Education · Boston, États-Unis
Boston Arts Academy : le lycée public d’art qui recrute sur audition, pas sur les notes

À Boston, dans le quartier de Fenway, des lycéens restent parfois bien après 16 heures pour achever un spectacle ou un portfolio. La Boston Arts Academy, lycée artistique public fondé en 1998, les admet sur audition sans regarder leurs notes, et enseigne aussi les matières générales par les arts. La plupart de ses diplômés poursuivent ensuite des études supérieures.
Sommaire
Contexte du cas
Ken Robinson, mort en 2020, a consacré une grande partie de sa vie à défendre la créativité à l’école. Dans Changez l’école !, écrit avec Lou Aronica et paru en français chez Play Bac en 2017, le chapitre intitulé « Principes à l’usage des chefs d’établissement » s’ouvre sur une idée simple : un élève et un enseignant suffisent pour apprendre, mais une école qui excelle a presque toujours à sa tête une direction inspirée. Pour l’illustrer, les auteurs choisissent un lycée artistique public du centre de Boston, et donnent longuement la parole à sa directrice, Anne Clark.
Le passage est court, mais dense. Il décrit un lycée artistique qui prend le contre-pied des réflexes du système scolaire américain : on n’y entre pas avec son bulletin, mais avec ce qu’on sait faire.
Une école « pilote » dans le système public
Le livre précise d’emblée le statut de l’établissement. La Boston Arts Academy, que tout le monde appelle BAA, est une école pilote : elle dépend du district scolaire de Boston, mais elle dispose d’une certaine liberté pour gérer son budget, organiser son calendrier et recruter ses enseignants. Le plan stratégique de l’école le rappelle : dès l’ouverture de ses portes, en 1998, elle a été créée comme école pilote au sein des écoles publiques de Boston. Son site la présente aujourd’hui comme le seul lycée public de la ville consacré aux arts visuels et aux arts de la scène.
Un public majoritairement modeste
Ken Robinson et Lou Aronica insistent sur un point : la BAA affronte les mêmes difficultés que n’importe quel lycée de centre-ville. Au moment où ils écrivent, 65 % des élèves bénéficient de repas gratuits ou à prix réduit, et un tiers arrive avec un niveau de lecture inférieur, parfois très inférieur, à celui attendu.
Les données publiées par le ministère de l’Éducation du Massachusetts confirment que le profil social n’a guère changé. En 2025-2026, 60,4 % des élèves de la BAA sont classés comme issus de familles à faibles revenus, contre 68,3 % dans l’ensemble du district de Boston et 41,1 % dans l’État. Près de trois élèves sur dix n’ont pas l’anglais pour première langue, et 22 % ont un handicap reconnu. Les élèves hispaniques représentent 44,1 % des effectifs, les élèves noirs 32,4 %, les élèves blancs 15,1 %.
Présentation de l’initiative
La Boston Arts Academy n’est pas née d’une réforme décidée d’en haut. Elle est née d’un besoin exprimé par ceux qui forment les artistes de la ville.
Un lycée artistique réclamé par les écoles d’art
Le livre raconte que les six établissements d’enseignement supérieur artistique de la région, réunis dans le consortium ProArts, ont contribué à fonder ce lycée artistique en 1998, faute d’en trouver un dans la ville. Le site de l’école complète le récit : des enseignants, des parents et des élus se sont joints aux présidents de ces établissements pour réclamer un lycée public consacré aux arts. L’encyclopédie Wikipédia ajoute que le consortium continue de soutenir l’école, en prêtant des salles de spectacle, en offrant des cours de musique et des cours de niveau universitaire gratuits.
Le consortium compte aujourd’hui sept membres selon le site de l’école, parmi lesquels le Berklee College of Music, l’Emerson College et le New England Conservatory. Le conseil d’administration du lycée artistique est présidé par une représentante de Berklee, Krystal Banfield.
Anne Clark, de la salle de classe au bureau de direction
Anne Clark fait partie des enseignants fondateurs. Avant de diriger l’établissement, elle y enseignait l’anglais aux élèves qui lisaient le plus mal. Elle raconte aux auteurs que certains, à 17 ans, ne dépassaient pas le niveau d’un enfant de huit ou neuf ans. C’est de cette expérience qu’elle tire sa conviction : un adolescent qui passe chaque jour plusieurs heures dans une discipline où il excelle devient bien plus facile à accompagner dans celles qui le mettent en échec.
Depuis la parution du livre, elle a quitté ses fonctions. Dans un message d’adieu publié par l’école, elle évoque vingt-six années à la BAA, dont onze à sa tête. Elle a passé la main à l’issue de l’année scolaire 2022-2023. Sous sa direction, selon le même texte, les effectifs ont augmenté de plus de cent élèves, trois filières professionnelles agréées par l’État ont vu le jour, l’offre de cours universitaires suivis dès le lycée s’est élargie, et le projet du nouveau bâtiment a été mené à bien. La surintendante des écoles de Boston, Mary Skipper, a salué une école « en meilleure position » grâce à elle.
Aujourd’hui, un musicien à la tête du lycée
Pour l’année 2023-2024, le conseil d’administration a confié l’intérim à Tyrone Sutton, le temps de mener un recrutement. Il occupe aujourd’hui le poste de directeur, selon le site de l’école et l’annuaire du ministère du Massachusetts. Musicien de formation, passé par Harvard, il travaille à la BAA depuis 2008. Il y a été doyen des arts, responsable du département de musique et du département de sciences humaines, et a fondé un ensemble vocal consacré aux spirituals, lauréat en 2015 du concours « Sing That Thing » de la radio-télévision publique WGBH.
Le lycée artistique compte 490 élèves en 2025-2026 selon le ministère, 510 selon son propre site. Il propose désormais six dominantes : danse, théâtre, chant, musique instrumentale, production multimédia et arts visuels et design.
Objectifs et vision
Ce qui distingue la BAA tient d’abord à son point de départ. Anne Clark rapporte aux auteurs la remarque d’une mère : pour la première fois, une école commençait par ce que sa fille savait faire, et non par ce qu’elle ne savait pas faire. Toute la philosophie de l’établissement tient dans ce renversement.
Chercher l’élan plutôt que le niveau
La directrice explique que l’école veut rester représentative de la population de Boston. Si elle ne retenait que des jeunes déjà formés, capables de réussir une audition classique, ses élèves ne ressembleraient plus à la ville. Elle vise donc des adolescents réceptifs et engagés, pas forcément dotés d’une technique. Sa formule résume la démarche : « nous cherchons l’élève qui ne peut s’empêcher de danser », confie-t-elle dans le livre.
Le site actuel de l’école reprend la même idée sous forme de devise : « le talent est également réparti dans la société, les chances ne le sont pas » (traduction). Pour Anne Clark, une éducation artistique de qualité doit être accessible à tous, comme l’histoire ou les mathématiques.
Une autre définition de la réussite
Les auteurs présentent la BAA comme un établissement qui ne mesure pas la réussite aux seuls tests standardisés. Anne Clark y ajoute les qualités que la pratique artistique développe : tenir dans l’effort, travailler à plusieurs, inventer, voir un projet dans son ensemble, défendre un point de vue. Elle constate que beaucoup d’élèves arrivés avec un niveau faible finissent par trouver leur place grâce à l’art, parce que l’école cesse d’être le lieu de leurs échecs.
La critique d’une œuvre y occupe une place centrale. Selon la directrice, les artistes ont l’habitude de montrer un travail inachevé, d’entendre des remarques et de le reprendre. Elle oppose cette culture à celle de l’élève qui attend sa note pour savoir s’il a bien fait. Un membre du conseil d’administration, cadre dirigeant, lui aurait confié chercher systématiquement le violoniste parmi les candidats qu’il recrute, convaincu que les profils artistiques abordent les problèmes autrement.
La mission affichée aujourd’hui est de former la prochaine génération d’artistes, de chercheurs et de citoyens du monde pour Boston. Le lycée artistique ne prétend pas fabriquer des professionnels de la scène : le livre note que la plupart de ses anciens élèves ne poursuivent pas d’études d’art, et choisissent souvent le design ou l’ingénierie.
Actions concrètes mises en place
Cette vision se traduit par une organisation très concrète, du recrutement jusqu’à l’emploi du temps.
Un lycée artistique qui recrute sur audition
Le livre décrit un recrutement très demandé : environ 120 places chaque année pour quelque 500 dossiers. Chaque candidature est examinée avec soin, mais un critère est totalement ignoré, celui des résultats scolaires antérieurs. Anne Clark affirme que, parmi les écoles d’art du pays, la BAA est la seule à ne pas en tenir compte, quand d’autres exigent au moins un certain niveau en algèbre.
Les admis ont souvent peu de formation. Faute de cours dans les écoles publiques de la ville, la BAA accueille des musiciens qui ne lisent pas la musique, des plasticiens qui ont rarement pratiqué le dessin en classe et des danseurs jamais passés par la danse classique.
La règle n’a pas changé. La page des admissions précise que l’école ne considère ni le passé scolaire ni le comportement d’un candidat. Le processus comprend une candidature en ligne, puis une audition en personne. Les candidats en arts visuels et en production multimédia déposent aussi un portfolio. Le jury évalue les capacités physiques, la polyvalence, la technique, l’originalité et la créativité. Chaque élève peut se présenter dans deux départements. Seuls les habitants de Boston peuvent postuler, de n’importe quel quartier, et la campagne pour la rentrée 2027 ouvre le 5 octobre 2026. En 2025-2026, la classe d’entrée compte 118 élèves, un chiffre proche de celui du livre.
Des journées de huit heures, moitié art, moitié matières générales
Anne Clark décrit aux auteurs des journées qui commencent à 8 heures et finissent vers 16 heures, souvent plus tard à l’approche d’un spectacle ou de la remise d’un portfolio. La moitié du temps va aux disciplines artistiques, l’autre aux matières classiques : mathématiques, anglais, philosophie, histoire, sciences sociales, langues étrangères et sciences. Le programme officiel est suivi en entier, mais enseigné autant que possible à travers les arts et des approches qui croisent les disciplines. Chaque élève choisit une dominante et s’y consacre, tandis que les plus jeunes peuvent en explorer d’autres à certains moments de la journée.
Le site de l’école parle aujourd’hui de huit heures d’enseignement par jour, avec un poids égal pour les arts et les matières générales, soit 300 heures de plus par an qu’un emploi du temps ordinaire.
Des professeurs qui sont aussi artistes
Selon la directrice, la plupart des professeurs de matières générales ont eux-mêmes une formation artistique et enseignent dans les deux domaines. Les deux à trois heures quotidiennes passées dans la discipline où l’élève brille facilitent, dit-elle, le travail individuel dans les matières qui le déroutent. C’est ainsi que se pratique, au quotidien, l’idée d’enseigner les maths par les arts.
Préparer quand même aux examens
Le livre ne cache pas la contrainte. Comme tout lycée public, ce lycée artistique doit faire passer à ses élèves les tests de l’État du Massachusetts, et donc les y préparer. Anne Clark explique que l’école s’y emploie en permanence, puis enchaîne sur la préparation du SAT, l’examen d’entrée utilisé par de nombreuses universités américaines. Selon elle, la vie artistique entretient la motivation, y compris pour ces épreuves à fort enjeu.
Du laboratoire STEAM au plateau de tournage
Depuis 2014, selon la chronologie publiée par l’école, un laboratoire STEAM, qui associe sciences, technologie, ingénierie, arts et mathématiques, sert à la fois d’atelier de fabrication et de studio d’artiste. Un nouveau laboratoire a été aménagé dans le bâtiment ouvert à la rentrée 2022, pour relier les passions artistiques des élèves à l’ensemble de leurs cours.
L’école a aussi créé, avec le soutien de la Linde Family Foundation, une filière professionnelle de production multimédia et de spectacle sur quatre ans, agréée par l’État. Les élèves y apprennent la conception lumière, la vidéo, la scénographie, la régie ou la communication. Ils disposent d’un plateau de tournage, d’un studio d’enregistrement et d’une salle de spectacle conçue pour l’école. Des partenaires du quartier, comme le stade de Fenway Park, la salle House of Blues ou le MGM Music Hall, accueillent des élèves en stage.
Résultats observés
Les résultats de ce lycée artistique sont mieux documentés que ceux de beaucoup d’expériences : école publique, il voit ses données publiées chaque année.
Ce que rapporte le livre
Le livre avance un chiffre frappant : 94 % des élèves entrent à l’université, bien au-dessus de la moyenne nationale. Anne Clark ajoute que les universités lui décrivent des jeunes prêts à prendre des risques, à imaginer, à travailler dur et à coopérer. Ce chiffre n’est pas daté ni défini dans le texte, et il repose sur les déclarations de l’école.
Un lycée artistique qui mène ses élèves au diplôme
Les données publiques donnent aujourd’hui une image plus précise. Pour la cohorte 2025, le taux d’obtention du diplôme en quatre ans atteint 93,9 %, avec 3,5 % de décrochage. En 2024, le taux de 90,8 % dépassait l’objectif fixé par l’État. Pour les élèves en situation de handicap, il atteint 92,6 % en 2025.
Aux épreuves du Massachusetts passées au printemps 2025, 62 % des élèves de seconde année du lycée atteignent ou dépassent les attentes en anglais, contre 51 % dans l’État. C’est un résultat remarquable pour un lycée artistique qui accueillait, selon le livre, un tiers d’élèves en retard de lecture.
Les projets d’orientation déclarés en 2024-2025 vont dans le même sens : 42,1 % des diplômés visent une université privée en quatre ans, 27,1 % une université publique en quatre ans, et 14 % un établissement public en deux ans. Seuls 1,9 % prévoient d’entrer directement dans la vie active, contre 12,8 % dans l’État.
Un bâtiment neuf pour cinq cents élèves
En décembre 2017, la ville de Boston et l’État du Massachusetts ont approuvé 125 millions de dollars pour construire un nouveau bâtiment au 174 Ipswich Street. Le chantier a débuté le 1er juillet 2018, ce qui a obligé l’école à déménager provisoirement. Selon la chronologie de l’école, une cérémonie a marqué la fin du gros œuvre en 2021. Le bâtiment a ouvert en septembre 2022, conçu pour accueillir 500 élèves. La fondation de l’école a clos en 2025 une campagne pluriannuelle, qui a réuni 35 millions de dollars auprès de 4 500 donateurs pour financer notamment le plateau de tournage, le studio d’enregistrement, la salle de spectacle et la filière multimédia.
Une communauté qui chante ensemble
La cérémonie de remise des diplômes de 2023, le 12 juin, au MGM Music Hall de Fenway, en donne une image vivante. Chaque dominante y présente un numéro, et l’ensemble vocal de spirituals se produit. Une fois les diplômes remis, la salle entière chante avec la promotion Come Dream With Us, téléphones allumés. Ce jour-là, Anne Clark rapporte la réponse que lui ont faite la plupart des élèves quand elle leur a demandé ce qui leur manquerait le plus et ce dont ils étaient le plus fiers.
« La majorité d’entre vous a donné exactement la même réponse aux deux questions : la communauté que vous avez créée à travers votre art. »
— Anne Rogers Clark, ancienne directrice de la Boston Arts Academy, cérémonie de 2023 (traduction)
En 2009, le lycée artistique a reçu du Kennedy Center un prix national récompensant l’excellence en éducation artistique.
Difficultés ou limites rencontrées
Le portrait dressé par le livre s’appuie presque entièrement sur les propos de la direction. Les données publiques et les documents de l’école elle-même montrent un tableau plus nuancé.
Un lycée public qui sélectionne malgré tout
Ne pas regarder les notes ne signifie pas ne pas trier. Avec environ 120 admis pour 500 candidatures, selon le livre, le lycée artistique de Boston reste sélectif. Wikipédia rapporte qu’en 2011, 800 candidats se disputaient 150 places, et qu’en 2007 seuls 27 % des candidats en danse avaient été admis. L’audition filtre sur la motivation, l’engagement et, en partie, sur la technique. Le livre ne l’aborde pas, mais toute audition risque d’avantager les familles qui connaissent déjà l’école et peuvent aider leur enfant à préparer un portfolio.
Cette sélection complique toute comparaison. Rien ne permet de dire quelle part des bons résultats en anglais revient à la pédagogie de l’école, et quelle part tient à la motivation des élèves retenus. Aucune évaluation indépendante comparant les admis aux candidats refusés n’a été trouvée.
La population du lycée présente aussi un net déséquilibre : en 2025-2026, 65,9 % des élèves sont des filles. Le plan stratégique 2020-2025 de l’école notait que les garçons étaient sous-représentés au tableau d’honneur, de huit points en moyenne sur trois ans. En 2024-2025, 72,3 % des diplômées fréquentaient un établissement supérieur au mois de mars suivant, contre 40,5 % des diplômés.
Entre l’intention d’études et l’inscription réelle
Le chiffre le plus cité est aussi le plus fragile. L’école relaie en 2025 un article du Boston Herald selon lequel 97 % de ses diplômés vont à l’université. Son plan stratégique évoque 96 % de diplômés acceptés dans l’enseignement supérieur. Mais être accepté n’est pas s’inscrire. Le même plan reconnaît une chute de la poursuite effective d’études, passée de 86,2 % pour la promotion 2017 à 64,4 % pour celle de 2018.
Les données du ministère confirment cet écart. Sur 107 diplômés de 2024-2025, 62 fréquentaient un établissement d’enseignement supérieur au mois de mars suivant, soit 57,9 %, alors que plus de 85 % avaient déclaré un projet d’études supérieures. Le passage de l’admission à l’inscription reste un point faible.
Des résultats scolaires contrastés
Les bons résultats en anglais ne se retrouvent pas partout. Au printemps 2025, 38 % des élèves atteignent les attentes en mathématiques, contre 45 % dans l’État, et 44 % en sciences, contre 46 %. Dans le bilan 2025 du ministère, l’école se situe au 33e centile des établissements de l’État et n’a accompli qu’une progression jugée modérée vers ses objectifs, à 38 %. Les élèves les plus faibles n’ont atteint leur cible dans aucune des trois matières.
L’absentéisme chronique est l’autre point noir : 38,6 % des élèves en 2025, en léger recul par rapport aux 40,9 % de 2024, mais au-dessus de l’objectif fixé.
Des départs et des fragilités
Le plan stratégique reconnaît qu’environ quarante élèves quittent chaque année le lycée artistique, parce qu’ils cherchent une autre voie vers le diplôme. Le ministère mesure en 2025-2026 un taux d’attrition de 4,6 %, qui monte à 6,2 % en deuxième année. Le même document signale des taux élevés d’anxiété, de dépression et de traumatismes chez les élèves, et des lacunes en lecture et en mathématiques qui exigent des dispositifs de soutien.
Un modèle coûteux et dépendant des dons
Enfin, ce lycée artistique repose sur des moyens peu ordinaires : un bâtiment public de 125 millions de dollars, dont l’ouverture était prévue en janvier 2022 et a eu lieu en septembre, des journées plus longues, des partenariats avec sept établissements d’enseignement supérieur et une fondation capable de lever 35 millions de dollars. L’école reconnaît elle-même continuer de dépendre de la philanthropie pour ses programmes artistiques et son équipement. Un tel modèle ne se reproduit pas partout à l’identique.
Enseignements et réplicabilité
La leçon de ce lycée artistique ne tient pas à son bâtiment. Elle tient à un choix de départ : regarder ce qu’un adolescent sait faire avant de regarder ce qu’il rate, et construire sa scolarité autour de cet élan.
Ce qui se transpose sans bâtiment neuf
Plusieurs gestes peuvent être adaptés dans un établissement ordinaire, sans créer un lycée artistique de toutes pièces.
- Une porte d’entrée par la motivation : pour une option ou un atelier, remplacer l’examen du bulletin par une audition, un portfolio ou une présentation, ouverts aux débutants.
- Une plage quotidienne dans le domaine fort : réserver chaque jour du temps à la discipline où l’élève réussit, et s’en servir pour soutenir les matières où il peine.
- Des enseignants à double profil : valoriser les professeurs de mathématiques, de langues ou d’histoire qui pratiquent un art, et leur confier des projets qui croisent les deux.
- La critique comme méthode : organiser des séances où les élèves présentent un travail en cours, reçoivent des remarques et le reprennent, plutôt que d’attendre une note.
- Un partenariat avec les écoles d’art voisines : conservatoires, écoles de design ou d’architecture peuvent prêter des salles, envoyer des étudiants ou ouvrir des cours.
- Un suivi après le diplôme : vérifier qui s’inscrit réellement dans le supérieur, et accompagner les démarches jusqu’à la rentrée.
Les conditions d’un lycée artistique ouvert à tous
L’expérience du lycée artistique de Boston montre aussi ce qu’il faut éviter. Une audition ouverte aux débutants doit juger le potentiel et l’engagement, pas seulement la technique acquise dans des cours payants. Elle suppose une information large dans tous les quartiers, et une aide à la préparation pour les familles qui ne connaissent pas l’établissement. L’autonomie de la direction ne vaut enfin que si elle s’accompagne d’une publication régulière des résultats, y compris des moins flatteurs.
Lien avec les enjeux globaux de la transition
Une société qui doit se réinventer a besoin de gens capables d’imaginer, de coopérer et d’accepter la critique. C’est précisément ce que ce lycée artistique prétend cultiver, chez des jeunes que l’école classique aurait souvent écartés.
Un levier de cohésion sociale
En réservant ses places aux habitants de Boston, de tous les quartiers, et en refusant de trier sur les notes, ce lycée artistique rassemble des adolescents d’origines très diverses autour d’une passion commune. La maire de Boston, Michelle Wu, a résumé l’enjeu en soutenant la campagne de financement de l’école.
« La campagne Building Our Future nourrit la mission permanente qui consiste à faire de nos jeunes les citoyens réfléchis et imaginatifs, les dirigeants et les artistes dont notre ville a besoin. »
— Michelle Wu, maire de Boston (traduction)
Des compétences pour le travail de demain
Le livre rapporte que beaucoup d’anciens élèves se tournent vers le design et l’ingénierie. La filière multimédia ouvre, elle, sur des métiers techniques du spectacle et de l’audiovisuel, en lien direct avec les salles et le stade du quartier. L’art n’y est pas un supplément : c’est une porte vers des emplois qualifiés.
L’école d’Espoo, en Finlande, déjà présentée sur ce média, fait elle aussi une large place aux activités manuelles et créatives. Dans les deux cas, l’éducation vise des citoyens complets, et pas seulement des candidats aux examens.
Conclusion
En 1998, des écoles d’art, des parents et des enseignants ont obtenu que Boston ouvre un lycée public pour les jeunes artistes de la ville. Plus d’un quart de siècle plus tard, ce lycée artistique occupe un bâtiment neuf, a changé de direction et continue de recruter sur audition, sans ouvrir les bulletins. Ses élèves décrochent très majoritairement leur diplôme, et la plupart visent les études supérieures. Ses chiffres rappellent aussi qu’un projet d’études ne suffit pas, et qu’une école qui choisit l’élan de ses élèves doit ensuite les accompagner jusqu’au bout.
Sources détaillées
Documents de référence
- Changez l’école ! — Ken Robinson et Lou Aronica, éditions Play Bac, 2017 ; édition originale : Creative Schools, Viking, 2015. Chapitre « Principes à l’usage des chefs d’établissement », consacré notamment à la Boston Arts Academy et à Anne Clark. Page de l’éditeur (nouvel onglet)
- Plan stratégique 2020-2025 de la Boston Arts Academy — statut d’école pilote, financement du bâtiment, poursuite d’études, départs d’élèves, santé mentale. bostonartsacademy.org (PDF) (nouvel onglet)
Sites web officiels
- Boston Arts Academy, présentation — chronologie depuis 1998, consortium ProArts, effectifs, journée de huit heures, admissions. bostonartsacademy.org/about (nouvel onglet)
- Boston Arts Academy, admissions — conditions de candidature, audition, dominantes proposées, calendrier 2027-2028. bostonartsacademy.org/admissions (nouvel onglet)
- « Bidding a Fond Farewell » — départ d’Anne Rogers Clark et bilan de ses onze années de direction. bostonartsacademy.org (nouvel onglet)
- « BAA’s Tyrone Sutton Steps Up as Interim Head of School » — nomination par intérim pour 2023-2024 et parcours. bostonartsacademy.org (nouvel onglet)
- Tyrone Sutton, directeur — biographie et fonctions actuelles. bostonartsacademy.org (nouvel onglet)
- « Celebrating Commencement » — cérémonie de remise des diplômes de 2023 au MGM Music Hall. bostonartsacademy.org (nouvel onglet)
- « A New CTE Space » — filière professionnelle de production multimédia et partenaires du quartier. bostonartsacademy.org (nouvel onglet)
- « BAA STEAM Dream » — laboratoire STEAM du nouveau bâtiment. bostonartsacademy.org (nouvel onglet)
- « Support BAA’s Future Today » — ouverture du bâtiment en septembre 2022, campagne Building Our Future, déclaration de Michelle Wu. bostonartsacademy.org (nouvel onglet)
- « $35M Haul for Arts » — clôture de la campagne de 35 millions de dollars, reprise du Boston Herald, mai 2025. bostonartsacademy.org (nouvel onglet)
Données publiques et articles
- Ministère de l’Éducation du Massachusetts, effectifs 2025-2026 — effectifs par niveau, par sexe et par origine. profiles.doe.mass.edu (nouvel onglet)
- Ministère de l’Éducation du Massachusetts, populations spécifiques 2025-2026 — faibles revenus, handicap, langue maternelle. profiles.doe.mass.edu (nouvel onglet)
- Ministère de l’Éducation du Massachusetts, projets des diplômés 2024-2025 — orientation déclarée à la sortie du lycée. profiles.doe.mass.edu (nouvel onglet)
- Ministère de l’Éducation du Massachusetts, poursuite d’études 2024-2025 — diplômés inscrits dans le supérieur en mars. profiles.doe.mass.edu (nouvel onglet)
- Ministère de l’Éducation du Massachusetts, taux de diplomation — cohorte 2025. profiles.doe.mass.edu (nouvel onglet)
- Ministère de l’Éducation du Massachusetts, bilan de responsabilité 2025 — centile, progression, absentéisme chronique. profiles.doe.mass.edu (nouvel onglet)
- Ministère de l’Éducation du Massachusetts, résultats MCAS 2025 — anglais, mathématiques et sciences en seconde année de lycée. profiles.doe.mass.edu (nouvel onglet)
- Ministère de l’Éducation du Massachusetts, attrition 2025-2026 — départs d’élèves par niveau. profiles.doe.mass.edu (nouvel onglet)
- Wikipédia, « Boston Arts Academy » — fondation par ProArts, journée allongée, taux d’admission de 2007 et 2011. en.wikipedia.org (nouvel onglet)
Et chez nous ?
Et si nous proposions au collège de notre quartier un après-midi d’audition ouverte, où chaque élève montrerait ce qu’il sait faire, danse, dessin ou musique, sans que personne n’ouvre son bulletin ?
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