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Biodiversité · Bavière, Allemagne

Initiative citoyenne biodiversité : en Bavière, 1,7 million d’électeurs écrivent la loi

Illustration : par un matin d’hiver froid et gris, une longue file de Bavarois emmitouflés attend devant l’hôtel de ville peint d’une petite ville de Bavière ; quelques-uns portent des costumes d’abeille jaunes et noirs. Texte incrusté : « BAVIÈRE : 1,7 MILLION DE SIGNATURES POUR LES ABEILLES ».
Illustration générée par IA (Nano Banana Pro)

Début février 2019, la file d’attente traverse toute la Marienplatz de Munich jusqu’à l’hôtel de ville, et à Erlangen des militants âgés en costume d’abeille miment l’agonie des insectes sur le pavé gelé. En quatorze jours, 1 741 017 Bavarois signent « Rettet die Bienen », une initiative citoyenne qui réécrit la loi de protection de la nature.

Sommaire

Contexte du cas

La Bavière est le plus vaste des seize Länder allemands, et l’un des plus agricoles. Ses prairies de fauche, ses vergers de plein vent et ses forêts d’épicéas composent un paysage que le reste de l’Allemagne associe volontiers à l’idée de nature préservée. C’est pourtant là qu’est née, entre 2018 et 2019, la plus grande mobilisation citoyenne jamais consacrée à la biodiversité dans le pays : un Volksbegehren, mot que l’on peut traduire par initiative populaire ou initiative citoyenne, baptisé officiellement « Artenvielfalt & Naturschönheit in Bayern » (diversité des espèces et beauté de la nature en Bavière) et connu de tous sous son slogan, « Rettet die Bienen », sauvez les abeilles.

Le déclencheur est scientifique. En 2017, une étude allemande conduite dans des aires protégées a mesuré une chute de 76 % de la masse des insectes volants en 27 ans, un chiffre que le magazine National Geographic rappelle en tête de son reportage de février 2019 sur la campagne bavaroise. Le même article cite la disparition de 15 % des oiseaux chanteurs d’Allemagne entre 1998 et 2009. Dans un Land où l’abeille domestique fait partie du décor des fermes, ces chiffres ont trouvé un écho immédiat.

Une loi proposée par les électeurs eux-mêmes

La constitution bavaroise offre aux citoyens un outil que la France ne connaît pas sous cette forme : ils peuvent déposer eux-mêmes une proposition de loi. La procédure, fixée par la loi électorale du Land, se déroule en trois temps. Il faut d’abord 25 000 signatures pour demander l’ouverture de l’initiative citoyenne ; celle de 2018 en a réuni près de 94 700. Le ministère de l’Intérieur bavarois l’a déclarée recevable par un avis du 13 novembre 2018.

Vient ensuite l’épreuve décisive : en quatorze jours, au moins 10 % des électeurs inscrits doivent se déplacer en personne à leur mairie pour inscrire leur nom sur une liste officielle. Pas de signature en ligne, pas de collecte dans la rue. Pour 9 493 322 électeurs, le seuil était fixé à 949 333 signatures. Si ce seuil est franchi, le Landtag, le parlement régional, a le choix : adopter le texte tel quel, ou le soumettre à un référendum, éventuellement face à un contre-projet.

Une initiative citoyenne face à une barre très haute

Cette exigence explique pourquoi les Volksbegehren bavarois échouent souvent. Il ne suffit pas d’avoir raison ni même d’être populaire : il faut convaincre près d’un million de personnes de sortir de chez elles, en plein hiver, pendant les heures d’ouverture des services municipaux. La période de signature de l’initiative citoyenne « Rettet die Bienen » courait du jeudi 31 janvier au mercredi 13 février 2019.

Présentation de l’initiative

L’initiative est lancée en mai 2018 par le petit parti écologiste ÖDP (Parti écologique-démocrate), sous l’impulsion d’Agnes Becker, sa responsable régionale. Une cinquantaine d’organisations la soutiennent dès l’origine. Le cercle des porteurs s’élargit ensuite à trois partenaires : le LBV, la grande association bavaroise de protection des oiseaux et de la nature présidée par le biologiste Norbert Schäffer, les Verts bavarois, représentés par Ludwig Hartmann, et la fondation environnementale Gregor Louisoder, avec Claus Obermeier.

Le texte proposé est une modification de la loi bavaroise de protection de la nature. C’est ce qui distingue cette initiative citoyenne d’une pétition : les signataires ne demandent pas au gouvernement d’agir, ils soumettent un article de loi rédigé, avec ses pourcentages et ses échéances.

Le jour où la Marienplatz a bourdonné

Le 31 janvier 2019, jour d’ouverture des registres, une foule se rassemble sur la Marienplatz de Munich pour lancer la campagne. Le reportage de National Geographic raconte qu’elle tente d’établir un record du monde de bourdonnement collectif prolongé. Selon Ludwig Hartmann, l’un des porteurs, environ un millier de personnes participent ce jour-là à un chœur des abeilles, beaucoup en costume jaune et noir.

Le lendemain, le quotidien munichois Abendzeitung décrit une file d’attente qui s’étire sur toute la place, devant l’hôtel de ville, toute la matinée ; environ 2 500 élèves venus manifester pour le climat s’y ajoutent. Des acteurs, un réalisateur et un humoriste connus viennent signer. Le même article, repris de l’agence dpa, indique que plus de 160 000 personnes ont signé dans toute la Bavière dès le premier jour.

Loin de Munich, le même reportage de National Geographic décrit une scène à Erlangen : quelques militants âgés, allongés sur le dos sur le pavé gelé, agitent bras et jambes pour mimer l’agonie des abeilles. Le 5 février, les porteurs parlent de « files d’attente devant les mairies malgré le froid hivernal » (traduit de l’allemand) et de quelque 5 000 bénévoles postés près des mairies pour guider les signataires.

« L’abeille est notre petite mascotte, notre symbole. » (traduit de l’anglais)

— Agnes Becker, responsable de l’ÖDP en Bavière et initiatrice du Volksbegehren, citée par National Geographic

18,3 % des électeurs en deux semaines

Le 14 mars 2019, l’office statistique de Bavière publie le résultat définitif : 1 741 017 signatures valides, soit 18,3 % des électeurs. Le seuil est dépassé de 791 684 signatures. L’adhésion culmine dans l’arrondissement de Starnberg, au sud de Munich, avec 27,6 % des inscrits, et descend à 10,5 % dans la ville de Hof, au nord-est. Aucune initiative citoyenne n’avait fait mieux dans l’histoire du Land. D’autres sources, dont un reportage ultérieur de National Geographic, avancent 1,75 million de signatures : il s’agit d’un décompte provisoire, antérieur au chiffre officiel.

Objectifs et vision

La promesse de l’initiative citoyenne tient dans son symbole. Agnes Becker l’expliquait à National Geographic : l’abeille représente une liste beaucoup plus longue d’espèces menacées, animales et végétales. Le texte ne vise d’ailleurs pas les abeilles domestiques en particulier, mais les milieux dont dépendent les insectes, les oiseaux des champs et la flore sauvage.

Des objectifs chiffrés et datés

Le projet de loi fixe des cibles précises, que le ministère bavarois de l’Environnement récapitule aujourd’hui sur sa page consacrée au Volksbegehren :

  • un réseau de biotopes couvrant 10 % des espaces ouverts en 2023, 13 % en 2027 et 15 % en 2030 ;
  • une agriculture biologique sur 20 % des surfaces agricoles en 2025 et 30 % en 2030, et sur la totalité des terres de l’État dès 2020 ;
  • des bandes enherbées de 5 mètres le long des cours d’eau naturels, sans labour ni culture annuelle ;
  • 10 % des prairies fauchées pour la première fois après le 15 juin, pour laisser fleurir et nicher ;
  • 10 % de la forêt d’État laissés en libre évolution, sans exploitation forestière ;
  • l’interdiction de retourner les prairies permanentes et de les rouler après le 15 mars, la protection des vergers de plus de 2 500 mètres carrés, des haies et des talus ;
  • la fin de l’éclairage des façades publiques après 23 heures et l’interdiction des projecteurs orientés vers le ciel.

Obliger l’État à rendre des comptes

Le texte impose aussi au gouvernement des rapports réguliers sur l’agriculture biologique et sur le réseau de biotopes. Selon ses défenseurs, il formule surtout des objectifs à la charge du Land : pour l’agriculteur, l’essentiel des mesures reste volontaire, à l’exception notable des bandes riveraines, et c’est à l’État de financer ceux qui s’engagent. L’initiative citoyenne ne cherchait pas seulement à interdire ; elle voulait mettre le Land en situation de devoir mesurer ses progrès.

Actions concrètes mises en place

Face à 1,7 million de signatures, le gouvernement de Markus Söder, qui avait combattu le texte, change de stratégie. Plutôt que d’aller au référendum, il choisit de négocier.

Une table ronde de trente organisations

Dès la fin des signatures, le ministre-président convoque une table ronde, qui se réunit à partir du 20 février 2019 à la chancellerie. Selon la chronologie publiée par le LBV, elle rassemble une trentaine d’organisations issues de la protection de la nature, de l’agriculture, de la forêt, de la chasse, de la pêche et de l’apiculture, réparties en quatre groupes de travail : paysage, forêt, eaux, espaces urbains. Elle est animée par Alois Glück, ancien président du Landtag, membre de la CSU, qui remet fin avril un rapport de quatre-vingts pages.

Le 3 avril 2019, Markus Söder annonce que le gouvernement reprend le texte de l’initiative citoyenne sans modification, et qu’il y adjoindra une seconde loi, dite d’accompagnement ou de « réconciliation » (Versöhnungsgesetz), destinée à compenser les efforts demandés aux agriculteurs et à élargir la démarche à toute la société.

Le vote du 17 juillet 2019

Le Landtag adopte le texte le 17 juillet 2019 par 167 voix, contre 25 et cinq abstentions. Il entre en vigueur le 1er août 2019, avec la loi d’accompagnement. Le site du Landtag évoque une centaine de nouvelles règles et une compensation annuelle de 70 millions d’euros pour les agriculteurs. La CSU le présente comme un pacte entre écologie et agriculture ; le SPD vote l’initiative mais rejette la loi de réconciliation, qu’il juge édulcorante.

Des postes, un pacte et un million d’arbres

La mise en œuvre passe par des moyens humains. Selon le ministère bavarois de l’Environnement, 50 postes de conseillers biodiversité ont été créés dans les autorités locales de protection de la nature, auxquels s’ajoutent des conseillers en habitats de la faune sauvage dans les services agricoles, environ 60 postes de gardes dans les parcs naturels et 27 gestionnaires de vergers. Le 18 octobre 2021, le gouvernement et les associations signent un pacte pour les vergers de plein vent, qui vise un million de nouveaux arbres d’ici 2035.

La loi prévoit aussi des mesures de gestion des prairies, financées par le programme de protection contractuelle de la nature (VNP) et le programme agro-environnemental bavarois (KULAP) : fauche tardive, bandes fleuries, maintien de structures paysagères.

Un suivi indépendant sur 32 indicateurs

Les porteurs ont fait un choix peu courant : financer leur propre évaluation. Le LBV a confié à l’université de sciences appliquées de Nürtingen-Geislingen (HfWU), dans le Bade-Wurtemberg, un suivi sur dix ans. En 2020, l’équipe du professeur Roman Lenz a tiré 32 indicateurs des plus de 80 mesures votées. Chaque été, autour de l’anniversaire du vote, le bureau d’études uisproject publie une évaluation, alimentée pour l’essentiel par les questions écrites des députés au gouvernement. Cette initiative citoyenne s’est ainsi dotée de son propre tableau de bord.

Résultats observés

Sept ans après le vote, le bilan de l’initiative citoyenne est contrasté, mais plusieurs résultats sont documentés par des sources convergentes.

La forêt et les prairies au rendez-vous

Selon le bilan publié par le LBV après cinq ans, environ 83 000 hectares de forêt d’État sont désormais sortis de l’exploitation, soit 10,6 % de la forêt domaniale : l’objectif de 10 % est atteint. La fauche tardive a dépassé la barre des 10 % des prairies dès 2023. L’évaluation de juillet 2026 donne 169 500 hectares de prairies aidées pour une fauche après le 15 juin en 2025, soit 15,73 % des prairies permanentes du Land.

Le réseau de biotopes des espaces ouverts atteint 11,67 % du territoire en 2024, d’après le rapport officiel repris par l’évaluation de la HfWU : l’objectif de 2023 est tenu, celui de 13 % en 2027 reste à gagner. Le LBV relevait en 2024 que les bandes riveraines de 5 mètres étaient délimitées dans environ 85 % des arrondissements, et que la plupart des villes interrogées respectaient l’extinction de l’éclairage des bâtiments publics à 23 heures.

Des « lignes de vie » le long des ruisseaux

Le reportage de National Geographic publié en décembre 2020 montre ce que les règles de l’initiative citoyenne changent sur le terrain. Aux côtés de Norbert Schäffer, la journaliste Bridget Huber s’arrête devant un grand champ de maïs bordé par un petit ruisseau. Entre les deux, une bande en friche d’environ cinq mètres, exigée par la nouvelle loi. Sans elle, explique le président du LBV, la terre labourée glisse dans l’eau, colmate les graviers et étouffe les œufs de poissons ; les engrais suivent. Il appelle ces marges des « lignes de vie ».

Plus loin, près d’une bretelle d’autoroute, il ramasse une poignée de tiges sèches. Beaucoup de communes laissent désormais leurs bords de route en herbe, alors que la loi ne l’exige pas. Les chenilles y accrochent leurs cocons, les chardonnerets y trouvent en hiver les graines de chardon et de coquelicot. Certains maires lui ont rapporté que des habitants se plaignent quand les accotements sont fauchés trop souvent.

Des vergers replantés et un budget qui a doublé

Les programmes agricoles ont soutenu 531 315 arbres de vergers en 2025, selon l’évaluation de juillet 2026, et le programme de paysage a financé 26 150 plantations et soins d’arbres la même année. Le ministère de l’Environnement a établi un premier relevé des financements, cité par l’évaluation de 2025 : entre 2019 et 2024, les surfaces aidées ont augmenté des deux tiers et les montants ont presque doublé.

Le gouvernement bavarois fait son propre bilan. Dans le compte rendu du conseil des ministres du 28 juillet 2026, il affirme que « rund 90 Prozent aller Maßnahmen » de l’initiative et de la loi d’accompagnement sont réalisés, soit environ 90 % (traduit de l’allemand). L’évaluation indépendante de juillet 2026 classe, sur 14 indicateurs retenus cette année-là, huit en vert (cinq selon un décompte plus strict), quatre en orange et deux en rouge.

Difficultés ou limites rencontrées

Le décompte gouvernemental et celui des porteurs ne mesurent pas la même chose. Le premier compte des mesures engagées ; le second vérifie si les cibles chiffrées par l’initiative citoyenne sont atteintes. Sur plusieurs points, elles ne le sont pas.

Le bio loin de ses 20 %

C’est l’échec le plus net de l’initiative citoyenne. La loi visait 20 % de surfaces en agriculture biologique en 2025. L’office bavarois de l’environnement (LfU) indique un peu moins de 14 % en 2024, contre 6,8 % dix ans plus tôt. L’évaluation de juillet 2026 retient 14,04 % en 2025 d’après l’institut agricole du Land, et 13,51 % d’après les réponses du gouvernement aux députés : les sources divergent, mais aucune n’approche l’objectif. La progression est désormais inférieure à un point par an, ce qui rend les 30 % de 2030 très improbables selon les évaluateurs. Sur les terres de l’État, la part en bio stagne à 20,8 % en 2025, loin des 30 % attendus dès 2020, notamment parce qu’une grande partie des terres louées n’est pas convertie.

Pesticides : des chiffres contestés

La loi d’accompagnement fixe une division par deux de l’usage des pesticides d’ici 2028 par rapport à la moyenne 2014-2018, soit 3 407 tonnes par an. Le gouvernement a annoncé une baisse de 19 % en 2022. Le LBV conteste la fiabilité de ce chiffre, qu’il juge fondé sur une méthode de mesure problématique. L’évaluation de 2026 estime la trajectoire globalement favorable, tout en demandant de regarder où les traitements baissent, et pas seulement de combien.

Une opposition agricole dès le premier jour

Le monde agricole s’est opposé au texte dès son lancement. Le jour même de l’ouverture des registres, l’hebdomadaire local Kreisbote rapporte, dans l’Ostallgäu, la colère de responsables de l’union des agriculteurs bavarois (BBV) : une loi qui ne viserait que l’agriculture, des quotas jugés inefficaces, une atteinte massive à la propriété selon le président de district Alfred Enderle. Une agricultrice en bio de la région y confie se sentir blessée dans son métier.

Un an plus tard, le porte-parole du BBV résume l’état d’esprit de la profession auprès de National Geographic : « Les agriculteurs ne voyaient pas pourquoi ils devraient changer » (traduit de l’anglais), les champs bavarois étant plus petits qu’ailleurs et plus de la moitié des exploitants participant déjà à des programmes environnementaux. En décembre 2019, devant l’assemblée du BBV à Herrsching, Markus Söder retire la carte des cours d’eau concernés par les bandes riveraines : elle mesurait les cinq mètres à partir du haut de la berge et non depuis la ligne d’eau. La carte a dû être entièrement refaite.

Ce que la loi ne contrôle pas

Le reportage de décembre 2020 montre aussi les limites du dispositif. Dans le ruisseau longé par la bande enherbée, une hutte de castor a été détruite, vraisemblablement par l’exploitant : il n’en reste que de la boue, des branches et des tiges de maïs rongées. Les évaluateurs de la HfWU relèvent en 2026 que les bandes riveraines ne sont contrôlées que là où l’exploitant touche une indemnité, que les données restent lacunaires sur les cours d’eau secondaires, et qu’il n’existe aucun recensement des arbres de vergers arrachés. Le rapport officiel sur les vergers admet que les plantations ne compensent pas encore les pertes.

Les aides versées le long des cours d’eau et pour les bandes fleuries ont reculé en 2023 et 2024, lors du changement de programmes agricoles. « Il est important que ces reculs soient pris en compte », notait Roman Lenz en juillet 2025 (traduit de l’allemand). Surtout, le LBV constatait en 2024 que l’inversion de tendance n’a pas eu lieu : 51 % des espèces d’abeilles sauvages restent classées menacées en Bavière.

2026 : une première retouche de la loi

Le 28 juillet 2026, le conseil des ministres bavarois a adopté un projet de modification de la loi de protection de la nature qui touche, pour la première fois, des règles issues de l’initiative. L’interdiction générale de convertir les prairies permanentes disparaît du droit de la nature, sauf sur les sols sensibles comme les tourbières et les zones inondables. L’interdiction de rouler les prairies après le 15 mars ne s’appliquera plus qu’aux zones de nidification des oiseaux des prairies, soit environ 5 % des prairies. Selon l’évaluation de la HfWU, les rapports annuels sur le bio et le réseau de biotopes doivent aussi disparaître. Le ministre de l’Environnement, Thorsten Glauber, parle de simplification. Au 27 septembre 2026, le texte n’est pas voté : il passe par la consultation des associations avant d’être soumis au Landtag, pour une entrée en vigueur prévue début 2027.

Pour les porteurs de l’initiative citoyenne, le compte n’y est pas. Le LBV reconnaît des adaptations « sensées » pour les agriculteurs, mais regrette un recul sur les prairies et l’absence d’outils pour accélérer la remise en eau des tourbières.

« C’est sur la protection des tourbières que l’occasion manquée se voit le plus nettement. » (traduit de l’allemand)

— Norbert Schäffer, président du LBV, 28 juillet 2026

Enseignements et réplicabilité

Peu de régions disposent d’un droit d’initiative législative aussi direct que la Bavière. La France n’a pas d’équivalent régional, et son référendum d’initiative partagée suppose d’abord l’initiative de parlementaires. Mais l’expérience de cette initiative citoyenne contient des leçons qui valent à toutes les échelles, jusqu’au conseil municipal.

  • Écrire le texte, pas seulement la revendication : une proposition rédigée, avec des pourcentages et des dates, se reprend telle quelle et se vérifie ensuite. Le gouvernement bavarois a pu l’adopter « sans modification » parce qu’il y avait quelque chose à adopter.
  • Choisir un symbole simple pour une cause large : l’abeille a porté une loi qui parle de haies, de fossés et de lampadaires.
  • Rendre la signature visible : les files devant les mairies, les costumes, le chœur de la Marienplatz ont fait de la contrainte de signer en personne un spectacle public, relayé chaque jour par la presse.
  • Construire une coalition au-delà d’un parti : un petit parti a lancé l’idée, une grande association naturaliste, une fondation et un parti de gouvernement potentiel l’ont portée, et plus de 180 organisations partenaires ont suivi.
  • Accepter de négocier après avoir gagné : la table ronde et la loi de réconciliation ont coûté des concessions, mais évité un référendum clivant avec le monde agricole.
  • Financer sa propre évaluation : 32 indicateurs suivis chaque année par une université, publiés à date fixe, font de l’initiative citoyenne un acteur durable du débat plutôt qu’un coup d’éclat.
  • Surveiller ce qui revient au vote : une loi citoyenne se modifie comme les autres. En 2026, ce sont les porteurs et leurs évaluateurs qui ont les premiers mesuré la portée des retouches proposées.

Deux conditions paraissent décisives. Une base scientifique partagée, qui a donné au déclin des insectes une évidence publique. Et une organisation capable de tenir sept ans après la victoire, car c’est après le vote que se joue l’essentiel.

Lien avec les enjeux globaux de la transition

Une initiative citoyenne qui a fait école

Le succès bavarois a inspiré d’autres démarches. Dans le Bade-Wurtemberg voisin, un Volksbegehren du même nom a été déclaré recevable en août 2019. Des initiatives comparables ont été lancées au Brandebourg au printemps 2019 et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie à l’été 2020. À l’échelle européenne, l’initiative citoyenne « Sauvons les abeilles et les agriculteurs » a dépassé le million de signatures validées dans au moins sept États membres ; la représentation de la Commission européenne en Allemagne l’annonçait le 10 octobre 2022. Elle demande une sortie des pesticides de synthèse d’ici 2035.

Réconcilier agriculture et biodiversité

Le cas bavarois pose une question que connaissent toutes les régions agricoles d’Europe : comment protéger les insectes et les oiseaux des champs sans faire des agriculteurs les seuls payeurs ? La réponse de 2019 a été double : des obligations peu nombreuses, des objectifs publics chiffrés et un budget de compensation. Sept ans plus tard, les mesures payées et volontaires, fauche tardive et vergers, ont le mieux fonctionné ; les objectifs qui supposent de transformer les filières, comme le bio, sont restés loin derrière.

Démocratie directe et écologie

L’expérience bavaroise montre enfin qu’une mobilisation citoyenne peut faire entrer la biodiversité dans la loi plus vite que le cycle politique ordinaire. Elle montre aussi que la loi ne suffit pas : sans budget, sans contrôle et sans données, un objectif voté reste un chiffre. C’est pourquoi le suivi indépendant de cette initiative citoyenne compte autant que les 1 741 017 signatures de février 2019.

Conclusion

En quatorze jours d’hiver, 18,3 % des électeurs bavarois se sont déplacés en mairie pour signer une loi de protection de la nature. Cette initiative citoyenne a obtenu ce que peu de mobilisations obtiennent : un texte adopté sans modification par un gouvernement qui l’avait combattu, des forêts d’État laissées à la nature, des prairies fauchées plus tard, des bandes enherbées le long des ruisseaux, des vergers replantés et des postes de conseillers dans les administrations.

Le bilan comporte aussi ses lignes rouges : un bio qui plafonne autour de 14 %, des pesticides dont la baisse reste discutée, des contrôles rares, un déclin des espèces qui n’est pas inversé, et en 2026 un projet de retouche qui allège plusieurs règles. Les porteurs le disent eux-mêmes, chiffres à l’appui.

C’est peut-être là le principal héritage de « Rettet die Bienen ». Une initiative citoyenne qui écrit la loi, puis la surveille année après année, change durablement la façon dont un territoire parle de sa nature : non plus en promesses, mais en hectares, en pourcentages et en échéances vérifiables.

Sources détaillées

Résultats officiels et textes publics

  • Office statistique de Bavière — résultat définitif du Volksbegehren, 14 mars 2019 — source principale de l’expérience : 1 741 017 signatures valides, 18,3 % des 9 493 322 électeurs, seuil de 949 333 signatures, période du 31 janvier au 13 février 2019, résultats par arrondissement (Starnberg 27,6 %, Hof 10,5 %). En allemand. statistik.bayern.de (nouvel onglet)
  • Ministère bavarois de l’Environnement (StMUV) — page « Volksbegehren Artenvielfalt » — liste des mesures et de leurs échéances (réseau de biotopes, bio, fauche après le 15 juin, forêt d’État, bandes riveraines), entrée en vigueur au 1er août 2019, pacte pour les vergers du 18 octobre 2021, postes créés. En allemand. stmuv.bayern.de (nouvel onglet)
  • Landtag de Bavière — « Landtag nimmt Artenschutz-Volksbegehren an », 17 juillet 2019 — vote de 167 députés, une centaine de nouvelles règles, compensation annuelle de 70 millions d’euros, positions des groupes parlementaires. En allemand. bayern.landtag.de (nouvel onglet)
  • Gouvernement bavarois — compte rendu du conseil des ministres du 28 juillet 2026 — projet de modification de la loi de protection de la nature (prairies permanentes, interdiction du roulage limitée à environ 5 % des prairies), affirmation que 90 % des mesures sont réalisées, consultation des associations, entrée en vigueur visée début 2027. En allemand. bayern.de (nouvel onglet)
  • Office bavarois de l’environnement (LfU) — indicateur « agriculture biologique » — part des surfaces en bio : 6,8 % en 2014, un peu moins de 14 % en 2024, objectifs 2025 et 2030. En allemand. lfu.bayern.de (nouvel onglet)

Bilans et évaluations

  • HfWU Nürtingen-Geislingen et uisproject — présentation de la septième évaluation, juillet 2026 — suivi commandé par les porteurs : bio à 14,04 % (institut agricole) ou 13,51 % (réponses aux députés) en 2025, terres de l’État à 20,8 %, fauche tardive sur 169 500 hectares (15,73 %), réseau de biotopes à 11,67 % en 2024, 531 315 arbres de vergers aidés, base pesticides de 3 407 tonnes, limites des contrôles et des données. En allemand. PDF, volksbegehren-artenvielfalt.de (nouvel onglet)
  • HfWU — synthèse de l’évaluation 2026 (« 7 Jahre Monitoring ») — 14 indicateurs évalués, huit en vert, quatre en orange, deux en rouge ; suppression annoncée des rapports sur le bio et le réseau de biotopes ; vergers arrachés non recensés. En allemand. PDF, volksbegehren-artenvielfalt.de (nouvel onglet)
  • HfWU — synthèse de l’évaluation 2025 (« 6 Jahre Monitoring ») — cinq indicateurs en vert, deux en orange, quatre en rouge ; recul des aides le long des cours d’eau et pour les bandes fleuries ; surfaces aidées en hausse des deux tiers et montants presque doublés entre 2019 et 2024 ; déclaration de Roman Lenz. En allemand. PDF, volksbegehren-artenvielfalt.de (nouvel onglet)
  • Volksbegehren Artenvielfalt — page « Monitoring » — méthode du suivi sur dix ans, 32 indicateurs tirés de plus de 80 mesures, rapports annuels de 2020 à 2026. En allemand, source des porteurs. volksbegehren-artenvielfalt.de (nouvel onglet)
  • HfWU — annonce du premier rapport de suivi, 3 août 2020 — construction des 32 indicateurs, difficultés d’évaluation liées au manque de données. En allemand. hfwu.de (nouvel onglet)

Sources des porteurs (sources engagées)

  • LBV — bilan après cinq ans — environ 83 000 hectares de forêt d’État hors exploitation (10,6 %), bandes riveraines délimitées dans environ 85 % des arrondissements, fauche tardive atteinte en 2023, baisse de 19 % des pesticides jugée peu fiable, 51 % des abeilles sauvages menacées, absence d’inversion de tendance. En allemand. lbv.de (nouvel onglet)
  • LBV — chronologie du Volksbegehren — table ronde d’une trentaine d’organisations, quatre groupes de travail, rapport d’Alois Glück, reprise du texte le 3 avril 2019, pacte pour les vergers. En allemand. lbv.de (nouvel onglet)
  • LBV — « Änderungen im Naturschutzgesetz bringen keinen Fortschritt für Bayerns Natur », 28 juillet 2026 — réaction au projet de modification, déclaration de Norbert Schäffer sur les tourbières. En allemand. lbv.de (nouvel onglet)
  • ÖDP Bavière — « Umsetzung des Volksbegehrens am Scheideweg », 14 juillet 2025 — conférence de presse des porteurs (Agnes Becker, Norbert Schäffer, Ludwig Hartmann, Claus Obermeier, Roman Lenz) et revendications sur le bio. En allemand, source partisane. oedp-bayern.de (nouvel onglet)
  • Ludwig Hartmann — « Schlangen vor den Rathäusern trotz Winterkälte », 5 février 2019 — communiqué d’un porteur : files d’attente malgré le froid, environ 5 000 bénévoles, chœur des abeilles d’environ un millier de personnes sur la Marienplatz. En allemand, source partisane. ludwighartmann.de (nouvel onglet)

Reportages et presse

  • « Bavarians vote to save bugs and birds — and change farming » — Robert Kunzig, National Geographic, février 2019 : scènes d’Erlangen et de la Marienplatz, propos d’Agnes Becker, étude de 2017 sur le déclin des insectes volants. En anglais. nationalgeographic.com (nouvel onglet)
  • « In Germany, a grassroots push to save disappearing birds and bees forces change » — Bridget Huber, National Geographic, 3 décembre 2020 : visite de terrain avec Norbert Schäffer, bande en friche le long d’un ruisseau, hutte de castor détruite, bords de route laissés en herbe, propos du porte-parole de l’union des agriculteurs. En anglais. nationalgeographic.com (nouvel onglet)
  • « Lange Schlange vor dem Rathaus » — Abendzeitung (Munich) et dpa, 1er février 2019 : file d’attente sur toute la Marienplatz, 2 500 élèves, plus de 160 000 signatures le premier jour. En allemand. abendzeitung-muenchen.de (nouvel onglet)
  • « Eine Million Unterschriften : Volksbegehren gestartet — Kritik der Landwirte » — Angelika Hirschberg, Kreisbote, 31 janvier 2019 : arguments des responsables agricoles de l’Ostallgäu. En allemand. kreisbote.de (nouvel onglet)
  • Union des agriculteurs bavarois (BBV) — « Söder kassiert Gewässer-Karte », décembre 2019 — retrait de la carte des bandes riveraines à Herrsching, erreur de mesure depuis le haut de la berge. En allemand, source professionnelle. bayerischerbauernverband.de (nouvel onglet)
  • Radio Oberland — « Bayerisches Kabinett beschließt Reform des Naturschutzgesetzes », 28 juillet 2026 — conseil des ministres tenu au bord du lac de Starnberg, propos du ministre de l’Environnement Thorsten Glauber, vote du Landtag à venir. En allemand. radio-oberland.de (nouvel onglet)

Repères et suites

  • Notice encyclopédique « Volksbegehren Artenvielfalt & Naturschönheit in Bayern » — procédure, 94 700 signatures de la demande d’admission, avis du 13 novembre 2018, table ronde du 20 février 2019, vote du 17 juillet 2019 (167 pour, 25 contre, cinq abstentions), plus de 180 organisations partenaires, initiatives voisines au Bade-Wurtemberg, au Brandebourg et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Éléments recoupés avec les sources officielles citées plus haut. En allemand. de.wikipedia.org (nouvel onglet)
  • Représentation de la Commission européenne en Allemagne — initiative citoyenne européenne « Sauvons les abeilles et les agriculteurs », 10 octobre 2022 — plus d’un million de signatures validées dans au moins sept États membres, demande de sortie des pesticides de synthèse d’ici 2035. En allemand. germany.representation.ec.europa.eu (nouvel onglet)

Et chez nous ?

Et si nous proposions au prochain conseil municipal un texte déjà écrit, avec ses chiffres et ses dates, pour laisser en herbe les bords de nos chemins communaux et faucher après le 15 juin ?

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