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Energie · France

Négawatt : le scénario français de la transition énergétique

Illustration : un écoquartier ensoleillé aux maisons de bois et de crépi, coiffées de toits végétalisés et de panneaux solaires, traversé d’allées où circulent piétons et cyclistes autour de potagers, avec une éolienne à l’horizon. Titre incrusté : « L’énergie et le scénario Négawatt : une transition énergétique réaliste ».
Illustration générée par IA (Nano Banana Pro)

Le chapitre consacré à l’énergie du film « Demain » donne la parole à Thierry Salomon, ingénieur énergéticien et porte-parole de l’association négaWatt. Depuis 2001, ce collectif de professionnels chiffre, secteur par secteur, une transition énergétique pour la France : réduire d’abord les besoins, puis les couvrir par des renouvelables. Son dernier scénario vise la neutralité carbone en 2050.

Sommaire

Contexte du cas

Au tournant des années 2000, la France produit l’essentiel de son électricité dans un parc de cinquante-huit réacteurs nucléaires, tandis que ses transports et une grande partie de son chauffage reposent sur le pétrole et le gaz. Le débat public sur l’énergie se résume souvent à une question d’offre : quelles centrales construire, et lesquelles fermer. La consommation, elle, est rarement mise en discussion.

C’est ce cadrage que contestent quelques ingénieurs et praticiens de l’énergie. Leur point de départ est un mot inventé par l’Américain Amory Lovins, fondateur du Rocky Mountain Institute : le négawatt, qui désigne l’énergie non consommée grâce à des actions de sobriété ou d’efficacité. Un négawatt ne se voit pas, ne se raccorde à aucun réseau, mais il pèse dans le bilan autant qu’un watt produit.

À l’époque, l’horizon climatique de la France s’exprime en « facteur 4 » : diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050. La loi relative à la transition énergétique du 17 août 2015 reprend encore cette formule, avec d’autres cibles : réduire de moitié la consommation énergétique finale en 2050 par rapport à 2012, et porter les renouvelables à 32 % de la consommation finale brute en 2030. Depuis, l’objectif s’est durci. La France vise désormais la neutralité carbone en 2050, et c’est à cette aune que se mesurent aujourd’hui les scénarios.

Entre-temps, la question énergétique est devenue un sujet de débat national. Le Grenelle de l’environnement, en 2007, puis le Débat national sur la transition énergétique, en 2013, ont ouvert des espaces où des scénarios chiffrés pouvaient être confrontés. L’association négaWatt y a pris part, en arrivant avec quelque chose de rare dans une société civile : un modèle complet du système énergétique français.

Ce que montre le film

Le film Demain, de Cyril Dion et Mélanie Laurent, sorti en décembre 2015 et récompensé par le César du meilleur film documentaire en 2016, consacre son deuxième chapitre à l’énergie. Selon le dossier pédagogique du film, ce chapitre passe par Copenhague, Reykjavik, La Réunion et San Francisco, et aborde la nécessité de diminuer la consommation énergétique. Thierry Salomon figure parmi ses intervenants. Le film ne détaille pas les chiffres du scénario : ce qui suit vient des publications de l’association et de sources extérieures.

Présentation de l’initiative

L’Association négaWatt est une association à but non lucratif créée en 2001. Elle est dirigée par un collège de membres actifs, la Compagnie des négaWatts, qui rassemble des experts exerçant dans le domaine de l’énergie : vingt-six membres y sont présentés aujourd’hui sur le site de l’association. Tous s’expriment à titre personnel. Aucune entreprise, collectivité ou parti politique ne siège dans ses organes de décision.

L’association a grandi. Elle revendique près de 1 600 adhérents, professionnels de l’énergie ou citoyens, et une équipe salariée d’une vingtaine de personnes. L’image d’un petit groupe de bénévoles, souvent associée à ses débuts, ne correspond donc plus tout à fait à la réalité, même si l’élaboration des scénarios reste pour l’essentiel un travail bénévole.

Thierry Salomon, un praticien du bâtiment

Né en 1954 et formé à l’École catholique d’arts et métiers de Lyon, Thierry Salomon est un ingénieur énergéticien de terrain. En 1978, il fonde Gefosat, une association technique spécialisée dans les énergies renouvelables et la maîtrise de l’énergie, qu’il dirige jusqu’en 2005. Il cofonde ensuite Izuba énergies, un bureau d’études en optimisation énergétique, où il est responsable du développement de 2001 à 2020.

Il préside l’Association négaWatt de 2003 à 2014, puis en devient vice-président et porte-parole. Il est l’un des quatre porte-parole actuels, aux côtés de Marc Jedliczka, Yves Marignac et Olivier Sidler. Il a publié plusieurs livres grand public, dont La Maison des négawatts, avec Stéphane Bedel, chez Terre vivante, et cosigné en 2012 le Manifeste négaWatt chez Actes Sud, avec Marc Jedliczka et Yves Marignac.

Une association et un institut

À côté de l’association existe l’Institut négaWatt, une structure distincte qui propose des formations et des prestations aux collectivités et aux entreprises. Il a développé, avec des partenaires comme le CLER, Solagro ou Enertech, l’outil « Destination TEPOS » destiné aux territoires à énergie positive. Il a aussi incubé Dorémi, devenue une filiale de plus de cinquante salariés, consacrée à la rénovation performante des maisons individuelles. Cette répartition permet à l’association de garder son rôle de prospective et de plaidoyer, pendant que l’institut outille ceux qui passent à l’action.

Objectifs et vision

Les fondateurs de négaWatt se sont donné un objectif double : montrer qu’un autre avenir énergétique est réalisable sur le plan technique, et qu’il est souhaitable pour la société. Leur démarche de transition énergétique tient en trois piliers, dans un ordre qui ne doit rien au hasard.

Sobriété, efficacité, renouvelables

Le premier pilier est la sobriété : réduire les besoins dans les usages individuels et collectifs de l’énergie. Il s’agit de questionner ce que l’on consomme et pourquoi, qu’il s’agisse de la taille des véhicules, de l’organisation des déplacements ou de l’usage des bâtiments. Le deuxième est l’efficacité : diminuer la quantité d’énergie nécessaire pour satisfaire un besoin donné, par exemple en isolant un logement ou en améliorant un procédé industriel. Le troisième consiste à donner la priorité aux énergies renouvelables, qui peuvent alors remplacer progressivement les énergies fossiles et nucléaire.

L’ordre compte. Un système énergétique dimensionné pour une demande réduite demande moins de centrales, moins de réseaux et moins de matières premières. C’est ce qui rend l’objectif renouvelable atteignable dans les calculs de l’association.

Une transition énergétique pensée comme un projet de société

Le scénario ne se présente pas seulement comme une comptabilité. Sa version 2022 s’intitule « La transition énergétique au cœur d’une transition sociétale ». Elle revendique une contribution aux dix-sept objectifs de développement durable des Nations unies et met en avant plusieurs effets attendus : amélioration du confort des logements et de la qualité de l’air, réduction de la précarité énergétique, création locale d’emplois. L’association y plaide aussi pour une gouvernance moins centralisée, avec « des formes plus horizontales, partenariales et participatives de gouvernance », selon ses termes.

Cette ambition politique est assumée, et elle explique une partie des débats que suscite le scénario : il ne décrit pas seulement des techniques, il décrit une façon de vivre et de décider.

Actions concrètes mises en place

Le cœur de l’activité de négaWatt est la prospective. L’association construit un scénario de transition énergétique à l’horizon 2050, qui modélise l’ensemble du système : bâtiments, transports, industrie, agriculture, production et réseaux. Chaque version est confrontée aux données les plus récentes, puis publiée avec ses hypothèses.

Cinq scénarios en vingt ans

Les premiers exercices paraissent en 2003, en 2006 et en 2011. La version de 2011 nourrit le Manifeste négaWatt, publié en janvier 2012, préfacé par Stéphane Hessel et postfacé par Amory Lovins. Vient ensuite le scénario 2017-2050, présenté en janvier 2017. Il prévoit une baisse de moitié de la consommation d’énergie finale, une réduction de 63 % de l’énergie primaire, un système à 100 % renouvelable en 2050, l’arrêt du dernier réacteur nucléaire en 2035 et des émissions nettes nulles en 2050.

Le 26 octobre 2021, l’association rend public son cinquième scénario, appelé scénario négaWatt 2022. Il apporte deux nouveautés. Les émissions importées, liées à la fabrication à l’étranger des biens consommés en France, sont désormais comptabilisées. Et le scénario est couplé à un exercice baptisé négaMat, qui évalue la consommation et la production de matériaux comme l’acier, le béton, le cuivre ou le lithium.

Les chiffres du scénario 2022

Les résultats tiennent en quelques repères, tirés de la synthèse et du rapport de l’association :

  • la neutralité carbone est atteinte en 2050, avec un système énergétique alimenté à 96 % par des sources renouvelables ;
  • la consommation d’énergie finale est divisée par deux entre 2020 et 2050, et celle d’énergie primaire par trois ;
  • la rénovation complète et performante monte en puissance pour se stabiliser à 780 000 logements par an à partir de 2030 ;
  • le dernier réacteur nucléaire ferme en 2045 ;
  • plus de 250 000 emplois supplémentaires peuvent être créés dès 2030 dans la rénovation, et près de 90 000 dans les renouvelables.

La trajectoire est aussi présentée comme compatible avec l’objectif européen de réduction de 55 % des émissions en 2030. Le calendrier nucléaire a donc glissé de dix ans entre 2017 et 2022 : un signe que le scénario s’ajuste au fil des versions.

Un financement citoyen

Selon l’association, le scénario 2022 est le fruit d’un travail essentiellement bénévole. Sa coordination et sa diffusion ont été financées par une campagne participative organisée en mars 2021, ainsi que par des fondations, dont la European Climate Foundation, la Fondation Charles-Léopold Mayer pour le progrès de l’homme et la fondation Terre solidaire. La présentation publique, disponible en rediffusion, dure plus de trois heures.

Plaidoyer et outils pour les territoires

À partir de ses scénarios, l’association mène une action de plaidoyer auprès des décideurs politiques et économiques, pour qu’une véritable transition énergétique soit mise en œuvre. Elle publie des notes, intervient dans les consultations publiques et diffuse des ressources pédagogiques, comme une brochure illustrée sur la sobriété. L’Institut négaWatt décline la démarche à l’échelle locale, par la formation d’élus et de techniciens et par des outils d’aide à la décision pour les territoires qui veulent produire autant d’énergie qu’ils en consomment.

Un autre avenir énergétique est non seulement réalisable sur le plan technique, mais aussi souhaitable pour la société.

Association négaWatt, présentation de ses objectifs

Un scénario à l’échelle européenne

La démarche a franchi les frontières. Sous la coordination de négaWatt, le projet CLEVER (Collaborative Low Energy Vision for the European Region) a réuni vingt-six partenaires de vingt pays européens. Présenté à Bruxelles le 5 juin 2023, après quatre ans de modélisation, il conclut que la demande d’énergie de l’Europe peut baisser de 55 % d’ici 2050, que la neutralité climatique est atteignable dès 2045 et que le continent peut s’appuyer entièrement sur les renouvelables, sans nouveau nucléaire ni captage du carbone.

Résultats observés

Mesurer l’effet d’une association de prospective sur la transition énergétique est délicat : son influence passe par les idées et le débat avant de se voir dans des installations. Plusieurs indices sont toutefois documentés.

Des principes entrés dans la loi

D’après l’association, la loi de transition énergétique de juillet 2015 a inscrit dans le Code de l’énergie ses trois principes fondateurs : sobriété, efficacité énergétique et énergies renouvelables. La même loi fixe l’objectif de réduire de moitié la consommation énergétique finale en 2050, un ordre de grandeur proche de celui que défend négaWatt. L’association note cependant, dans sa synthèse de 2017, que les mesures contenues dans la loi ne suffisent pas à atteindre les objectifs qu’elle se fixe.

Une convergence avec RTE et l’ADEME

L’automne 2021 a offert une comparaison inédite. En quelques semaines, trois exercices de prospective sont publiés. RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, présente Futurs énergétiques 2050 : six scénarios de production, et une trajectoire de référence où la consommation totale d’énergie baisse d’environ 40 % en 2050, tandis que la consommation d’électricité monte à 645 TWh. RTE étudie aussi une trajectoire de sobriété, à 555 TWh. L’ADEME publie le 30 novembre 2021 Transition(s) 2050, quatre scénarios où la consommation d’énergie finale baisse de 23 % à 55 % par rapport à 2015. Son scénario le plus sobre, baptisé « Génération frugale », atteint cette baisse de 55 %.

Sur la nécessité de réduire la demande, les trois travaux se rejoignent. RTE écrit qu’agir sur la consommation par l’efficacité, voire la sobriété, est indispensable pour atteindre les objectifs climatiques. Les divergences portent sur l’ampleur de cette baisse et sur le nucléaire. Aucune source consultée n’établit que ces études se soient inspirées du scénario négaWatt : il s’agit de travaux indépendants, dont les conclusions recoupent en partie les siennes.

Un mot devenu courant

La sobriété, longtemps suspecte dans le débat français, est entrée dans le vocabulaire courant des politiques énergétiques, et l’association a contribué à l’y installer. Sa brochure consacrée à la sobriété énergétique la présente comme un levier pour une société plus juste et plus durable. Le film Demain, vu par plus d’un million de spectateurs en France, a donné à cette démarche une audience que ses rapports techniques n’avaient pas.

Des structures qui rénovent

Le résultat le plus tangible se trouve peut-être du côté de l’Institut négaWatt. Dorémi, qu’il a incubé, emploie aujourd’hui plus de cinquante salariés et accompagne des artisans et des territoires dans la rénovation performante des maisons individuelles. La démarche passe là de la modélisation au chantier.

Difficultés ou limites rencontrées

Le scénario négaWatt est une référence du débat français sur la transition énergétique, mais il est aussi l’un des plus discutés. Ses limites tiennent à ses hypothèses, à son rapport au nucléaire et à l’écart entre le papier et la réalité.

Des hypothèses jugées trop optimistes

Dès le début des années 2010, l’association Sauvons le climat oppose à négaWatt son propre scénario, baptisé Negatep, qui mise sur le nucléaire. Dans une comparaison publiée en 2012 dans la revue Pollution atmosphérique, Jacques Masurel juge que l’efficacité des techniques de stockage censées compenser l’intermittence de l’éolien et du solaire « reste à démontrer ». Il relève aussi la place des centrales à gaz en appoint et estime que le scénario suppose une économie fortement administrée, fondée sur la réglementation plus que sur le marché.

Le débat a parfois pris un tour caricatural. En 2016, Techniques de l’ingénieur décrivait un affrontement où les uns dénoncent un projet de « retour à la bougie », quand les autres défendent la faisabilité d’une France renouvelable. L’article regrettait que cette polarisation freine la transition énergétique plus qu’elle ne l’éclaire.

Le désaccord sur le nucléaire

Les travaux de RTE posent la critique la plus structurée. Le gestionnaire du réseau considère que les scénarios sans nouveau nucléaire, dont un scénario 100 % renouvelable en 2050, reposent sur des paris technologiques lourds et imposent des rythmes de développement des renouvelables supérieurs à ceux des pays européens les plus dynamiques. Il juge au contraire la construction de nouveaux réacteurs pertinente sur le plan économique. La politique publique a suivi cette voie : la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, publiée par décret le 12 février 2026 pour la période 2026-2035, donne la priorité au nucléaire et encadre la croissance de l’éolien et du solaire jusqu’en 2028. C’est l’inverse de la trajectoire décrite par négaWatt.

Un rythme de rénovation très exigeant

Le scénario repose sur des transformations profondes et rapides. Rénover complètement 780 000 logements par an à partir de 2030 suppose une filière du bâtiment formée, des financements massifs et des ménages convaincus. Diviser par trois la consommation des transports suppose de changer les véhicules, mais aussi les distances parcourues. L’association elle-même constatait en 2017 que les politiques adoptées restaient en deçà des objectifs légaux. Le chemin tracé sur le papier reste, pour l’essentiel, à parcourir.

Une parole exigeante à partager

La sobriété touche aux modes de vie, et c’est là que le message rencontre le plus de résistances : elle peut être perçue comme une contrainte imposée plutôt que comme un choix. Le scénario est par ailleurs technique, et ses rapports détaillés comptent plus d’une centaine de pages. Faire comprendre la différence entre énergie primaire et énergie finale, ou la notion de foisonnement des productions, demande un effort de pédagogie constant. Enfin, un travail bénévole financé en partie par le public reste fragile face aux moyens des grands acteurs de l’énergie.

Enseignements et réplicabilité

L’expérience négaWatt montre qu’un collectif de praticiens peut peser dans un débat dominé par l’État et les grands énergéticiens, à condition de produire sur la transition énergétique un travail chiffré, public et régulièrement mis à jour. Plusieurs leviers sont transposables, à l’échelle d’un pays comme d’une commune.

  • Partir de la demande : avant de choisir une source d’énergie, se demander quels besoins elle sert, et lesquels pourraient être réduits.
  • Respecter l’ordre des piliers : sobriété, puis efficacité, puis renouvelables, pour dimensionner la production sur des besoins réduits.
  • Publier ses hypothèses : un scénario dont les données sont ouvertes peut être critiqué, corrigé et amélioré, ce qui renforce sa crédibilité.
  • Actualiser régulièrement : cinq versions en vingt ans ont permis d’intégrer les émissions importées, les matériaux et un nouveau calendrier pour le nucléaire.
  • Séparer la prospective et l’action : l’association modélise et plaide, l’institut forme et outille, une filiale rénove.
  • S’appuyer sur ses adhérents : près de 1 600 membres et un financement participatif garantissent une indépendance que revendique l’association.
  • Coopérer au-delà des frontières : le projet CLEVER montre qu’une méthode nationale peut servir de base à un travail européen à vingt pays.

À l’échelle d’un territoire, la démarche se traduit par des plans climat qui commencent par un bilan des consommations, puis par un programme de rénovation, avant d’arrêter la liste des installations renouvelables à développer. C’est la logique des territoires à énergie positive, que l’Institut négaWatt accompagne avec ses partenaires.

Lien avec les enjeux globaux de la transition

Le scénario négaWatt s’inscrit dans un mouvement plus large qui place la maîtrise de la demande au centre de la lutte contre le changement climatique. Dans le film Demain, le chapitre sur l’énergie le relie à d’autres expériences que le site présente aussi : la stratégie de Copenhague, la géothermie de Reykjavik et l’agrinergie de La Réunion. Chacune illustre un pilier différent, de l’efficacité urbaine à la valorisation d’une ressource locale.

La sobriété au cœur de la transition énergétique européenne

Le projet CLEVER place la sobriété au même rang que l’efficacité et les renouvelables, et lui attribue une part importante de la baisse de la demande dans les grandes économies du continent. C’est un changement de perspective : la réduction des besoins n’y est plus une variable d’ajustement, mais un levier de sécurité énergétique et d’indépendance pour le continent.

Énergie, matières et émissions importées

En comptant les émissions importées et en couplant son scénario à une analyse des matériaux, négaWatt rejoint une préoccupation croissante : une transition qui déplacerait ses impacts vers les pays producteurs de métaux ou de biens manufacturés ne serait qu’apparente. Réduire la demande limite aussi l’extraction de matières premières, ce que le scénario 2022 met en avant.

Des réponses locales

La démarche fait écho aux initiatives citoyennes décrites ailleurs dans le film, comme les villes en transition de Rob Hopkins ou l’entreprise Pocheco, qui cherchent chacune à leur manière à réduire leur dépendance aux énergies fossiles. Elle rappelle que la transition énergétique se joue autant dans les choix d’aménagement, d’urbanisme et de mobilité que dans le choix des centrales.

Conclusion

Vingt-cinq ans après sa création, l’Association négaWatt est toujours active. Elle compte près de 1 600 adhérents et une vingtaine de salariés, diffuse une plaquette de présentation datée de 2026 et continue de défendre son scénario 2022, le cinquième depuis 2003. Thierry Salomon en reste l’un des porte-parole.

Le bilan est contrasté. D’un côté, la démarche a imposé l’idée qu’une transition énergétique commence par la demande : la loi de 2015 en reprend les principes, et les travaux de RTE et de l’ADEME, publiés à l’automne 2021, font eux aussi de la baisse de la consommation une condition de la neutralité carbone. Le projet CLEVER a porté la méthode à l’échelle européenne. De l’autre, la politique énergétique française a pris une direction opposée sur le nucléaire, et les rythmes de rénovation qu’exige le scénario restent très au-delà de ce qui se pratique.

Le mérite principal de négaWatt tient peut-être à sa méthode : un scénario chiffré, public, révisé, qui accepte la critique et oblige ses contradicteurs à argumenter chiffres en main. C’est ce que montre la présence de Thierry Salomon dans Demain : la transition énergétique n’est pas qu’une affaire de centrales, c’est aussi une affaire de besoins que chacun peut interroger.

Sources détaillées

Œuvre source

Sites de l’association

Personnes et ouvrages

Autres scénarios et politiques publiques

  • RTE, Futurs énergétiques 2050 — présentation de l’étude et des trajectoires de consommation. rte-france.com (nouvel onglet)
  • RTE, principaux enseignements — baisse de la consommation d’énergie, 645 TWh, conditions des scénarios 100 % renouvelables, nouveau nucléaire. rte-france.com (nouvel onglet)
  • Transition(s) 2050 : que retenir de l’étude de l’ADEME — Citepa, date de publication et quatre scénarios. citepa.org (nouvel onglet)
  • Quel futur énergétique en 2050 ? — Enercoop, 31 janvier 2022, comparaison des travaux de RTE, négaWatt et l’ADEME. enercoop.fr (nouvel onglet)
  • Les objectifs de la loi sur la transition énergétique — Institut national de la consommation, objectifs chiffrés de la loi du 17 août 2015. inc-conso.fr (nouvel onglet)
  • Publication de la PPE3 — décret du 12 février 2026, période 2026-2035. blog.landot-avocats.net (nouvel onglet)

Critiques et débats

Et chez nous ?

Et si notre conseil municipal commençait son prochain plan climat comme négaWatt, en listant d’abord, bâtiment par bâtiment, l’énergie que la commune pourrait ne plus consommer ?

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