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Energie · Copenhague, Danemark

Copenhague : la révolution verte d’une capitale européenne, du vélo à l’énergie

Illustration : vue plongeante sur un quai de Copenhague. Des centaines de vélos sont garés au bord de l’eau, des cyclistes et des bus circulent sur une large avenue, des toits sont couverts de panneaux solaires. Au fond, un grand bâtiment au toit vert en pente et des éoliennes en mer. Texte incrusté : « L’énergie à Copenhague : ville verte et innovation ».
Illustration générée par IA (Nano Banana Pro)

Aux heures de pointe, des milliers de Copenhaguois pédalent dans les rues : en 2022, 45 % des trajets domicile-travail et domicile-études s’y faisaient à vélo, selon la municipalité. Amorcée après le choc pétrolier de 1973, nourrie des idées de Jan Gehl, cette transformation a réduit ses émissions de CO2 de 42 % entre 2005 et 2019.

Sommaire

Contexte du cas

Au début des années 1970, le Danemark traverse une période tumultueuse sur le plan énergétique. Le pays scandinave, comme ses voisins européens, dépend presque entièrement du pétrole importé pour faire fonctionner son économie. Lorsque la crise pétrolière frappe en 1973, Copenhague et l’ensemble du royaume danois se trouvent brutalement confrontés à leur vulnérabilité. Les citoyens découvrent alors que l’indépendance énergétique représente bien davantage qu’une question technique : il s’agit d’un enjeu de souveraineté nationale.

Cette prise de conscience collective constitue le point de départ d’une transformation qui s’étalera sur plusieurs décennies. Copenhague ne ressemble alors en rien à l’image qu’elle projette aujourd’hui. Les voitures dominent l’espace urbain, la pollution atmosphérique pose des problèmes sanitaires croissants, et les infrastructures sont pensées pour favoriser les déplacements motorisés. Pourtant, c’est précisément dans ce contexte difficile que germent les graines d’une révolution urbaine et énergétique.

Le gouvernement danois et les autorités locales de Copenhague prennent une décision audacieuse : plutôt que de chercher à maintenir coûte que coûte le modèle énergétique existant, ils choisissent d’engager une véritable transition énergétique. Cette orientation stratégique, initiée dans les années 1970 mais véritablement accélérée à partir des années 1990, fait de Copenhague un laboratoire grandeur nature pour expérimenter un nouveau modèle de ville durable. Les autorités comprennent qu’il ne suffit pas de changer les sources d’énergie : il faut repenser la manière dont les citoyens se déplacent, chauffent leurs logements et consomment les ressources.

Cette transformation s’inscrit dans un contexte danois particulier où la culture du consensus et la tradition de dialogue social facilitent l’adoption de politiques publiques ambitieuses. Le pays possède déjà une sensibilité environnementale développée, et la population se montre généralement favorable aux initiatives écologiques lorsqu’elles sont correctement expliquées et mises en œuvre de manière équitable.

Présentation de l’initiative

L’expérience de Copenhague présentée dans le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent met en lumière une démarche globale de transformation urbaine, dans le chapitre consacré à l’énergie. Deux personnalités incarnent cette révolution verte : Morten Kabell, à l’époque maire adjoint de Copenhague chargé de la technique et de l’environnement, qui présente à l’écran la politique énergétique de Copenhague, et Jan Gehl, architecte et urbaniste dont les idées ont profondément influencé la refonte de Copenhague.

Jan Gehl, figure de l’urbanisme à échelle humaine, a passé des décennies à étudier comment les citadins utilisent réellement l’espace public. Ses observations ont montré que les villes conçues prioritairement pour les automobiles créent des environnements hostiles à la vie sociale, à la santé publique et à la qualité de vie. Son approche repose sur un principe simple : concevoir les villes pour les personnes, pas pour les véhicules. Cette philosophie imprègne les décisions prises par les autorités copenhaguoises depuis les années 1960, lorsque Gehl a commencé à documenter la vie dans les rues de la ville.

Morten Kabell, élu du parti de gauche Enhedslisten (Liste rouge-verte), a occupé de 2014 à 2017 la fonction de maire adjoint chargé de la technique et de l’environnement au sein de l’administration municipale de Copenhague, qui compte plusieurs maires adjoints sous l’autorité de la maire de Copenhague. Son mandat porte l’ambition, alors affichée par la municipalité, de faire de Copenhague une capitale neutre en carbone. Il représente cette génération de responsables qui considèrent la transition écologique non comme une contrainte, mais comme une opportunité de rendre la ville plus agréable à vivre.

L’initiative copenhaguoise se distingue par son approche systémique. Plutôt que de se concentrer sur un seul levier, Copenhague agit simultanément sur plusieurs fronts : promotion massive du vélo, isolation thermique des bâtiments, développement des énergies renouvelables, espaces verts urbains et réduction de l’usage de la voiture individuelle. Cette stratégie intégrée crée des synergies entre les différentes mesures.

L’un des aspects les plus frappants de cette expérience réside dans sa dimension culturelle. Copenhague ne se contente pas d’installer des pistes cyclables ou des panneaux solaires : elle transforme les habitudes de vie de ses habitants. Le vélo devient bien davantage qu’un simple moyen de transport : il s’intègre à l’identité même de la ville et de ses citoyens, toutes catégories sociales confondues.

Objectifs et vision

Les ambitions affichées par Copenhague dans les années 2010 dépassaient largement ce qu’on observait habituellement dans les politiques urbaines européennes. L’objectif fixé par la municipalité en 2009 visait la neutralité carbone d’ici 2025, ce qui faisait de Copenhague l’une des premières grandes villes au monde à s’engager sur un calendrier aussi serré. Cette cible n’était pas qu’un slogan : elle a structuré, pendant plus d’une décennie, les décisions d’aménagement, d’investissement et de réglementation. La municipalité a finalement renoncé à cet objectif précis en 2022, pour les raisons détaillées plus loin, sans renoncer à l’ambition climatique elle-même.

Au-delà de cette ambition, la vision copenhaguoise s’articule autour de plusieurs piliers complémentaires. Le premier concerne l’indépendance énergétique, objectif hérité de la crise pétrolière des années 1970. Les dirigeants danois ont compris tôt que la dépendance aux combustibles fossiles importés représentait une fragilité structurelle. Développer des sources d’énergie locales et renouvelables devient une priorité stratégique, garantissant à la fois la sécurité d’approvisionnement et la réduction des émissions.

Le deuxième pilier porte sur la qualité de vie urbaine. Jan Gehl insiste particulièrement sur ce point : une ville durable doit d’abord être une ville agréable. L’objectif n’est pas de contraindre les citoyens à adopter des comportements écologiques par la culpabilisation, mais de rendre les choix durables suffisamment attractifs pour qu’ils deviennent naturels. Faire du vélo à Copenhague n’est pas perçu comme un sacrifice écologique, mais comme le moyen le plus pratique et le plus rapide de se déplacer.

La stratégie intègre également un volet économique assumé. Les autorités danoises mettent en avant les bénéfices économiques de la transition : création d’emplois dans les secteurs verts, économies sur les dépenses de santé grâce à l’activité physique accrue, attractivité touristique renforcée, et développement d’un savoir-faire exportable dans les technologies propres, en particulier l’éolien.

Un autre objectif concerne la justice sociale. Les politiques mises en œuvre visent à ce que la transition profite à tous les citoyens, quel que soit leur niveau de revenu. L’accès aux infrastructures cyclables est universel et gratuit. Les programmes d’efficacité énergétique dans le logement ciblent en priorité les ménages modestes, pour éviter que les économies d’énergie ne creusent les inégalités.

Enfin, Copenhague se positionne comme une ville pilote dont l’expérience peut inspirer d’autres métropoles. Les responsables municipaux accueillent régulièrement des délégations étrangères et partagent leurs méthodes, leurs réussites, mais aussi leurs échecs. Cette dimension pédagogique s’inscrit dans une conviction : les défis climatiques ne seront relevés que par la diffusion rapide des solutions efficaces.

Actions concrètes mises en place

La révolution cyclable à Copenhague

L’action la plus visible de la transformation copenhaguoise concerne le développement des infrastructures cyclables. La ville a investi massivement dans un réseau de pistes qui traverse l’ensemble de l’agglomération. Ces aménagements ne ressemblent pas aux bandes cyclables symboliques que l’on trouve dans beaucoup de villes : il s’agit de véritables axes à vélo, larges, séparés physiquement de la circulation automobile, dotés de leur propre signalisation et parfois de leurs propres ponts.

Les autorités vont au-delà du simple tracé de pistes. Elles installent des feux de circulation programmés pour faciliter le flux des cyclistes, créant une « vague verte » qui permet de traverser certains axes sans s’arrêter en maintenant une vitesse constante d’environ 20 km/h. Des aires de stationnement sécurisées pour vélos apparaissent près des gares et dans les quartiers. Des équipements comme des repose-pieds aux feux rouges ou des pompes à air en libre-service témoignent d’une attention aux détails qui compte dans l’expérience des cyclistes.

La ville développe aussi des services complémentaires : vélos en libre-service, ateliers de réparation communautaires, apprentissage pour les nouveaux cyclistes. Des campagnes de communication valorisent régulièrement cette pratique en mettant en scène des familles et des professionnels qui se déplacent à vélo, y compris en hiver.

L’isolation thermique du bâti

Parallèlement aux transports, Copenhague s’attaque au secteur résidentiel, qui représente une part importante de la consommation énergétique. La municipalité soutient un programme de rénovation énergétique visant à isoler thermiquement les bâtiments existants. Cette démarche est particulièrement pertinente dans un pays nordique où le chauffage constitue le principal poste de dépense énergétique des ménages.

Les interventions portent sur plusieurs aspects techniques : renforcement de l’isolation des toitures et des murs, remplacement des fenêtres par des modèles à double ou triple vitrage, installation de systèmes de ventilation avec récupération de chaleur. Les réglementations évoluent également pour imposer des standards élevés aux constructions neuves, faisant du Danemark l’un des pays les plus exigeants d’Europe en matière de performance énergétique des bâtiments.

Pour encourager les propriétaires à entreprendre ces travaux, Copenhague met en place des incitations financières et des facilités de financement. Des prêts à taux préférentiel permettent d’étaler le coût des investissements, tandis que les économies d’énergie réalisées remboursent progressivement la dette. Cette approche surmonte l’un des principaux obstacles à la rénovation : le coût initial élevé.

Le développement des énergies propres à Copenhague

La stratégie énergétique copenhaguoise repose sur une diversification des sources d’approvisionnement. Le Danemark développe massivement l’énergie éolienne, en mer comme sur terre. Au large de Copenhague, le parc éolien citoyen de Middelgrunden, mis en service en 2000-2001, illustre cette dynamique : ses vingt éoliennes, d’une puissance totale de 40 MW, fournissent environ 4 % de l’électricité de la ville, et la moitié de l’installation appartient à une coopérative d’environ dix mille habitants, l’autre moitié à l’opérateur public. Le pays est devenu l’un des leaders mondiaux de l’éolien, avec des entreprises qui exportent leur technologie dans le monde entier.

Les panneaux solaires se multiplient sur les toitures copenhaguoises, bien que le climat nordique limite leur rendement par rapport aux régions méridionales. Des bâtiments publics servent de vitrines pour démontrer la viabilité de ces équipements.

Le réseau de chauffage urbain, qui dessert la quasi-totalité des logements de Copenhague, fait l’objet d’une transformation portée par l’entreprise publique HOFOR. Les centrales autrefois alimentées au charbon, comme celle d’Amagerværket, ont été converties à la biomasse, essentiellement du bois. Un projet pilote de géothermie a vu le jour sur le même site, mais cette source reste marginale : elle n’a pas été généralisée à l’ensemble du réseau, qui continue de reposer surtout sur la biomasse et sur la valorisation énergétique des déchets ménagers.

La reconquête de l’espace public

L’influence de Jan Gehl se manifeste dans la réorganisation de l’espace urbain. Les rues copenhaguoises font l’objet d’une réallocation progressive : ce qui était autrefois dédié aux voitures est rendu aux piétons, aux cyclistes et aux espaces de vie sociale. Des parkings disparaissent pour laisser place à des places publiques, des terrasses et des aires de jeux.

Une bonne ville est comme une bonne fête : les invités y restent plus longtemps que nécessaire, parce qu’ils s’y sentent bien.

Jan Gehl, architecte et urbaniste, fondateur du cabinet Gehl

Cette transformation ne s’effectue pas brutalement, mais par touches successives, en testant les réactions des habitants et en ajustant les aménagements. Certaines rues deviennent piétonnes, d’autres voient leur vitesse limitée à 30 km/h, créant des zones de rencontre où différents modes de déplacement coexistent.

La végétalisation urbaine s’intensifie également. Des arbres sont plantés, des toitures végétalisées apparaissent sur des bâtiments publics et privés, des jardins partagés fleurissent dans les quartiers. Cette verdure contribue à l’esthétique urbaine, mais aussi à la régulation thermique, à la gestion des eaux pluviales et à la biodiversité en ville.

Résultats observés

Les chiffres qui émergent de l’expérience copenhaguoise sont significatifs. Entre 2005 et 2019, la ville a réduit ses émissions de CO2 d’environ 42 %, tout en connaissant une croissance économique soutenue. Copenhague illustre ainsi qu’il est possible de découpler développement économique et impact environnemental, ce qui interroge l’idée selon laquelle la croissance impliquerait nécessairement davantage de consommation énergétique.

La transformation des mobilités représente le succès le plus visible. Selon les chiffres officiels de la municipalité, 45 % des trajets domicile-travail et domicile-études se faisaient à vélo en 2022, contre 42 % en 2020, avec un objectif municipal de 50 % pour 2025. Ce taux, l’un des plus élevés au monde pour une capitale, fait de Copenhague une référence en matière de cyclisme urbain.

Cette révolution cyclable entraîne des bénéfices en cascade. Les embouteillages diminuent, libérant du temps pour les citoyens et réduisant le stress lié aux transports. La qualité de l’air s’améliore, avec des conséquences positives sur la santé publique. L’activité physique régulière associée au vélo contribue à réduire l’incidence des maladies cardiovasculaires, générant des économies pour le système de santé.

Les programmes d’isolation thermique allègent également les charges de chauffage des ménages, sans que l’ampleur exacte de ces économies ne soit documentée de façon homogène pour l’ensemble du parc de logements. Pour les familles modestes, ces travaux représentent néanmoins un gain de pouvoir d’achat, cohérent avec l’objectif de justice sociale de la transition.

Sur le plan énergétique, la production d’électricité renouvelable croît constamment. Le Danemark parvient régulièrement à produire, lors des journées ventées, plus d’électricité éolienne que sa consommation instantanée, exportant le surplus vers ses voisins scandinaves et allemands. Cette réussite technique démontre la viabilité d’un système électrique reposant largement sur les énergies renouvelables.

La transformation urbaine génère aussi des retombées économiques. Le secteur des technologies vertes est devenu un moteur de l’économie danoise, créant des emplois qualifiés. Les entreprises danoises exportent leur expertise en éolien, en efficacité énergétique et en planification urbaine durable. Copenhague attire des investissements internationaux et des talents séduits par sa qualité de vie.

Au-delà des chiffres, c’est la perception de Copenhague qui évolue. Copenhague devient une destination prisée des touristes, non pas malgré mais grâce à ses politiques environnementales. Les classements internationaux des villes où il fait bon vivre placent régulièrement Copenhague dans les premières positions.

Difficultés ou limites rencontrées

Malgré ces succès, l’expérience copenhaguoise ne constitue pas un long fleuve tranquille. Les premières années de développement des pistes cyclables suscitent des controverses. Des automobilistes voient d’un mauvais œil la réduction de l’espace qui leur est dédié. Des commerçants craignent que la piétonisation ou la suppression de places de stationnement n’éloigne leur clientèle.

La limite la plus significative concerne l’objectif de neutralité carbone lui-même. En août 2022, la municipalité a officiellement renoncé à atteindre la neutralité en 2025. La dernière feuille de route, présentée en 2021, laissait un déficit d’environ 430 000 tonnes de CO2, que la ville comptait combler grâce à un dispositif de capture et stockage du carbone sur l’incinérateur de déchets ARC, à Amager (le bâtiment connu sous le nom d’Amager Bakke ou CopenHill, ouvert en 2019, après le tournage du film Demain). L’État danois a fixé des critères de financement que le projet ne pouvait remplir, et l’installation de capture n’a jamais vu le jour à l’échelle nécessaire.

Nous ne devrions pas seulement être neutres en carbone : nous devons être encore plus ambitieux.

Sophie Hæstorp Andersen, maire de Copenhague, août 2022

La ville a depuis fixé un nouvel objectif de neutralité carbone d’ici 2030, complété par une stratégie climatique à plus long terme portant sur l’empreinte globale de Copenhague au-delà de ses seules frontières administratives. Cet épisode illustre une limite structurelle des politiques climatiques urbaines : une municipalité peut agir sur l’urbanisme, les transports et le bâti, mais dépend souvent de décisions nationales, notamment budgétaires, pour boucler les derniers pourcentages d’un objectif ambitieux.

Le coût financier de la transformation représente par ailleurs un défi constant. Les investissements dans les infrastructures cyclables, la rénovation thermique des bâtiments et les réseaux de chaleur urbaine se chiffrent en milliards de couronnes danoises. La municipalité doit régulièrement justifier ces dépenses auprès d’une partie de l’opinion publique qui préférerait voir l’argent investi dans d’autres priorités, comme l’éducation ou la santé.

La question de l’équité sociale traverse également le débat. Certains observateurs soulignent que les politiques vertes peuvent involontairement pénaliser les populations modestes : la réduction des places de stationnement automobile affecte davantage les familles qui n’ont pas les moyens d’habiter dans les quartiers centraux bien desservis par les transports. La municipalité doit veiller à ce que la transition n’accroisse pas les inégalités.

Le climat danois pose des défis spécifiques à la promotion du vélo. Les hivers froids et humides, avec des périodes de neige et de verglas, rendent les déplacements cyclables moins confortables. La ville répond en déneigant en priorité les pistes cyclables. Certains habitants restent néanmoins réticents à pédaler par grand froid.

La dépendance aux conditions météorologiques pour la production éolienne crée enfin une intermittence à gérer : lors des périodes sans vent, le pays doit compter sur des sources alternatives ou importer de l’électricité. La réplicabilité de l’expérience copenhaguoise soulève également des questions : le Danemark bénéficie d’un niveau de vie élevé, d’une culture du consensus social, d’une population réduite et de ressources publiques importantes, que d’autres villes ne possèdent pas nécessairement.

Enseignements et réplicabilité

L’expérience copenhaguoise offre plusieurs enseignements pour d’autres villes engagées dans une démarche de transition écologique, mais aussi une leçon d’humilité : même une ville pionnière peut manquer sa propre échéance.

  • Une vision de long terme : les transformations observées aujourd’hui résultent de décisions prises il y a vingt, trente, voire cinquante ans ; ce temps long permet des investissements structurels dont la rentabilité ne se manifeste qu’après plusieurs années.
  • La cohérence entre les leviers d’action : développer des pistes cyclables sans réduire l’espace automobile produirait des effets limités ; c’est l’action simultanée sur les transports, le bâti et l’énergie qui génère les transformations les plus profondes.
  • L’implication citoyenne : des processus de consultation permettent aux habitants de s’exprimer sur les aménagements de leur quartier, ce qui crée un sentiment d’appropriation et facilite l’adhésion aux nouvelles pratiques.
  • L’attention à l’expérience utilisateur : pour que les comportements changent durablement, les options durables doivent être plus pratiques et agréables que les alternatives polluantes, pas seulement moralement souhaitables.
  • La communication positive : les campagnes de promotion du vélo mettent en avant le plaisir, la santé et la liberté plutôt que la contrainte écologique, une approche jugée plus efficace que les discours anxiogènes.

L’attention portée à l’expérience utilisateur se traduit par une multitude de détails apparemment anodins mais qui, cumulés, transforment le quotidien : des pistes cyclables assez larges pour rouler côte à côte et discuter, des repose-pieds aux feux rouges, un déneigement prioritaire.

Concernant la réplicabilité, plusieurs villes s’inspirent déjà de l’expérience copenhaguoise : Amsterdam, Oslo, Barcelone, Paris ou Bogotá adaptent certains principes à leur contexte local. Les conditions de départ diffèrent considérablement : climat, topographie, densité urbaine, ressources financières, culture locale. Certains principes restent néanmoins transposables : prioriser les mobilités actives, investir dans les infrastructures vertes, améliorer l’efficacité énergétique du bâti, développer des sources d’énergie locales et renouvelables.

Des villes de pays en développement peuvent également s’inspirer de cette expérience, même sans disposer du même niveau de ressources. La planification urbaine qui favorise les circuits courts et les déplacements de proximité nécessite davantage de volonté politique que de moyens financiers. Le développement de transports publics abordables représente une alternative plus accessible que la construction d’autoroutes urbaines.

Lien avec les enjeux globaux de la transition

L’expérience copenhaguoise s’inscrit dans les enjeux globaux de lutte contre le changement climatique et de développement durable. Les villes concentrent aujourd’hui plus de la moitié de la population mondiale et sont à l’origine de plus de 70 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement. Transformer le fonctionnement urbain représente donc un levier majeur pour le climat.

Au-delà du climat, l’approche copenhaguoise répond à plusieurs objectifs de développement durable définis par l’ONU. La réduction de la pollution atmosphérique améliore la santé publique. Le développement des énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique s’inscrivent dans l’objectif d’une énergie propre et abordable. La création d’emplois dans les secteurs verts participe au travail décent et à la croissance économique.

La dimension démocratique de cette transition mérite d’être soulignée. Le film Demain établit un lien entre les différentes thématiques explorées : agriculture, énergie, économie, démocratie et éducation. L’expérience copenhaguoise illustre cette interconnexion : les transformations urbaines résultent de choix collectifs débattus démocratiquement, et nécessitent des citoyens informés et engagés, ce qui renvoie au rôle de l’éducation.

La question de la résilience territoriale traverse également cette expérience. En réduisant sa dépendance énergétique, Copenhague se prépare aux chocs futurs, qu’ils soient climatiques, économiques ou géopolitiques. Cette approche rejoint les préoccupations du mouvement des villes en transition initié par Rob Hopkins, également présenté dans le film Demain.

La transformation copenhaguoise démontre qu’une autre organisation urbaine est possible, réconciliant qualité de vie, dynamisme économique et respect de l’environnement, même si le retard pris sur l’objectif 2025 rappelle que cette démonstration reste un travail en cours plutôt qu’un modèle achevé.

Conclusion

L’histoire de Copenhague racontée dans le film Demain illustre ce que peut accomplir une vision politique claire associée à une mise en œuvre cohérente sur le long terme. Cinquante ans après les premières décisions prises en réaction à la crise pétrolière, Copenhague reste une référence en matière de transition énergétique et de développement durable, même si le chemin s’est révélé plus long que prévu.

Les chiffres parlent : 42 % de réduction des émissions de CO2 entre 2005 et 2019, 45 % des trajets domicile-travail et domicile-études effectués à vélo en 2022. Mais au-delà de ces statistiques, c’est toute une culture urbaine qui s’est transformée. Les Copenhaguois ont développé un attachement à leur ville, qu’ils perçoivent comme agréable et tournée vers l’avenir.

L’expérience démontre que la transition écologique n’implique pas nécessairement renoncement ou sacrifice. Bien menée, elle peut améliorer la qualité de vie, créer de l’emploi, renforcer le lien social. Elle exige des investissements importants et une volonté politique forte, et l’abandon de l’objectif 2025 montre qu’elle exige aussi, parfois, de revoir son calendrier sans renoncer à l’ambition.

Les travaux de Jan Gehl sur l’urbanisme à échelle humaine et l’engagement de responsables politiques comme Morten Kabell montrent l’importance des visionnaires et des porteurs de projet pour concrétiser les ambitions. Mais ils soulignent aussi que ces transformations ne peuvent réussir sans l’adhésion des citoyens, ni sans le soutien financier des échelons supérieurs de décision.

Copenhague n’offre pas un modèle à copier mécaniquement. Chaque ville doit trouver ses propres solutions, adaptées à son contexte géographique, climatique, culturel et économique. Les principes qui guident cette transformation restent néanmoins pertinents : vision de long terme, approche systémique, implication citoyenne, attention à l’expérience utilisateur, communication positive.

Dans un monde confronté à l’urgence climatique, l’expérience copenhaguoise apporte une contribution précieuse, avec ses réussites et ses limites assumées. Elle prouve qu’il est possible de transformer des modes de vie urbains en quelques décennies, tout en rappelant que les derniers pourcentages d’un objectif ambitieux sont souvent les plus difficiles à atteindre. L’avenir des villes se dessine aujourd’hui, entre autres, dans les rues cyclables de Copenhague, les bâtiments basse consommation danois et les éoliennes offshore de la mer Baltique.

Sources détaillées

Source principale :

Intervenants principaux :

  • Morten Kabell, maire adjoint de Copenhague chargé de la technique et de l’environnement de 2014 à 2017
  • Jan Gehl, architecte et urbaniste danois, fondateur du cabinet Gehl (nouvel onglet), spécialiste de l’urbanisme à échelle humaine

Neutralité carbone et plan climat :

Vélo et chauffage urbain :

Contexte du mouvement :

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