingt ans de données : selon eux, l’adoption du coton Bt explique mal l’évolution des rendements, et si elle a d’abord réduit l’usage d’insecticides, les agriculteurs dépensent désormais davantage en pesticides qu’avant son introduction, à cause des résistances et de nouveaux ravageurs. Le drame, lui, reste massif : en 2023, le Bureau national indien des statistiques criminelles a recensé 10 786 suicides dans le secteur agricole, dont 4 690 exploitants et 6 096 ouvriers agricoles. Ses causes sont multiples, et aucune étude ne permet de les imputer à une seule semence.
Le débat sur les petites fermes
Vandana Shiva et d’autres militants affirment souvent que les petites fermes nourrissent 70 % de l’humanité, voire davantage. Ce chiffre remonte notamment à un rapport du groupe ETC de 2009, et Our World in Data le qualifie de « statistique zombie ». En 2021, une étude publiée dans World Development et relayée par la FAO estime que les fermes de moins de deux hectares, soit cinq exploitations sur six dans le monde, exploitent environ 12 % des terres agricoles et produisent environ 35 % de la nourriture mondiale. Les exploitations familiales, toutes tailles confondues, produisent en revanche environ 80 % de l’alimentation en valeur. En 2022, huit organisations, dont l’ONG GRAIN, ont contesté à leur tour la méthode de cette étude et maintiennent que les paysans nourrissent au moins 70 % de la population mondiale : le débat reste ouvert, mais la formule des « 70 à 75 % » ne peut pas être présentée comme un fait établi.
Une figure contestée
En août 2014, le journaliste Michael Specter a publié dans le New Yorker un long portrait critique, intitulé « Seeds of Doubt ». Il y met en cause la présentation de Vandana Shiva comme physicienne, sa manière de relier OGM et suicides, et son opposition en 1999 à une aide alimentaire américaine contenant des produits génétiquement modifiés, envoyée après un cyclone en Orissa. Vandana Shiva a répondu en rappelant son doctorat sur les fondements de la théorie quantique et en attribuant l’endettement des paysans au monopole des semenciers. D’autres critiques ont porté sur ses honoraires de conférence ou sur des accusations de plagiat, que l’article ne peut pas trancher.
Une transition exigeante pour les paysans
Sur le terrain, revenir aux semences paysannes et à l’agriculture biologique demande du temps, des compétences et un accompagnement. Les politiques agricoles ont longtemps favorisé les intrants chimiques, et les filières de commercialisation sont conçues pour des volumes standardisés. C’est précisément ce vide que les fermes-écoles et les réseaux de vente de Navdanya cherchent à combler, avec des moyens limités face à l’ampleur des campagnes indiennes.
Enseignements et réplicabilité
Le cas de Navdanya offre plusieurs enseignements pour quiconque s’intéresse à la transition agricole. Le premier est que la biodiversité cultivée, et avec elle les semences paysannes, n’est pas une question abstraite : elle touche à l’autonomie des paysans, à la sécurité alimentaire et à la capacité d’adaptation au climat.
Le deuxième tient à la force du collectif. Un paysan isolé qui garde ses semences paysannes résiste mal aux pressions du marché. Des centaines de villages qui partagent leurs graines et leurs savoirs forment un réseau capable de proposer une alternative.
Transposer le modèle ailleurs
Le modèle se retrouve sous d’autres formes dans de nombreux pays, y compris en France. Chaque contexte impose ses adaptations, notamment juridiques, car la circulation des semences paysannes est encadrée différemment selon les pays. Quelques pistes concrètes :
- Créer une grainothèque locale : une étagère à la médiathèque ou au jardin partagé où l’on dépose et emprunte des graines.
- Fixer une règle de restitution simple : rendre après la récolte au moins la quantité reçue.
- Documenter les variétés : noter l’origine, le comportement et les usages de chaque graine conservée.
- Relier jardiniers et paysans : organiser des bourses d’échange et des journées de sélection au champ.
- Défendre le droit : suivre les règles sur les semences et soutenir les réseaux qui les font évoluer.
- Vérifier ses chiffres : publier des bilans précis, pour que l’action convainque au-delà des convaincus.
Ces principes valent partout : préférer la diversité à l’uniformité, l’autonomie à la dépendance, et associer savoirs traditionnels et connaissances scientifiques.
Lien avec les enjeux globaux de la transition
Le travail de Vandana Shiva s’inscrit dans les grands enjeux de la transition écologique. Selon une étude publiée en 2021 dans Nature Food, les systèmes alimentaires, de la production au transport en passant par les changements d’usage des terres, étaient responsables de 34 % des émissions humaines de gaz à effet de serre en 2015. Transformer la manière de produire et de consommer la nourriture est donc indispensable pour limiter le changement climatique et préserver les écosystèmes.
Une vision systémique
Comme le montre Demain, tout est lié. Le film passe de l’agriculture à l’énergie, puis à l’économie, à la démocratie et à l’éducation. Vandana Shiva intervient d’ailleurs dans deux de ces chapitres, ce qui dit bien la place qu’elle donne à la question politique : qui décide de ce que l’on sème ? Les semences paysannes ne sont qu’un fil de ce tissu, mais un fil essentiel, puisqu’il touche à la capacité même de se nourrir.
Des échos en France
En France, le message de Vandana Shiva trouve un écho dans le mouvement Colibris, lancé en 2006 à l’initiative de Pierre Rabhi avec cinq cofondateurs, et dont Cyril Dion a été le premier directeur pendant sept ans. Pierre Rabhi, qui apparaît lui aussi dans Demain, y défend l’idée qu’une croissance économique permanente n’est pas viable, selon le dossier pédagogique du film. Dans le même film, la ferme du Bec-Hellouin, en Normandie, montre une agriculture diversifiée et intensive en travail, qui partage bien des intuitions avec Navdanya.
Conclusion
Dans Demain, Vandana Shiva pose une question plus qu’elle ne montre un lieu : à qui appartiennent les graines ? Sa réponse s’incarne dans Navdanya, un réseau lancé en 1987 qui revendique aujourd’hui plus de 150 banques de semences communautaires dans 22 États indiens, une ferme conservatoire dans la vallée de la Doon et une université de la Terre ouverte toute l’année.
Son combat a remporté de vraies victoires, contre les brevets sur le neem, le basmati et le blé Nap Hal. Il reste aussi l’objet de controverses sérieuses, sur le coton Bt, sur la part de l’alimentation mondiale produite par les petites fermes et sur la fiabilité de certains chiffres. Les reconnaître ne retire rien à l’essentiel : la diversité des semences paysannes est un bien commun, et sa sauvegarde ne peut pas dépendre des seuls semenciers.
En 2026, Navdanya poursuit son activité, et Vandana Shiva continue de présider Navdanya International. Chaque jardin qui garde ses graines, chaque grainothèque de quartier et chaque paysan qui ressème ses propres semences paysannes participent, à leur échelle, au même mouvement.
Sources détaillées
Documents de référence
- Demain — film documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015, produit par Move Movie avec France 2 Cinéma, Mars Films et Mely Productions, distribué par Mars Films, César du meilleur documentaire 2016. Fiche du film sur Unifrance (nouvel onglet)
- Demain (film, 2015) — fiche Wikipédia : chapitres, intervenants, entrées en salles. fr.wikipedia.org (nouvel onglet)
- Dossier pédagogique « Demain » — Zérodeconduite, séquencier du film, interventions de Vandana Shiva et d’Olivier De Schutter. jeunepublic.veocinemas.fr (nouvel onglet)
- Dossier « Demain » du festival Cinéfête 2017 — réalisé par Alice Mennesson, présentation de Vandana Shiva. kinoamraschplatz.de (nouvel onglet)
- The Law of the Seed — Vandana Shiva et la Commission internationale pour l’avenir de l’alimentation et de l’agriculture, Navdanya International, 2013. navdanyainternational.org (nouvel onglet)
- Qui nourrit réellement l’humanité ? — Vandana Shiva, traduit par Amanda Prat-Giral, Actes Sud, 2020. Fiche du livre (nouvel onglet)
- Le Terrorisme alimentaire — Vandana Shiva, Fayard, 2001.
Sites web officiels
- Navdanya — page d’accueil : banques de semences, États couverts, Bija Vidyapeeth. navdanya.org (nouvel onglet)
- Navdanya — Présentation générale — membres, paysans formés, variétés conservées à la ferme de Dehradun. navdanya.org (nouvel onglet)
- Navdanya — Historique — lancement en 1987, enregistrement en 1991, ferme en 1994, Bija Vidyapeeth en 2001. navdanya.org (nouvel onglet)
- Navdanya — Victoires contre la biopiraterie — neem, basmati, blé Nap Hal. navdanya.org (nouvel onglet)
- Navdanya International — Banques de semences communautaires — nombre de banques, variétés de riz, paysans servis. navdanyainternational.org (nouvel onglet)
- Navdanya International — Vandana Shiva — biographie et responsabilités actuelles. navdanyainternational.org (nouvel onglet)
- Right Livelihood — Vandana Shiva — prix de 1993 et sa motivation. rightlivelihood.org (nouvel onglet)
- Réseau Semences Paysannes — réseau français de collectifs pour les semences paysannes. semencespaysannes.org (nouvel onglet)
- Mouvement Colibris — Fondateurs et fondatrices — lancement du mouvement en 2006. colibris-lemouvement.org (nouvel onglet)
Articles et études
- Vandana Shiva — Wikipédia en anglais : formation, fondations, distinctions, critiques. en.wikipedia.org (nouvel onglet)
- Research Foundation for Science, Technology and Ecology — Encyclopædia Britannica. britannica.com (nouvel onglet)
- Meet Vandana Shiva — Sanctuary Asia, mars 2010 : 1984, Bhopal et le Pendjab. sanctuarynaturefoundation.org (nouvel onglet)
- Bt Cotton and Farmer Suicides in India: An Evidence-based Assessment — G. Gruère et D. Sengupta, IFPRI, Journal of Development Studies, 2011, résumé par l’ISAAA. isaaa.org (nouvel onglet)
- Long-term impacts of Bt cotton in India — K. R. Kranthi et Glenn Davis Stone, Nature Plants, mars 2020. nature.com (nouvel onglet)
- NCRB Report 2023: farmers and farm labourers suicides — Down To Earth, 30 septembre 2025. downtoearth.org.in (nouvel onglet)
- Small family farmers produce a third of the world’s food — FAO, 23 avril 2021, d’après Lowder, Sánchez et Bertini, World Development. fao.org (nouvel onglet)
- Smallholders produce one-third of the world’s food — Hannah Ritchie, Our World in Data, 6 août 2021. ourworldindata.org (nouvel onglet)
- Peasants still feed the world, even if FAO claims otherwise — GRAIN, 2 février 2022. grain.org (nouvel onglet)
- Seeds of Doubt, et la réponse de Vandana Shiva — Michael Specter, The New Yorker, 25 août 2014, dossier rassemblé par South Asia Citizens Web. sacw.net (nouvel onglet)
- EPO upholds decision to revoke neem patent — GRAIN, 9 mars 2005. grain.org (nouvel onglet)
- In Odisha, seed banks are bringing back traditional and organic methods of farming — Scroll, 27 novembre 2022. scroll.in (nouvel onglet)
- Agrarian Land — Press Information Bureau, gouvernement indien, 4 février 2020 : exploitants et ouvriers agricoles au recensement de 2011. pib.gov.in (nouvel onglet)
- Food systems responsible for “one third” of human-caused emissions — Carbon Brief, 8 mars 2021, sur l’étude de Crippa et al. dans Nature Food. carbonbrief.org (nouvel onglet)
Et chez nous ?
Et si nous installions, à la médiathèque ou au jardin partagé de notre commune, une petite banque de graines où chacun emprunte des semences au printemps et en rapporte autant à l’automne ?
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