La Réunion, pionnière de l’agrinergie et des énergies renouvelables

À Saint-Joseph, dans le sud de La Réunion, douze serres dont le toit alterne panneaux solaires et tôle ondulée abritent vanille, fruits de la passion et plantes médicinales, tandis que l’eau de pluie des toitures part vers l’irrigation. Imaginée par Akuo Energy à la fin des années 2000, l’agrinergie fait produire à la même parcelle des récoltes et de l’électricité.
Sommaire
Contexte du cas
La Réunion est une île volcanique de 2 512 kilomètres carrés, dans l’océan Indien. L’Insee y estime la population à 896 200 habitants au 1er janvier 2025. L’île n’est reliée à aucun réseau électrique continental : chaque kilowattheure consommé doit y être produit sur place, à partir de ressources locales ou de combustibles importés par bateau.
La pression est double. D’un côté, la consommation d’énergie a progressé d’environ 40 % depuis 2000, portée par la croissance démographique et le tourisme, selon le producteur Albioma. De l’autre, le foncier est rare : les forêts couvrent près de la moitié de l’île, et la canne à sucre occupe 54 % de la surface agricole utile. Chaque hectare compte.
Une île longtemps dépendante du charbon et du fioul
Pendant des décennies, l’électricité réunionnaise repose en grande partie sur des centrales thermiques. Les deux centrales d’Albioma, Bois-Rouge, mise en service en 1992, et Le Gol, en 1995, brûlent la bagasse, le résidu fibreux de la canne, pendant la campagne sucrière, et du charbon en complément. La centrale d’EDF au Port fonctionne au fioul. Avant la conversion de ses centrales, Albioma évaluait à 30 % la part des renouvelables dans le mix électrique de l’île.
Aujourd’hui encore, l’île importe l’essentiel de son énergie : son taux de dépendance énergétique avoisine 89 % en 2024, selon le bilan énergétique régional. Les transports représentent plus de 60 % de la consommation d’énergie finale et 77 % des émissions de CO2.
Le solaire face aux terres agricoles
À la fin des années 2000, le photovoltaïque connaît un essor rapide, porté par des tarifs d’achat très avantageux. Terra eco rapportait en 2011 que l’électricité solaire avait d’abord été achetée 60 centimes le kilowattheure par EDF. En 2008, l’Agence régionale de l’énergie Réunion estimait à environ 700 mégawatts le potentiel solaire des toitures et des espaces construits, alors que l’autonomie énergétique visée par les plans régionaux supposait d’en installer 1 500 à 2 000.
Le reste devait donc se trouver au sol, et c’est là que le monde agricole s’inquiète. En 2011, Jean-Bernard Gonthier, alors vice-président de la chambre d’agriculture, résume la position de la profession :
On est contre le photovoltaïque au sol, qui nous prend les bonnes terres.
Jean-Bernard Gonthier, vice-président de la chambre d’agriculture de La Réunion, cité par Terra eco en 2011
Un responsable de la direction de l’agriculture, Jean-Luc Bernard-Colombat, critiquait de son côté, selon le même article, les fermes solaires qui couvrent l’île de panneaux sans se soucier de ce qui pousse dessous.
Présentation de l’initiative
L’agrinergie est la réponse d’Akuo Energy à ce conflit d’usage. Le principe : installer les panneaux solaires en hauteur, sur des ombrières ou sur le toit de serres, pour que la parcelle continue de produire des récoltes. Le mot, contraction d’agriculture et d’énergie, a donné son nom à plusieurs centrales de l’entreprise, comme Agrinergie 5 à Saint-Joseph. On parle aujourd’hui plus largement d’agrivoltaïsme.
Akuo Energy et Eric Scotto
Akuo Energy est créée en 2007 par Eric Scotto et Patrice Lucas, après la vente à l’espagnol Iberdrola de leur première société, Perfect Wind, spécialisée dans l’éolien. Selon sa biographie, Eric Scotto a passé une dizaine d’années dans les technologies de l’information, puis deux ans dans la finance, avant de se lancer dans les énergies renouvelables. En 2011, Terra eco le présente comme un ancien entrepreneur de l’informatique âgé de 43 ans.
L’entreprise s’installe à La Réunion à la fin des années 2000. Plutôt que de chercher le maximum de panneaux sur le minimum de surface, elle choisit d’associer chaque centrale à une exploitation agricole. Eric Scotto le justifiait en 2011 dans Terra eco en parlant d’une « cohabitation gagnant-gagnant », où l’agriculteur dispose grâce aux investissements de l’entreprise d’un outil de travail performant.
Ce que montre le film
Dans le chapitre consacré à l’énergie du film Demain, une séquence porte sur le développement de fermes agricoles et solaires à La Réunion. Selon un dossier pédagogique consacré au film, Eric Scotto, présenté comme président d’Akuo Energy, y expose les installations de panneaux solaires et l’agrinergie. Le film ne détaille pas les chiffres des centrales : ceux qui suivent proviennent de l’entreprise, de la presse et des organismes publics.
Objectifs et vision
L’objectif de départ est pragmatique : produire de l’électricité solaire à grande échelle sans retirer de terres à l’agriculture, et convaincre une profession hostile. L’agrinergie doit aussi donner à l’agriculteur un outil de production : une ombrière qui protège les cultures ou une serre capable de résister aux cyclones, financée par la centrale.
L’agrinergie, une double récolte sur la même parcelle
L’idée n’est pas née d’un seul acteur. Dès juin 2008, l’Agence régionale de l’énergie Réunion défendait dans une tribune le concept de fermes et de serres « agri-solaires », qui récupèrent l’eau de pluie, produisent des cultures variées et de l’électricité, et font vivre l’économie rurale. Elle ajoutait que ce concept était « exportable sur toutes les îles et région de la planète ». Akuo Energy a donné à cette intuition une forme industrielle, sous le nom d’agrinergie. La différence tient au modèle économique : c’est la vente d’électricité qui finance la structure, et l’agriculteur exploite ce qui pousse dessous.
L’autonomie énergétique comme horizon
L’agrinergie s’inscrit dans un objectif plus large. La loi de transition énergétique de 2015 fixe aux départements d’outre-mer l’objectif de l’autonomie énergétique en 2030. En 2018, Alin Guezello, conseiller régional chargé de l’énergie, déclarait dans les Cahiers techniques du bâtiment :
« Nous visons le 100 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique en 2030, avec une répartition équilibrée entre biomasse, solaire, hydraulique et éolien. »
La programmation pluriannuelle de l’énergie de La Réunion pour 2019-2028, adoptée par décret en avril 2022, traduit cet horizon en objectifs chiffrés : 250 à 310 mégawatts de photovoltaïque supplémentaires d’ici 2028, 91,5 mégawatts d’éolien terrestre en 2028, et la conversion des centrales au charbon et au fioul lourd à la biomasse.
Actions concrètes mises en place
De Pierrefonds au Port, plusieurs centrales d’agrinergie ont vu le jour en quelques années, chacune avec un modèle agricole différent.
Pierrefonds, première centrale d’agrinergie
Selon Akuo, la première centrale d’agrinergie de l’entreprise voit le jour à Pierrefonds, dans le sud de l’île, fin 2009. Terra eco la décrit en 2011 : 21 000 panneaux pour 2,1 mégawatts, montés en hauteur sur quatre hectares, là où 30 000 panneaux auraient pu être posés au sol. Dessous, l’agricultrice Marie-Rose Séverin cueille d’énormes brassées de citronnelle, parmi 25 000 touffes aux effluves acidulés, à côté de 35 000 plants de géranium Bourbon. La récolte part quelques kilomètres plus haut, vers une coopérative où elle est distillée dans un alambic. Les huiles essentielles sont vendues aux touristes. Avec l’agrinergie, la parcelle garde ainsi une filière agricole complète, de la culture à la vente.
Le Tampon et Saint-Joseph, les serres anticycloniques
La deuxième génération passe par la serre. Selon Terra eco, la première exploitation sous serres solaires est mise en service en janvier 2011 au Tampon, pour une puissance d’un mégawatt : sa toiture alterne cellules solaires et tôles ondulées translucides, au-dessus de 350 000 lys et 45 000 anthuriums. Un horticulteur, Jean-Louis Payet, y voyait la promesse d’une production régulière toute l’année.
À Saint-Joseph, la centrale Agrinergie 5, septième projet d’Akuo Energy sur l’île, est en service depuis octobre 2011 et a été inaugurée le 9 juillet 2013. Elle compte douze serres semi-photovoltaïques, dont les toits sont couverts pour moitié de panneaux et pour moitié de tôle ondulée diffusante, sur 14 200 mètres carrés de toiture. L’Energeek indiquait alors une puissance de 1,4 mégawatt, l’équivalent de la consommation d’environ 800 foyers, pour 1 539 tonnes de CO2 évitées par an et un investissement de 6,7 millions d’euros. Akuo présente aujourd’hui Agrinergie V comme une centrale d’un mégawatt en exploitation, sur 2,82 hectares, avec 1 536 tonnes de CO2 évitées par an. On y cultive fruits de la passion, agrumes, goyaviers, vanille, plantes médicinales et plantes ornementales. Selon l’article de 2013, l’usage de produits phytosanitaires y a baissé de 80 %.
Jean-Bernard Gonthier, l’ancien opposant, exploite aujourd’hui des serres photovoltaïques à Saint-Joseph. Dans un communiqué d’Akuo publié en 2024, il explique que toute l’eau des toits est récupérée pour l’exploitation, soit une économie de neuf mètres cubes par jour. En août 2024, L’Usine nouvelle indiquait qu’il cultivait quinze types de plantes médicinales dans ses serres.
Bardzour, l’énergie, la terre et la réinsertion
Mise en service en 2014 au Port, à côté du centre pénitentiaire, la centrale Bardzour ajoute une dimension sociale à l’agrinergie : c’est la version la plus aboutie du modèle. Selon l’Agence française de développement, elle compte 27 000 panneaux sur 4,5 hectares et produit 10 GWh par an. Akuo lui attribue 9 mégawatts, dont 0,6 sur des serres, associés à des batteries lithium-ion de 9 MWh, et 8 868 tonnes de CO2 évitées chaque année.
Sur 8 700 mètres carrés, dont 6 000 sous serres, la société Agriterra conduit une exploitation certifiée en agriculture biologique, inspirée de la permaculture. Des détenus en fin de peine y sont formés, d’abord à la construction de la centrale, puis au travail agricole. L’AFD comptait en 2021 cinquante-trois détenus formés depuis 2014, six opérateurs présents en permanence, rémunérés avec un salaire supérieur au minimum légal, et cinq opérateurs embauchés ensuite par Agriterra.
L’enjeu d’un projet comme Bardzour est de démontrer qu’il existe un nouveau modèle vertueux.
Xavier Ducret, Akuo Energy océan Indien, cité par l’AFD en 2021
Stocker pour lisser la production
Le stockage est devenu un complément indispensable. Akuo situe en 2013 ses premiers projets de stockage à La Réunion et en Corse. EDF a mené de son côté le démonstrateur Pégase, qui associait une batterie sodium-soufre d’un mégawatt à des outils de prévision de la production solaire et éolienne. Selon la Commission de régulation de l’énergie, le dispositif a permis de lisser la production à 90 % sur plusieurs jours.
Le solaire sur les toits
L’agrinergie n’est qu’un volet de la politique solaire de l’île. Le 11 avril 2018, La Réunion a franchi le cap des 160 000 chauffe-eau solaires, qui équipent plus de 60 % des résidences. L’île se classe ainsi au deuxième rang européen, derrière Chypre, grâce au programme Agir Plus, cofinancé par EDF, la Région et l’ADEME.
Résultats observés
Quinze ans après les premières centrales d’agrinergie, les résultats se lisent à deux échelles : celle des exploitations, et celle du système électrique de l’île, qui a profondément changé.
Une agrinergie exportée hors de l’île
Selon un communiqué d’Akuo publié en février 2024, plus de vingt projets agrivoltaïques ont vu le jour dans le groupe depuis Pierrefonds, à La Réunion, à Mayotte, aux Antilles, en Nouvelle-Calédonie et en France hexagonale, pour une capacité totale de plus de 150 mégawatts-crête. L’entreprise affirme que ses serres anticycloniques ont protégé les cultures lors des épisodes climatiques extrêmes, dont le cyclone Belal, en janvier 2024. Ces chiffres émanent de l’entreprise elle-même et n’ont pas fait l’objet d’une évaluation indépendante publiée. Ils montrent néanmoins que l’agrinergie, née comme une expérimentation locale, est devenue un savoir-faire que l’entreprise vend ailleurs.
Un mix électrique presque entièrement renouvelable
L’évolution la plus spectaculaire vient des grandes centrales thermiques. Le 4 décembre 2023, EDF annonce la conversion de la centrale de Port Est, 212 mégawatts, à la biomasse liquide, une huile de colza certifiée : elle couvre en moyenne 40 % des besoins électriques de l’île. Albioma convertit de son côté Bois-Rouge et Le Gol au 100 % biomasse. Selon le bilan énergétique régional publié en septembre 2025, l’île a tourné définitivement en 2024 la page du charbon et du fioul lourd.
Les chiffres de l’Observatoire énergie Réunion pour 2024 sont nets : sur 3 067 GWh produits, 92,4 % sont d’origine renouvelable. Le biodiesel fournit 37,9 % de l’électricité, les granulés de bois 23,2 %, l’hydraulique 13,7 %. Le photovoltaïque atteint 312,1 mégawatts-crête raccordés, répartis sur 10 609 installations, et 10,1 % de la production.
Des agriculteurs convaincus
Le parcours de Jean-Bernard Gonthier illustre le changement de regard sur l’agrinergie : l’élu agricole qui refusait le photovoltaïque au sol en 2011 cultive aujourd’hui ses plantes médicinales sous des toits solaires. Le cas de Bardzour montre qu’un tel site peut aussi devenir un lieu de formation : cinq anciens détenus y ont trouvé un emploi durable chez l’exploitant agricole.
Difficultés ou limites rencontrées
L’agrinergie a prouvé qu’elle fonctionne à l’échelle de quelques centrales, mais son histoire est aussi celle de contraintes techniques, économiques et politiques qui n’ont pas disparu.
Un réseau fragile
Sur une île isolée, la production solaire, qui varie avec les nuages, fragilise le réseau. En 2011, Patrick Bressot, directeur régional d’EDF, parlait de variations de puissance « énormes et dangereuses sur le réseau ». Il rappelait que les énergies intermittentes ne pouvaient alors dépasser 30 % de la production, faute de quoi l’île risquait des délestages, voire le black-out. Le stockage permet de dépasser ce seuil, mais il alourdit l’investissement. Pour l’agrinergie, cela signifie des centrales plus chères qu’une ferme solaire classique, et donc plus sensibles aux décisions tarifaires.
Un modèle économique exposé
Surélever les panneaux coûte plus cher que de les poser au sol. En 2011, Terra eco évaluait le surcoût à 50 %. Eric Scotto annonçait alors un retour sur investissement en douze ans et des profits espérés dans six à huit ans. Le modèle reposait sur des tarifs d’achat élevés, que le gouvernement a revus à la baisse à plusieurs reprises, au point de menacer d’autres projets, comme la couverture d’un centre pénitentiaire par 31 000 panneaux. L’actionnariat de l’entreprise a lui aussi changé : en juillet 2025, le fonds Ardian a finalisé le rachat de 100 % d’Akuo, qui a pris un nouveau directeur général ; Eric Scotto préside désormais le conseil de surveillance.
Une autonomie encore importée
Le mix électrique à 92,4 % renouvelable cache une fragilité. Selon l’Observatoire énergie Réunion, 61,2 % de l’électricité produite en 2024 provient de renouvelables importées, biodiesel et granulés de bois, et 31,2 % seulement de ressources locales. Albioma reconnaît que les ressources locales ne suffisent pas et qu’une biomasse importée, certifiée, vient en appoint. Le taux de dépendance énergétique de l’île reste proche de 89 %, notamment à cause des transports. L’agrinergie et le reste du solaire, ressources locales, restent donc minoritaires : le photovoltaïque ne fournit qu’un dixième de l’électricité de l’île.
Un cadre agricole encore en construction
Le risque de voir des centrales se parer d’un alibi agricole n’a pas disparu, et c’est la limite de toute agrinergie : la culture doit rester l’activité réelle de la parcelle, pas un décor. En métropole comme outre-mer, la loi du 10 mars 2023 relative à l’accélération des énergies renouvelables, puis le décret du 8 avril 2024, ont défini l’agrivoltaïsme et encadré l’implantation de panneaux sur les terres agricoles, avec un rôle pour la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers. Dans son communiqué de 2024, Eric Scotto estimait que l’avenir de la filière dépend de ce cadre légal. Les cultures installées sous les panneaux, souvent des productions à forte valeur comme la vanille ou les plantes à parfum, pèsent par ailleurs peu dans l’alimentation quotidienne de l’île.
Des structures coûteuses
Les serres doivent résister aux cyclones, ce qui impose une ingénierie spécifique et des coûts élevés. Enfin, le foncier reste limité : l’agrinergie ne peut couvrir seule les besoins, et les objectifs de la programmation énergétique reposent sur l’ensemble du photovoltaïque, la biomasse et l’éolien.
Enseignements et réplicabilité
L’expérience réunionnaise de l’agrinergie montre qu’un conflit d’usage peut devenir le cahier des charges d’une innovation, à condition d’associer ceux qui s’y opposent. Plusieurs leviers sont transposables.
- Partir de l’objection : l’opposition de la chambre d’agriculture a conduit à concevoir des centrales qui servent aussi l’agriculture.
- Adapter la structure au climat : ombrières hautes pour les plantes à parfum, serres anticycloniques pour les cultures fragiles.
- Doser la lumière : un toit mi-panneaux, mi-tôle diffusante laisse passer ce dont les plantes ont besoin.
- Récupérer l’eau : les toitures captent la pluie, soit neuf mètres cubes par jour sur une exploitation de Saint-Joseph.
- Ajouter un volet social : à Bardzour, la centrale sert de lieu de formation et de réinsertion.
- Prévoir le stockage : sur un réseau isolé, les batteries conditionnent l’essor du solaire.
- Encadrer par la loi : garantir que la production agricole reste réelle et mesurable.
Le modèle vaut surtout pour les territoires où soleil et foncier rare se conjuguent : les îles tropicales, mais aussi les régions méditerranéennes. Akuo a déjà transposé l’agrinergie à Mayotte, aux Antilles, en Nouvelle-Calédonie et en France hexagonale. À plus petite échelle, la logique reste la même : chercher, avant de poser des panneaux sur un champ, les toits, hangars et serres qui peuvent les porter.
Lien avec les enjeux globaux de la transition
L’agrinergie réunionnaise touche à une question qui dépasse l’île : comment produire de l’énergie renouvelable sans concurrencer la production alimentaire, alors que les deux demandent de l’espace.
Les îles, laboratoires de la transition
Les réseaux insulaires sont des terrains d’essai exigeants : pas d’interconnexion, une forte dépendance aux importations, des aléas climatiques violents. La Réunion y a testé le stockage par batteries, les serres anticycloniques et la conversion de centrales thermiques à la biomasse. Dans le film Demain, le chapitre sur l’énergie la place à côté d’autres expériences que le site présente aussi : la géothermie de Reykjavik, qui valorise une ressource locale, la stratégie de Copenhague et le scénario négaWatt, qui commence par réduire la demande.
Biomasse importée et ressources locales
La conversion des centrales réunionnaises montre l’un des dilemmes de la transition : sortir du charbon peut passer par une biomasse venue d’ailleurs. Le bilan énergétique 2024 souligne que le développement des énergies renouvelables locales reste stratégique pour l’avenir, et cite la géothermie, l’éolien en mer et à terre, le photovoltaïque et la biomasse. L’agrinergie fait partie de ces ressources produites sur place, et c’est précisément ce qui lui donne de la valeur dans un système encore dépendant des navires.
L’agriculture dans la transition
En protégeant les cultures du soleil et des cyclones, l’agrinergie rejoint un autre enjeu : l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Les serres solaires récupèrent l’eau de pluie et, à Saint-Joseph, ont permis de réduire les traitements. Ce service rendu à l’exploitation est désormais exigé par la réglementation française pour qu’une installation soit reconnue comme agrivoltaïque.
Conclusion
L’agrinergie est née à La Réunion d’un refus : celui d’agriculteurs qui ne voulaient pas voir le solaire prendre leurs terres. Quinze ans plus tard, les ombrières de Pierrefonds, les serres de Saint-Joseph et la ferme de Bardzour ont montré qu’une même parcelle peut produire des récoltes et de l’électricité, et même former des détenus à un métier.
L’initiative est toujours active. Akuo, rachetée en 2025 par Ardian et présidée en conseil de surveillance par Eric Scotto, exploite Agrinergie V et revendique plus de vingt projets agrivoltaïques. L’île, elle, a changé d’échelle : 92,4 % de son électricité est renouvelable en 2024, grâce surtout à la conversion de ses grandes centrales à la biomasse, et le photovoltaïque dépasse 310 mégawatts-crête.
Le chemin vers l’autonomie reste pourtant long, tant que la biomasse est importée et que les transports dépendent du pétrole. L’agrinergie ne résoudra pas seule cette équation, car la surface disponible est limitée, mais elle a apporté une méthode que d’autres territoires peuvent reprendre : écouter l’objection, puis concevoir une installation qui sert les deux usages.
Sources détaillées
Œuvre source
- Demain — film documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015, produit par Move Movie, sorti en France le 2 décembre 2015. Chapitre consacré à l’énergie, séquence à La Réunion. Fiche du film sur Unifrance (nouvel onglet)
- Demain (film, 2015) — fiche Wikipédia : intervenants, dont Eric Scotto, PDG d’Akuo Energy. fr.wikipedia.org (nouvel onglet)
- Dossier pédagogique « Demain » — Zérodeconduite, séquencier : « Ile de la Réunion : le développement de fermes agricoles et solaires ». jeunepublic.veocinemas.fr (nouvel onglet)
- Dossier pédagogique « Demain » — Alice Mennesson, Cinéfête 2017 : intervention d’Eric Scotto sur l’agrinergie. kinoamraschplatz.de (nouvel onglet)
Reportages et articles
- La Réunion invente la plantation solaire — Laurent Decloitre, Terra eco, 27 mars 2011 : Pierrefonds, Marie-Rose Séverin, citations de Jean-Bernard Gonthier, Eric Scotto et Patrick Bressot. terraeco.net (nouvel onglet)
- Fermes agri-solaires : agriculture et photovoltaïque cohabitent — L’Energeek, 22 juillet 2013 : Agrinergie 5 à Saint-Joseph. lenergeek.com (nouvel onglet)
- La Réunion : Bardzour et les trois vertus du soleil — Agence française de développement, 26 novembre 2021. afd.fr (nouvel onglet)
- La Réunion, parfait laboratoire de l’agrivoltaïsme — L’Usine nouvelle, 21 août 2024 (accès abonné). usinenouvelle.com (nouvel onglet)
- Agrivoltaïsme à La Réunion : 15 années d’expérience — communiqué d’Akuo publié par Imaz Press, 10 février 2024. imazpress.com (nouvel onglet)
- Concilier agriculture et énergie solaire pour nos îles — Agence régionale de l’énergie Réunion, Témoignages, 2 juin 2008. temoignages.re (nouvel onglet)
- La Réunion, territoire d’expérimentation et de production — Cahiers techniques du bâtiment, 2018 : propos d’Alin Guezello. cahiers-techniques-batiment.fr (nouvel onglet)
- La Réunion passe la barre des 160 000 chauffe-eau solaires — L’Energeek, 17 avril 2018. lenergeek.com (nouvel onglet)
Entreprises
- Akuo, Agrinergie V — fiche du projet de Saint-Joseph. akuoenergy.com (nouvel onglet)
- Akuo, Bardzour — fiche du projet du Port. akuoenergy.com (nouvel onglet)
- Akuo, notre histoire — Perfect Wind, création d’Akuo en 2007, premiers projets de stockage. akuoenergy.com (nouvel onglet)
- Finalisation du rachat d’Akuo par Ardian — communiqué du 4 juillet 2025. akuoenergy.com (nouvel onglet)
- Biographie d’Éric Scotto — Rencontres Occitanie, 2017. rencontres-occitanie.fr (nouvel onglet)
- Albioma, vers la fin du charbon — conversion de Bois-Rouge et du Gol au 100 % biomasse. albioma.com (nouvel onglet)
- EDF, conversion de la centrale de Port Est — communiqué du 4 décembre 2023. edf.fr (nouvel onglet)
Données publiques
- Observatoire énergie Réunion, production d’électricité — mix électrique 2024. oer.energies-reunion.com (nouvel onglet)
- Observatoire énergie Réunion, photovoltaïque — puissance et production 2024. oer.energies-reunion.com (nouvel onglet)
- Bilan énergétique de La Réunion 2024 — Energies Réunion, publication du 24 septembre 2025. energies-reunion.com (nouvel onglet)
- La Réunion atteint 92,4 % d’électricité renouvelable en 2024 — Bâtisseurs outre-mer : dépendance énergétique et poids des transports. batisseurs-outremer.com (nouvel onglet)
- La PPE pour La Réunion 2019-2028 est adoptée — DEAL Réunion. reunion.developpement-durable.gouv.fr (nouvel onglet)
- La nouvelle PPE de La Réunion est publiée — Actu-Environnement : objectifs par filière. actu-environnement.com (nouvel onglet)
- Révision de la PPE de La Réunion — DEAL Réunion : objectif d’autonomie énergétique en 2030 pour les départements d’outre-mer. reunion.developpement-durable.gouv.fr (nouvel onglet)
- Démonstrateur Pégase — Commission de régulation de l’énergie. cre.fr (nouvel onglet)
- Décret du 8 avril 2024 sur l’agrivoltaïsme — Cerema, Outils de l’aménagement. cerema.fr (nouvel onglet)
- Insee Flash Réunion n° 288 — population au 1er janvier 2025. insee.fr (nouvel onglet)
Et chez nous ?
Et si nous faisions, avec les agriculteurs de notre commune, la liste des hangars et des serres dont le toit pourrait produire de l’électricité tout en protégeant les cultures ?
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